Dirigeants, gouvernance / Proxinvest / Rémunération dirigeants / sbf 120 / CAC 40
Dirigeants, gouvernance
Proxinvest / Rémunération dirigeants / sbf 120 / CAC 40
La rémunération des dirigeants du SBF 120 a atteint un nouveau record en 2022 / Des politiques de rémunération de plus en plus responsables
Une baisse en trompe-l’œil ? Au cours de l’exercice 2022 la rémunération totale moyenne des présidents exécutifs des sociétés du SBF 120 a baissé de 6 % par rapport à celle octroyée au titre de 2021, à 4,2 millions d’euros. "Cette baisse n’est qu’illusoire car la rémunération long terme exceptionnelle versée en 2021 chez Stellantis avait été particulièrement élevée, faisant ainsi grimper la rémunération moyenne totale des dirigeants du SBF 120 ", a expliqué Jehanne Leroy, responsable de l’équipe recherche France chez Proxinvest, lors d’une conférence de presse organisée à l’occasion de la présentation de la nouvelle édition du rapport sur la rémunération des dirigeants du SBF 120.
Selon elle, la vraie année de référence serait au contraire celle pré-crise sanitaire. "Par rapport à 2019, la rémunération moyenne de ces dirigeants a progressé de 14 %. Il s’agit même de l’un des montants les plus élevés observé par Proxinvest ", a-t-elle fait remarquer.
Suivant la même évolution, la rémunération totale moyenne des dirigeants du CAC 40 a baissé de 15 % par rapport à 2021 mais a augmenté de 29 % par rapport à 2019, avec un niveau de 6,7 millions d’euros, "soit le plus élevé constaté hors 2021", a souligné la directrice Jehanne Leroy.
Un ratio d’équité qui s’améliore
Ainsi au total, selon les calculs de Proxinvest appartenant au groupe américain Glass Lewis, les dirigeants les mieux rémunérés au titre de l’exercice 2022 sont : Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes, (33 millions d’euros au total, en baisse de 25,2 % par rapport à l’année dernière), Daniel Julien, président-directeur général de Teleperformance, (19,7 millions d’euros, approuvée à 74,6 % des actionnaires). Viennent ensuite Carlos Tavares, directeur général de Stellantis (19,6 millions d’euros selon Proxinvest et 23,5 millions d’euros selon le constructeur), Philippe Guillemot, président-directeur général de Vallourec (15 millions d’euros) et enfin François-Henri Pinault, président-directeur général de Kering, (13,7 millions d’euros selon Proxinvest qui prend en compte - bizarrement ! - la convention d’assistance conclue avec la holding Artémis d’un montant de 7,2 millions d’euros et 6,6 millions d’euros selon le groupe).
Ces montants n'ont pas grand sens. Ils sont sans aucun lien avec la création de valeur que ces personnes physiques permettent. Sont-ils déconnectés pour autant de leurs salariés, comme le prétend une partie de la classe politique ? Le ratio d’équité s’améliore. Il est redescendu l’année dernière en dessous de la barre de 100 fois la rémunération moyenne des salariés (89 fois). "L’on constate aussi un meilleur respect du plafond de rémunération maximale socialement acceptable fixé à 5,39 millions d’euros fixé par Proxinvest, même si 26 dirigeants le dépassent encore (contre 29 en 2021 et 14 en 2019) et neuf dépassent la barre des 10 millions d’euros ", a constaté Jehanne Leroy. C’est d’ailleurs la première fois qu’autant de dirigeants perçoivent plus de 10 millions d’euros, ils n’étaient de quatre ces dernières années selon l’agence de conseil de vote.
Seuil de déclenchement du bonus
Dans le détail, s’agissant de la rémunération fixe moyenne, elle est en progression de 2,6 % pour le CAC 40 (1,27 million d’euros) et de 3,6 % pour le SBF 120 (952 885 euros) par rapport à 2021, atteignant ainsi des records historiques. " A noter que cette hausse est inférieure à l’inflation constatée de 5,2 %, sachant qu’au cours des années précédentes, cette rémunération augmentait plus vite que l’inflation", a-t-elle fait observer.
La rémunération variable annuelle moyenne (bonus et autre attribution d’actions de performance) a elle aussi atteint un record en 2022. Elle a augmenté de 1,7 % pour le SBF 120 à 1,16 million d’euros et de 2,4 % pour le CAC40 à et 1,91 million d’euros par rapport à 2021.
