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Eramet entre dans la nouvelle ère des métaux / Le lithium comme fer de lance
Un événement historique. Le tout premier Capital Markets Day de l’histoire d’Eramet qui se tenait lundi à Paris visait à expliquer comment le plus grand groupe minier français, créé il y a soixante ans, comptait entrer dans la "nouvelle ère des métaux". Et ce après l’importante transformation subie en six ans par l’entreprise depuis l’arrivée à sa tête de Cristel Bories, la dirigeante s’étant employée à recentrer l’entreprise sur ses métiers de base, afin de la repositionner comme un acteur minier et métallurgique de référence.
Ce travail, réalisé progressivement, a consisté à poursuivre l’expansion des activités minières attractives et génératrices de cash, tout en cédant les actifs non stratégiques de transformation des métaux, ainsi que les actifs non performants. Un processus achevé avec la cession bouclée cet été de la filiale Erasteel, spécialisée dans les aciers rapides, dans la continuité de la vente d’Aubert & Duval - spécialisée dans les aciers spéciaux, les superalliages et le titane - réalisée quelques mois plus tôt.
C’est donc un groupe recentré sur l’essentiel qui aborde un nouveau chapitre de son histoire. Dans cette feuille de route, aux objectifs de production ambitieux, le manganèse, qui a représenté 63 % du chiffre d’affaires l’an dernier, et le nickel (28 %) occupent toujours une place essentielle. Tant le manganèse, utilisé par l’industrie de l’acier au carbone, que le nickel, composant essentiel de l’acier inoxydable, appartiennent en effet à la catégorie des "métaux pour le développement économique mondial", qui constituent le premier pilier de la nouvelle stratégie. Comme un prolongement accéléré de la précédente.
Des objectifs plausibles
A horizon 2026, le groupe vise ainsi 8,5 millions de tonnes (Mt) de minerai de manganèse produit dans sa mine de Moanda au Gabon, la plus grande à haute teneur au monde, et prévoit d’en porter la capacité potentielle à 10 Mt à long terme. S’agissant du nickel, la production de la mine de PT Weda Bay développée en commun avec le géant chinois Tsinghan, et qui est déjà la plus grande mine de nickel au monde, va continuer à monter en puissance. Eramet y prévoit la commercialisation de 60 millions de tonnes humides (Mth) de minerai de nickel d’ici trois ans, à comparer aux 21,1 Mth commercialisés en 2022 et aux 30 Mth visés pour 2023.
Des objectifs "plutôt crédibles " aux yeux du cabinet Oddo BHF, celui-ci identifiant néanmoins certains défis : "pour le nickel la délivrance des permis nécessaires par les autorités indonésiennes, et pour le manganèse la fiabilité de la ligne de chemin de fer ". Rien d’insurmontable a priori, l’objectif de production le plus créateur de valeur à ses yeux étant le doublement du minerai commercialisé par Weda Bay au vu du surcroît d’excédent brut d’exploitation (Ebitda) attendu rapporté aux dépenses d’investissement requises.
Le deuxième axe de la stratégie vise lui à "développer de façon durable les métaux critiques pour la transition énergétique". C’est donc là qu’interviennent les récents développements du groupe dans le lithium, métal indispensable dans la technologie des batteries pour véhicules électrique. Si son projet le plus important en la matière se situe en Argentine, où le démarrage de la production est attendu au deuxième trimestre 2024, Eramet vient aussi d’acquérir un vaste ensemble de concessions minières de lithium dans la région d’Atacama au nord du Chili. Sans oublier que la société évalue actuellement la faisabilité de l’extraction de lithium en Alsace. Il est vrai qu’avec ce métal, c’est un marché immense qui s’ouvre potentiellement pour l’entreprise. Selon ses propres estimations internes, la demande de lithium de qualité batterie devrait croître de 20 % par an sur la décennie en cours et sa croissance annuelle devrait demeurer à deux chiffres "jusqu’en 2040 au moins".
Les investissements vont faire monter l’endettement
Pour autant, et bien qu’elle semble claire et convaincante, cette feuille de route ne comporte pas que des éléments positifs. Elle a notamment comme corollaire une augmentation du levier d’endettement (la dette rapportée à l’Ebitda), l’évolution de cet indicateur pouvant devenir une préoccupation à court terme. Sur la période 2024-2026, le groupe prévoit en effet un plan d’investissement d’environ 1,9 milliard d’euros afin de soutenir ses activités génératrices de cash et d’alimenter sa croissance future, avec, par année : environ 900 millions d’euros en 2024, environ 600 millions d’euros en 2025 et environ 400 millions d’euros en 2026. Des sommes qui vont amener le groupe à dépasser temporairement son objectif de levier (qui est de 1 fois).
D’autre part, elle n’enlève rien à la volatilité intrinsèque aux métiers du groupe. "Par définition, des volumes plus élevés dans un environnement de prix plus difficile (comme c’est le cas aujourd’hui) n’apporteraient pas beaucoup à Eramet", observe notamment le bureau de recherche indépendant AlphaValue. D’autant que vu la taille occupée par Eramet sur ses marchés, l’expansion de sa production pourrait venir peser sur les prix du manganèse et du nickel. Et ce alors que l’environnement immédiat reste en effet peu porteur avec des cours proches des plus bas de trois ans sur les deux métaux.
De son côté, le lithium montre quelques signes de stabilisation après avoir fortement chuté jusqu’en octobre, mais la forte hausse concomitante de la demande et de l’offre rend le prix d’équilibre difficile à prévoir. Dans ce domaine nouveau pour lui, le groupe va surtout devoir montrer qu’il respecte son calendrier et peut à la fois gérer les défis techniques et la composante politique (inhérente à l’obtention des permis de construire).
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