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Un spread franco-allemand rendu nerveux par une faible liquidité / Une situation immuable pour les OAT depuis de longs mois
Après la dissolution, le mauvais temps pour les obligations assimilables du Trésor (OAT) ? Les investisseurs ne se précipitent pas depuis quelques jours pour se positionner sur ce marché. Marine Mazet, stratégiste taux chez Nomura, confiant à WanSquare qu’actuellement " personne ne touche aux OAT en raison des trop grandes incertitudes, la majorité des acteurs est sur une position des plus attentistes".
Elle table ainsi sur un spread entre le Bund à dix ans et l’OAT à dix ans qui va "rester très volatil ces prochains jours jusqu’à ce que la situation électorale se clarifie complètement. On restera cependant davantage sur un écartement qu’une explosion". Pour rappel, il a été atteint en fin de semaine passée un écart record depuis 2017, avant de légèrement se réduire en ce début de semaine.
Longue date
Le faible attrait pour les OAT n’est pas nouveau, Raphaël Thuin, directeur des stratégies de marchés de capitaux chez Tikehau Capital, nous partageant "que la liquidité sur le marché des obligations souveraines est globalement en fort déclin, une situation qui favorise la volatilité du spread à court terme". Ce manque de liquidité renforçant l’impact de la moindre position prise par les acteurs positionnés et que ce soit à la hausse ou à la baisse. La stratégiste taux n’exclut pas de son côté que "l’écartement rapide du spread soit dû à la combinaison d’une faible profondeur de marché et d’investisseurs ayant été contraints de clore leurs positions le plus rapidement possible ".
Alors que la part de détention de la dette française par des non-résidents est conséquente ; de l’ordre de 51 % pour les OAT à la fin 2023 (qui représentaient pour mémoire 93 % de l’encours total de dette de l’Etat), le désamour des investisseurs étrangers pourrait devenir une vraie problématique. Pour le directeur des stratégies de marchés de capitaux, "la question de la capacité des acteurs domestiques à absorber les nouvelles obligations d’Etat sera déterminante pour rendre le marché un peu plus liquide". Une inconnue majeure alors que la remontée des taux au Japon devrait mécaniquement "réduire le poids des achats en provenance de l’Archipel et notamment le puissant fonds de pension du gouvernement japonais", nous explique Raphaël Thuin.
Tirer au clair
Les comparaisons avec des situations connues par d’autres pays européens sont naturellement à prendre avec des pincettes. Marine Mazet nous confie néanmoins "qu’il faut se remémorer que le spread italien a nettement plus souffert de certaines déclarations à l’emporte-pièce de Salvini, que lors de l’arrivée au pouvoir de Meloni. Cette dernière a su afficher plus de flexibilité sur quelques sujets chers à Bruxelles. Il est probable qu’il y ait un vrai apprentissage par l’échec qui se soit produit pour le Rassemblement national".
Pour ne rien arranger à la situation, Raphaël Thuin souligne que l’équation est rendue encore un peu plus compliquée par "une année 2024 où il est prévu que l’Agence France Trésor procède à des adjudications pour des montants records". La prochaine en date, prévue pour le 20 juin, ne manquera pas d’être scrutée.
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