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Eurazeo / William Kadouch-Chassaing / Christophe Bavière
Eurazeo va désormais se concentrer sur la gestion pour compte de tiers / Les actionnaires au centre de la nouvelle stratégie
Eurazeo va prendre un nouveau virage stratégique. D’un modèle reposant à la fois sur l’investissement en fonds propres et pour le compte d’investisseurs tiers, la société souhaite désormais privilégier la deuxième voie. On se souvient d’ailleurs qu’en parallèle des investissements d'Eurazeo sur son propre bilan, c’est l’ancienne présidente Virginie Morgon, partie en début d’année, qui avait accentué le virage vers la gestion d'actifs pour compte de tiers il y a cinq ans, avec la volonté de générer des revenus récurrents, par opposition aux plus-values plus aléatoires enregistrées à l'occasion des cessions d'actifs.
Avec un certain succès. "La transformation d’Eurazeo en gestionnaire d'actifs a été menée à bien, notamment avec l'acquisition d'Idinvest en 2018 et l'expansion de notre clientèle depuis lors. Les capitaux tiers représentent aujourd’hui environ 70% des capitaux que nous déployons", a souligné William Kadouch-Chassaing, co-chief executive officer du groupe depuis février 2023, à l’occasion du Capital Markets Day qui se tenait jeudi.
Mais justement, à l’inverse, le métier historique d’investissement en fonds propres ne fera désormais plus partie des priorités. Pourquoi ? Parce que "notre bilan a été quelque peu surutilisé dans le passé du fait de l’approche hybride de notre modèle d'entreprise" a expliqué le co-président du groupe. "Notre objectif est d'optimiser l'utilisation de notre capital. Il doit être considéré comme une ressource rare", a-t-il ajouté.
En conséquence, le groupe vise à partir de maintenant un modèle d’affaires unique de gestionnaire d’actifs, dans lequel le bilan est utilisé "pour développer des avantages concurrentiels", a-t-il annoncé. Par avantage concurrentiel, il faut comprendre que sa base de capital lui permet d’aligner ses intérêts avec ceux de ses clients, un solide argument pour dynamiser la collecte en participant à l’amorçage de chaque millésime des différentes stratégies.
7 milliards d'euros à récupérer
Dans le même temps, les objectifs assignés à l’activité de gestion pour compte de tiers mettent l’accent sans surprise sur la rentabilité. Le groupe vise une marge cible de "Fee Related Earnings" (les commissions) de 35% à 40% pour la période 2024-2027 et vise une hausse de 15% par an en moyenne des commissions en provenance de tiers.
La transition vers ce nouveau modèle va s’opérer au fur et à mesure des cessions d’actifs. Sur les 7 milliards d’euros que le groupe compte récupérer lors des prochaines ventes au cours des quatre prochaines années, trois milliards d’euros environ seulement seront réinvestis. Et ce, en respectant un seuil maximum du bilan dans les fonds, ramené à 20% à l’horizon 2027, à comparer aux 35% en moyenne observés sur les derniers millésimes. Le corollaire de ce nouveau modèle d’affaires asset light à moindre intensité capitalistique résidant dans l’utilisation que le groupe compte faire des quatre autres milliards d’euros.
Or, ce "capital excédentaire", Eurazeo a l’intention de le rendre en partie aux actionnaires, pour 2,3 milliards d’euros, dont 800 millions d’euros sous la forme de dividendes ordinaires, et 1,5 milliard d’euros au travers de rachats d’actions, soit 200 millions d’euros par an d’achats au fil de l’eau, complété par des achats en fonction du calendrier de cessions. Une nouvelle logiquement bien accueillie en Bourse, où le titre Eurazeo a bondi jeudi de près de 10%, à 68,9 euros, cette réaction enthousiaste laissant à penser que l’action de la société d’investissement pourrait quitter le surplace dont elle fait preuve depuis cinq ans.
De fait, observe le bureau de recherche Oddo BHF, ce "Capital Markets Day acte, selon nous, la prise de conscience que d’un point de vue boursier, les modèles hybrides combinant un très large bilan, couplé à une activité de gestion d’actifs pour compte de tiers, sont très mal valorisés". Sous ce prisme, que la stratégie pour compte de tiers - que les marchés ont coutume de valoriser à des multiples élevés - soit poursuivie apparaît donc logique, et ce choix pourrait fondamentalement changer la perception d’Eurazeo en Bourse.
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