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Alstom / Henri Poupart-Lafarge / ferroviaire

Alstom ou l’art de détruire de la valeur / Henri Poupart-Lafarge face à ses responsabilités

Alstom inquiète plus que jamais les marchés. Le groupe a perdu sa crédibilité à produire ses trains en générant de la trésorerie, et sa volte-face en un mois sur la décision de lancer ou non une augmentation de capital laisse à croire qu’il navigue à vue. Le PDG, Henri Poupart-Lafarge, appelé à céder l’an prochain son fauteuil de président à Philipe Petitcolin, ancien directeur général de Safran, se retrouve sous pression. La situation est d’autant plus délicate qu’elle est amplifiée par les ventes à découvert massives des fonds spéculatifs.
Logo Alstom sur le site historique du groupe à Belfort - Photo by Sébastien BOZON / AFP
Logo Alstom sur le site historique du groupe à Belfort - Photo by Sébastien BOZON / AFP

De mal en pis. Si l’on savait depuis début octobre qu’Alstom avait brûlé du cash à un rythme effréné au premier semestre, au moins les actionnaires avaient-ils eu l’assurance (orale) du tout nouveau directeur financier, Bernard Delpit, que le groupe ne recourrait pas une augmentation de capital pour remettre son bilan d’aplomb. Et que d’éventuelles cessions n’auraient lieu que si elles avaient du sens. Mais comme les promesses n’engagent que ceux qui y croient, c’est bien un projet d’augmentation de capital qu’Alstom a dévoilé mercredi, simultanément à un programme de cessions d’actifs qui a déjà commencé et à l’émission prochaine de titres de quasi-capital et assimilés, afin de redresser sa situation financière très tendue.

Tellement tendue que l'industriel annonce aussi la suppression de 1 500 postes dans le monde, représentant près de 10% du total des fonctions commerciales et administratives. Décision un peu paradoxale au vu de la "faible" performance commerciale du groupe admise par le président-directeur général (PDG), Henri Poupart-Lafarge, malgré une demande qui "reste à un niveau soutenu". Et qui renforce l’impression que le groupe navigue à vue, obligé de couper dans le vif, qu’il s’agisse des actifs ou de ses forces vives, face à une situation dont la difficulté n’a pas été anticipée.

 

L’impératif de la notation

 

Car l’urgence est de résorber une dette qui atteignait 3,4 milliards d’euros au 30 septembre, contre 2,1 milliards d’euros à fin mars. Derrière cet impératif, il y a la menace d’une dégradation de la notation du groupe par Moody’s, sachant que l’agence a très récemment laissé un sursis au groupe pour restaurer son bilan et lui permettre de ne pas tomber dans la catégorie spéculative, la note actuelle "Baa3" se situant au dernier cran de la catégorie investissement. Dans son avertissement, l’agence avait d’ailleurs enjoint Alstom de "compléter son désendettement organique par des mesures inorganiques", ceci expliquant cela.

Nul doute aussi qu’Alstom, qui met en avant "une nouvelle fois [sa] flexibilité financière" en annonçant la signature d’une nouvelle ligne de crédit d'un montant de 2,25 milliards d’euros avec une banque internationale de premier rang, subit la pression de ses banquiers.

Mais au-delà de la réduction attendue de 2 milliards d’euros de son endettement d’ici mars 2025 grâce aux mesures annoncées, Alstom va devoir prouver sa capacité à redresser sa performance opérationnelle. Bien sûr, le groupe paye toujours la difficile intégration du canadien Bombardier, racheté il y a maintenant bientôt deux ans, dont une partie des contrats sont déficitaires. Ce qui pose toujours la question de la manière dont avait été mené le processus de due diligence par le précédent directeur financier, Laurent Martinez, parti cet été chez Orange.

La livraison du programme des trains Aventra de l’ex Bombardier "a été plus complexe que prévu", justifie notamment Henri Poupart-Lafarge. Pour autant, alors que la variation du besoin en fonds de roulement commercial explique l’essentiel de la déconvenue sur la génération de trésorerie, il est difficile de comprendre pourquoi les stocks de l’industriel augmentent autant dans un environnement de chaîne d'approvisionnement qui s'améliore.

 

Une direction dissociée

 

En gage de sa volonté d’améliorer les choses, le groupe annonce aujourd’hui travailler à l'élaboration d'un plan global opérationnel, commercial et d'efficacité des coûts. Le droit à l’erreur ne semble plus permis, tant pour l’entreprise que pour son PDG, aux commandes depuis 2016, et dont le règne s’est traduit par une destruction massive de valeur, avec un cours de Bourse divisé par deux, malgré un marché ferroviaire porteur. Nul doute que les deux principaux actionnaires du groupe, la caisse de dépôt et de placement du Québec, qui détient 17,38% du capital, et Bpifrance, qui en revendique 7,5%, préféreraient un autre scénario.

A cet égard, la décision du conseil d’administration de nommer l’ancien directeur général de Safran, Philipe Petitcolin, en tant que président du conseil d’administration lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires prévue en juillet 2024, peut sonner comme un avertissement pour Henri Poupart-Lafarge, qui doit conserver la fonction de directeur général.

Les solides états de services de Philipe Petitcolin, notamment réputé pour sa très bonne gestion des coûts, ne seront pas de trop pour aider à redresser une image passablement écornée auprès des investisseurs. Mais la tâche s’annonce ardue dans la mesure où l’action Alstom est devenue la cible de ventes à découvert massives. Il s’agit même du titre le plus vendu à découvert de la place de Paris. A la date du 13 novembre, les "shorts" représentaient près de 20% du capital, et l’annonce d’une prochaine augmentation de capital, dont le montant et la date n’ont pas été arrêtés, mais qui s’avérera forcément dilutive, vient certainement d'en attirer davantage. L’action Alstom chutait mercredi après-midi de 18%, à 11,7 euros, à des plus bas depuis mai 2005.

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