Macro-économie / Taux / OAT / Scope Ratings / France / note souveraine / spread
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OAT / Scope Ratings / France / note souveraine / spread
La notation souveraine française encaisse les coups les uns après les autres / Scope Ratings vient d’abaisser la note de la France de AA à AA-
Le projet de loi de finances pour 2025 présenté ces derniers jours ne convainc pas en dehors de nos frontières. Scope Ratings s’en fait l’écho parmi les facteurs expliquant sa révision de la notation hexagonale, elle a en effet "abaissé sa note de AA avec perspective Négative à AA- avec perspective Stable". Tout en soulignant le fait que "le gouvernement ait introduit un ambitieux plan d’assainissement budgétaire de 60 milliards d’EUR (environ 2 % du PIB)", on reste circonspect chez l’agence de notation européenne face aux "incertitudes concernant la mise en œuvre en temps voulu, compte tenu des perspectives politiques difficiles", conjugué à des perspectives de croissance qualifiée de " modérée", ce cocktail fait poser "des risques importants" sur les ambitions gouvernementales.
L’agence basée à Berlin, qui est la seule agence européenne dont les notations sont éligibles aux programmes d’achat de titres de la BCE et tente de faire sa place parmi les mastodontes américains, considère actuellement que le déficit budgétaire français "devrait encore dépasser 3 % du PIB d’ici à 2029". C’est à cet horizon que le gouvernement espère pourtant revenir dans les clous des traités européens sur le déficit public.
Encaisser
Si proche, si loin. L’élection présidentielle de 2027 n’est pas encore lancée et pourtant elle fait déjà craindre à Scope Ratings des effets délétères pour la France, étant donné qu’une "opposition plus forte au parlement est susceptible de limiter la capacité du gouvernement à réduire les dépenses publiques et à augmenter la croissance potentielle du PIB", en particulier à l’approche de la course à l’Elysée.
Les analystes de l’agence semblent en accord avec le constat récemment dressé par Pierre Moscovici, président du Haut Conseil des Finances publiques, ce dernier arguait en effet "qu’un Etat trop endetté est un Etat paralysé, à un moment un Etat impuissant et à la fin un Etat inutile". Chez Scope Ratings on considère que "la dette publique devrait augmenter à 119 % du PIB d’ici 2029, contre 97,4 % en 2019". Une trajectoire qui "représente un défi majeur en matière de crédit limitant la capacité du gouvernement à absorber les chocs futurs".
Autant d’éléments qui font dire à Thomas Gillet, analyste souverain chez Scope Ratings dont nous avions dressé le portrait cet été, et à son co-auteur que "les perspectives politiques difficiles augmentent l’incertitude quant à la mise en œuvre du plan budgétaire pluriannuel et du programme de réformes". Un scénario adverse est également proposé par Scope, il existerait une configuration où " une opposition parlementaire plus forte pourrait également tenter d’annuler les réformes précédentes, par exemple sur les retraites " et combiné à une possible motion de censure du gouvernement le tout "ferait dérailler la mise en œuvre du plan budgétaire du gouvernement et du programme de réformes politiques avant les prochaines élections législatives, qui pourraient avoir lieu au plus tôt en juillet 2025, et avant les élections municipales de 2026 ".
Tout n’est pas perdu
Comme Fitch Ratings il y a plus d’une semaine, les atouts français sont également soulignés par l’agence européenne. Il est à la fois question de son rôle de premier plan en Europe, de sa résilience économique, de son profil d’endettement favorable, d’un secteur bancaire jugé solide ou encore de son excellent accès aux marchés. La solvabilité française bénéficierait en outre du rôle international de la France, "sa capacité militaire et son importante industrie nucléaire".
Signe que les marchés ne tournent pas encore le dos à l’Hexagone, le spread OAT Bund (écart entre le rendement des obligations souveraines françaises et allemandes à dix ans) ne s’est aucunement creusé ces derniers jours. D’autres phénomènes sont également en train de se produire. Jean-François Robin, Global Head of Natixis CIB Research, confiait récemment à WanSquare que "les Japonais qui étaient jusqu’à il y a peu de gros acheteurs d’OAT sont certes désormais plus prudents, pour autant ils ne s’exposent qu’à des obligations souveraines très liquides à l’instar de celles françaises ou allemandes. Vous auriez toutes les peines du monde à les faire se tourner vers l’Italie ou l’Espagne".
La marge de manœuvre hexagonale se réduit peut-être mais elle reste existante, avec lors des adjudications pour chaque euro adjugé près de 2,5 euros demandés et ce alors que la France emprunte un montant record cette année. Hadrien Camatte, économiste senior pour la France et la Zone euro chez Natixis CIB, nous résumait que "la situation française où ce sont des acteurs diversifiés qui se positionnent sur sa dette est en soi plutôt une bonne nouvelle. Néanmoins il peut y avoir un peu de défiance dans les périodes de fortes incertitudes". Les équipes de Natixis CIB n’excluent pas que les acteurs domestiques reviennent à la charge dès qu’il y aura un peu plus de visibilité.
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