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L’émulation industrielle est là… les financements privés moins / La Direction générale des Entreprises a donné rendez-vous aux acteurs de l'écosystème
La réindustrialisation de la France peut compter sur des soutiens publics, mais les financements privés répondent encore trop peu présents à l’appel. La dynamique industrielle est bel et bien en marche, a expliqué ce lundi matin Nicolas Dufourcq, à l’occasion des Rencontres du financement des industries innovantes organisées par la Direction générale des Entreprises à Bercy : "Nous n’avons jamais vu une telle effervescence industrielle dans les deals flow chez Bpifrance, une nouvelle génération d’entrepreneurs qui veut faire de l’industrie a été pollinisée". Mais il reste qu’"il y a encore un grand problème de contreparties privées", a poursuivi le directeur général de la banque publique d’investissement.
Les raisons de ce moindre enthousiasme de la sphère privée à supporter des projets industriels innovants sont claires. Ces derniers sont coûteux, les modèles d’affaires sont plus complexes et font leurs preuves sur un temps long, du fait d’un accès au marché qui ne peut se réaliser rapidement et d'investissement importants à engager en amont. Le niveau de risque est donc important, en comparaison à l’horizon plus éloigné des rendements. "Les projets de haute technologie sont peu familiers au monde de l’investissement", a observé l’économiste Philippe Tibi. "Il y a une question d’éducation pour les financiers", a de plus soutenu l’économiste éponyme de l’initiative visant à mobiliser l’épargne des investisseurs institutionnels vers des fonds spécialistes du financement des entreprises technologiques françaises. Sa seconde phase a été lancée à l’occasion du salon technologique VivaTech et à terme, 7 milliards d’euros de fonds privés devraient être mobilisés de l’early au late stage, en passant par la Tech cotée.
Car les investisseurs institutionnels ont en effet bien leur rôle à jouer s’agissant de financer les industries innovantes. Pour autant, certains d’entre eux n’ont pas nécessairement le champ libre. C’est notamment le cas des assureurs, qui ont d’importants moyens à consacrer au financement de l’innovation : Florence Barjou, directrice des investissements de Crédit Agricole Assurances, l’a rappelé à l’occasion de l’évènement.
La phase d’amorçage reste trop risquée
Certes, les montants gérés par l’activité d’assurance de la banque sont significatifs (environ 280 milliards d’actifs sous gestion). Et la diversification des actifs suit son cours. "Mais nous faisons de la gestion pour compte de tiers. En termes de profil d’investissement, nous avons des contraintes de prudence. D’une part parce que nous avons des obligations fiduciaires, d’autre part parce que ceux qui investissent dans des fonds en euros cherchent des placements sécurisés", a fait valoir Florence Barjou. En clair, difficile pour les assureurs de financer des projets innovants en phase d’amorçage. Ils préfèrent se positionner lorsque le terrain a été déminé. A titre d’exemple, Florence Barjou a donné celui de Verkor. Crédit Agricole Assurances avait préféré décliner lors de la première approche de la start-up spécialisée dans la production de batteries électriques. La technologie une fois plus développée et le contrat de débouchés avec Renault signé, Crédit Agricole Assurances a apporté son soutien lors du tour de table historique signé par l’entreprise grenobloise au mois de septembre.
Mais malgré leur importance, l’effet de levier et les phases de "dérisquage" auxquels les acteurs publics procèdent ne suffisent pas toujours à encourager les financeurs privés à mettre au pot s’agissant des jeunes entreprises industrielles innovantes. En témoigne le cas de Blackleaf, start-up spécialisée dans la production de graphène à échelle industrielle. Ce spin-off du CNRS a bénéficié du dispositif "Première usine" de France 2030 et a été lauréate du concours d’innovation de Bpifrance i-Lab en 2021. Et malgré cela, a regretté son président-directeur général Yannick Lafue, la jeune pousse peine encore à rassurer les investisseurs. "L’État nous fait confiance, des banques aussi. Mais nous avons besoin de nous structurer commercialement et nous attendons un accompagnement", a-t-il regretté lors de l’évènement.
Les plans publics d’investissement pour la réindustrialisation de la France ont déjà offert des preuves significatives d’efficacité. Avec Bpifrance en première ligne qui investira 35 milliards d’euros d’ici 2028 pour l’industrie, les effets des politiques de reconquête industrielle et technologique sont d’ores et déjà visibles. Entre 2017 et 2022, près de 100 000 emplois industriels ont été créés, 300 créations nettes d’usines ont eu lieu, la France est devenue le pays le plus attractif en Europe en matière d’investissement et l’accent a été mis sur la formation.
Des bénéfices certains à en tirer
Mais Philippe Tibi l’a rappelé : "Nous avons un problème de capacité budgétaire en Europe". Au ministre de l’Industrie, Roland Lescure, d’ajouter que malgré la puissance de l’acteur public, "il y aura besoin d’investisseurs privés". Certains tentent donc, avec la sphère publique, de répandre la conviction dans la sphère financière. En partenariat avec l’Agence de l’innovation en santé, la Direction générale du Trésor et la Mission "Tibi", l’association fédérant les entrepreneurs de l’innovation dans la santé France Biotech a notamment créé une formation à destination des investisseurs institutionnels et des Limited Partners (LP’s).
Le but : fournir aux investisseurs des éléments concrets sur les enjeux et opportunités d’investissement dans la filière de la santé, secteur primordial de la réindustrialisation française. Car ce type d’investissement n’en reste pas moins pertinent pour les acteurs privés : qui dit plus de risque, dit aussi de plus grands retours sur investissement. "La courbe en J est plus profonde, c’est plus risqué. Les TRI ne seront pas du même niveau, cela est sûr. Mais à la sortie, le multiple sera important", a rappelé Nicolas Dufourcq.
Quoi qu’il en soit, la réindustrialisation devra bénéficier d’un effort collectif. "Nous sommes à l’aube d’une révolution industrielle", a rappelé le ministre Roland Lescure. "Nous sommes à un point de bascule critique, parce que la prospérité de l’Occident a été fondée sur les résultats de la première révolution industrielle. […] Nous devons tenir notre rang face à une compétition internationale trop forte", a quant à lui fait remarquer Philippe Tibi. Alors tout le monde devra y participer. Pouvoirs publics, acteurs financiers privés… mais aussi les industriels eux-mêmes, forts de capacités financières importantes et ayant "des projets dans leurs cartons, qui sont bloqués par la réticence à prendre des risques", a conclu l’économiste.
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