L’on notera que l’année dernière, six entreprises (contre 11 en 2021 et 13 en 2019) avaient décidé de ne pas verser de bonus : "Les sociétés Dassault Aviation, Derichebourg, Eurofins Scientific n’ont pas attribué de rémunération variable estimant que les dirigeants étaient déjà incités à la performance de la société du fait de leur appartenance à la famille fondatrice ou aux grands actionnaires. Par ailleurs, Rubis SCA a mis en place un seuil de déclenchement du bonus qui n’a pas été atteint tandis que le patron d’Ubisoft Entertainment a renoncé de lui-même à son bonus", a précisé Jehanne Leroy.
Meilleur respect du plafond de 150 % de la rémunération fixe
Ainsi, dans le top 5 de Proxinvest en termes de rémunération variable annuelle, l’on retrouve à la première place comme l’année dernière Carlos Tavares (7,5 millions d’euros). Axel Dumas, patron d’Hermès International, entre directement à la deuxième place du classement avec 3,65 millions d’euros (une rémunération en progression de 35 % sur un an). Il est suivi de la directrice générale de Solvay, et seule femme au classement, Ilham Kadri (2,94 millions d’euros), d’Alexandre Bompard (2,85 millions d’euros, il était déjà dans le top 5 lors de l’édition précédente) et enfin, Aditya Mittal, directeur général d’Arcelor Mittal (2,77 millions d’euros de rémunération variable). "Nous sommes particulièrement contents car 78 % des sociétés du SBF 120, ont respecté notre recommandation de plafond de 150 % de la rémunération fixe. Par ailleurs, au titre de 2023, l’on constate une augmentation de l’introduction de clauses de restitution, pratique courante aux Etats-Unis. Trois sociétés l’ont ainsi adopté dans leur politique de rémunération pour l’exercice 2023 : Sanofi, Schneider Electric et Orange ", s’est félicitée la responsable de Proxinvest.
Une récompense pour des performances exceptionnelles
S’agissant enfin de la rémunération actionnariale (options, actions gratuites ou de performance, appelée rémunération à long terme), celle-ci est en baisse par rapport à 2021 mais a tout de même progressé de 27,5 % dans le SBF 120 par rapport à 2019. Et comme pour les bonus et pour les mêmes raisons, 22 % des présidents exécutifs n’ont pas touché de rémunération à long terme l’année dernière. Pour ce type de rémunération, c’est Bernard Charlès qui prend la tête du classement avec 29,9 millions d’euros, "Ce niveau de rémunération s’explique par le fait de sa présence depuis des années au sein de l’entreprise sans y être intéressé. Le groupe contrôlé par la famille Dassault a donc souhaité le récompenser pour ses performances exceptionnelles qui ont contribué à faire de Dassault Systèmes l’un des plus grands groupes du CAC 40. Cette rémunération n’est donc qu’un rattrapage. Pascal Daloz, qui lui succède à la direction générale et a, lui, bénéficié de plans d’actions, ne devrait donc pas avoir ce montant de rémunération l’année prochaine ", assure Jehanne Leroy.
Dans ce classement, l’on remarquera la troisième position de Philippe Guillemot qui a obtenu une rémunération actionnariale de 13,5 millions d’euros. "Il faut comprendre que cette rémunération a été mise en place par le conseil d’administration spécialement pour le nouveau dirigeant de Vallourec qui a été recruté pour redresser la société", a précisé la directrice qui note toutefois que "si les conditions de performance mises en place sont ambitieuses, elles sont néanmoins court-termistes puisque la condition d’acquisition est mesurée sur 90 jours seulement (alors que la pratique de marché est une mesure sur 3 ans)".
Un message entendu chez Stellantis
Pour Proxinvest, la rémunération de Carlos Tavares, à 10,1 millions d’euros de rémunération actionnariale, est elle aussi particulière. "25 % de cette rémunération ne reposent sur aucune condition de performance. Une pratique très répandue aux Etats-Unis mais qui a été vivement critiquée lors de la dernière assemblée générale du groupe, les actionnaires ayant rejeté le rapport de rémunération. Une contestation que Stellantis semble avoir entendue puisque le constructeur a décidé d’intégrer, dans sa politique de rémunération 2023 des conditions de performance", a rappelé Jehanne Leroy.
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