Professions financières / Tibi 2 / philippe tibi / investisseurs insitutionnels / Investissements / tech / industrie / décarbonation
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Tibi 2 / philippe tibi / investisseurs insitutionnels / Investissements / tech / industrie / décarbonation
Il reste des moyens pour amplifier la force de frappe de "Tibi 2" / D'autant plus que le cercle des investisseurs partenaires s'élargit
Il y a presque un an, en juin 2023, la phase 2 de l’initiative Tibi était lancée. Pour ce (quasi) anniversaire, le ministère de l’Économie, des Finances, de la Souveraineté industrielle et numérique est venu apporter lundi quelques nouvelles : cinq nouveaux investisseurs ont rejoint la communauté des investisseurs partenaires. En contribuant à la deuxième étape de ce projet, qui s’étale de 2023 à 2026, le groupe Aéroports de Paris (ADP), la Française des Jeux (FDJ), la Mutuelle d’assurance des professionnels de santé (MACSF), Mérieux Développement et Pfizer portent désormais le nombre d’investisseurs partenaires à 35.
De quoi venir apporter davantage de soutien à une initiative, lancée en 2019 et visant à accroître la capacité de financements des sociétés technologiques en mobilisant l’épargne des investisseurs institutionnels. Elle a depuis homologué 92 fonds de capital-risque et capital-croissance sur son volet non coté. Ils gèrent 22 milliards d’euros à date et visent un encours de 35 à 40 milliards d’euros. Les investisseurs partenaires ont contribué à plus d’un quart des fonds collectés. Sur le volet coté, 29 fonds "Global Tech" ont été labellisés. À fin 2023, ils géraient 15 milliards d’euros avec mandats associés. La contribution à leurs encours sous gestion de la part des investisseurs partenaires s’élève à 20 %.
À noter que "Tibi 2" recouvre un champ d’investissement plus large que "Tibi 1" : au-delà des volets late stage et tech cotée, un volet early stage a été ouvert. Surtout, l’accent est mis sur le financement des porteurs de projets d’innovations de rupture (les deeptech) et contributeurs aux transitions industrielle et écologique, jouant aussi un rôle prépondérant en matière de souveraineté. "Dans le cadre de Tibi 1, nous nous étions engagés à 5 milliards d’euros, nous en avons trouvé 6, qui en ont généré 30" par effet de levier, s’est félicité le ministre délégué chargé de l’Industrie, Roland Lescure, à l’occasion d’une conférence de presse. L’engagement initial des investisseurs partenaires, pour cette deuxième phase, était de 7 milliards d’euros. Mais sachant que la mobilisation avait été supérieure à ce qui avait été prévu lors de la première phase, l’objectif reste le même. "Je maintiens notre ambition de lever 10 milliards d’euros", a quant à lui assuré l’économiste Philippe Tibi.
Des moyens d’y parvenir
Une ambition concrète, pour celui qui a porté ce projet à Bercy, car les axes d’amplification de cette deuxième phase sont établis. Déjà, la diversification et l’augmentation du nombre d’investisseurs y contribueront logiquement. "Non pas que nous souhaitions nous détourner des assureurs qui continuent et continueront d’apporter la majorité des capitaux qui sont nécessaires, mais parce que nous pensons que la technologie est un projet d’intérêt général et national. Il a besoin de la contribution de l’ensemble des énergies. C’est important d’avoir non seulement des corporate [EDF et Orano font déjà partie des investisseurs partenaires, ndlr], mais aussi des family offices, souvent bâties sur des expériences industrielles, qui participent à ce projet", a-t-il fait valoir.
D’autant plus que l’année 2023, lors de laquelle les investisseurs ont fait leur promesse d’engagement, n’a pas été particulièrement favorable aux assureurs en raison des taux d’intérêt élevés, a rappelé Philippe Tibi. Mais à la faveur de l’amélioration prévue de l’environnement financier, il devrait être possible d’augmenter les investissements. Et puis, la qualité de l’offre des fonds et des projets de financements devrait aussi produire son effet. "C’est l’offre qui suscite la demande. Et quand il y a de bonnes opportunités d’investissement, les épargnants trouvent le chemin de leur stylo. Parmi les fonds et les projets industriels émanant de sociétés établies, il y aura matière à vous donner du rendement", a avancé Philippe Tibi. Il faudra aussi des fonds gérant davantage de capitaux pour amplifier l’initiative, a souligné l’économiste. Car il s’agit d’un facteur essentiel à l’attractivité de la place financière - pour l’argent international, comme pour les meilleures start-ups européennes.
En matière de perspectives, "Tibi 2" vise donc aussi à financer plus particulièrement des projets deeptech. Special Purpose Vehicle, joint venture, spin-off de grandes entreprises françaises… plusieurs projets de ce type ont déjà marqué leur intérêt à la mission. Il y a aussi les introductions en Bourse (IPO), l’un des grands desseins du projet "Tibi". "Il faut dépasser l’inhibition. Le plus stratégique de cette initiative est de voir se développer sur notre sol des leaders européens et mondiaux. Pour qu’une société soit indépendante, en général, elle va à l’IPO", a expliqué Philippe Tibi. Et de poursuivre : "Nous avons un handicap européen, qui est d’avoir trop d’argent géré de manière passive. […] Ces fonds-là ne vont jamais aux IPO. Il est très important de rechercher ensemble les voies et les moyens qui permettent d’augmenter les capitaux qui sont gérés de manière active en Bourse". À noter que les fonds "Global Tech" homologués Tibi ont par exemple participé activement aux dernières grandes introductions en Bourse sur Euronext Tech Leaders, comme celles d’OVHcloud, de Believe et plus récemment de Planisware.
Un nouvel horizon pour les assureurs
Derniers axes d’amélioration : accroître l’internationalisation des investisseurs (en témoigne l’arrivée de Pfizer au sein des 35 partenaires de l’initiative) et poursuivre la formation et les cycles de conférences organisés à destination des investisseurs depuis 2019, sur des thèmes technologiques ou des classes d’actifs spécifiques. Olivier Guigné, directeur des investissements chez CNP Assurances, en a d’ailleurs souligné les retombées, tant pour les investisseurs que pour les équipes des compagnies d’assurances. "Les investissements ne sont plus seulement l’occasion de placer des primes d’assurance, mais aussi une façon pour les assureurs de rendre service à leurs assurés d’une autre façon : leur produit va permettre d’accélérer les transitions et donc aussi d’accélérer les changements des modes de vie des assurés", s’est-il félicité.
Les nouveaux investisseurs annoncés ce lundi l’ont en tout cas chacun souligné. Rejoindre l’initiative permettra d’accroître la diffusion de l’innovation et de s’insérer dans un écosystème porteur, tout en faisant naître de futurs champions. "J’ai la conviction que l’on peut être patriote et performant. […] L’on ne peut gagner qu’en bande", a assuré la présidente-directrice générale de la FDJ, Stéphane Pallez.
Reste toutefois à souligner que si l’envie est là, en 2023, les entreprises technologiques françaises ont vu leurs financements se raréfier et leurs valorisations chuter. Mais au total, elles sont parvenues à lever 8,3 milliards d’euros l’année passée, a souligné la secrétaire d’État chargée du Numérique, Marina Ferrari. Ce qui place, de fait, l’Hexagone en tête de l'Union européenne, devant l’Allemagne, où 6,6 milliards d’euros ont été levés. En revanche, la France reste toujours (loin) derrière le Royaume-Uni : les montants levés y ont atteint 16,8 milliards d’euros en 2023. L’objectif ? "Nous voulons occuper cette place et aller concurrencer, voire dépasser, le Royaume-Uni", a anticipé Marina Ferrari. Depuis le lancement de la phase 2, en juin dernier, ce sont en tout cas 2,5 milliards d’euros qui ont été investis par les investisseurs partenaires, dont environ deux tiers dans les fonds homologués non cotés late stage et early stage et un tiers dans les fonds homologués d’actions cotées.
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