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Orpea / Scandale / restructuration financière / Ehpad / Soin / Santé
La refondation d’Orpea est déjà largement initiée / Un indispensable "New Deal" du secteur à engager
"Accompagner et prendre soin dans la durée des personnes en situation de grande fragilité ". Voilà la mission du nouvel Orpea que ne cesse de répéter son directeur général depuis le 1er juillet 2022, Laurent Guillot. Chargé depuis cette date de mettre en œuvre la transformation du groupe lourdement impacté par les scandales de maltraitance révélés en janvier 2022 par le livre "Les Fossoyeurs" de Victor Castanet, l’ancien directeur général adjoint de Saint-Gobain a toujours voulu jouer la transparence. "Dire ce que l’on fait pour faire ce que l’on dit ", a-t-il rappelé ce mardi lors d’un point d’étape, un an après l’annonce du plan de refondation d’Orpea, devant la presse.
Ce vaste plan était axé sur trois priorités : prendre soin des équipes, - "la priorité des priorités", selon lui -, remettre le projet médico-soignant au cœur de l’entreprise et redonner au groupe les moyens financiers de sa mission. Si un an plus tard, la restructuration financière du gestionnaire d’Ehpad semble désormais sur de bons rails (l’entreprise projette aussi 500 millions d’euros de cessions l’année prochaine), pour le reste, elle n’a pas chômé non plus.
Des offres d’emploi attractives
Concernant d’abord les collaborateurs du groupe (soignants, médecins, kinésithérapeutes, auxiliaires, etc. soit 76 000 dans le monde, dont 82 % de femmes, répartis dans 1 000 établissements dans 23 pays dans le monde et dont 26 000 dans les 350 établissements français), l’enjeu premier était la stabilité. "Aujourd’hui, 80 % de notre effectif est en contrat à durée indéterminée (CDI). Le recrutement est une condition essentielle à l’accompagnement des patients. Or, tous les moyens n’avaient pas été donnés (jusqu’en 2022, ndlr) pour les soins", s’est félicitée Fanny Barbier, directrice des ressources humaines d’Orpea qui a mis en place une organisation "recrutement" au sein de l’entreprise, effective aussi en régions. "La bonne nouvelle est que nous arrivons à être attractifs lors de nos recrutements. Environ 600 CDI par mois depuis le mois de septembre ont été signés. Notre taux d’encadrement est de 10 % soit au-dessus de la norme du secteur ", a-t-elle ajouté.
Un dialogue social restauré
Mais la DRH sait que la fidélisation des collaborateurs passe aussi par la reconnaissance. "Nous avons récupéré une entreprise sans représentant du personnel. Nous en comptons 605 aujourd’hui. Ce dialogue social a permis de nombreuses avancées telles que des augmentations de salaires allant de 2 à 7 % selon l’ancienneté des collaborateurs, l’octroi de tickets-repas et d’un treizième mois progressif ", a-t-elle indiqué, ajoutant également que les conditions d’une prime d’intéressement avaient changé. "Avant, il était fixé en fonction du taux d’occupation. Aujourd’hui, les performances extra-financières telles que le nombre de CDI, la réduction du turn-over, sont devenues prioritaires", a assuré Fanny Barbier. De même, la mutuelle des non-cadres a été alignée sur celle des cadres.
Une attention que la directrice des ressources humaines veut également accorder à la santé et la sécurité émotionnelle des soignants. C’est pourquoi le groupe a mis en place une cellule psychologique tandis que les managers sont formés aux risques psycho-sociaux. Au total, c’est un budget de 10 millions d’euros qui a été consacré cette année à la formation continue des collaborateurs.
Une politique de soin remise sur pied
Ensuite, s’agissant du soin, le nouveau directeur médical d’Orpea, le professeur Pierre Krolak-Salmon, a d’abord rappelé les activités du groupe, qui ne se résument pas aux maisons de retraite mais comptent également une activité de soutien à domicile (soutien à la dépendance en France), des cliniques de rééducation (accidents de la vie) et de santé mentale (psychiatrie), soit 50 % de l’activité en France. "Il n’existait pas, chez Orpea, de structure type commission médicale d’établissement (CME) utile à la proposition de recommandations obligatoires de soins, il nous a fallu la mettre en place. De plus, un conseil d’orientation éthique a vu le jour, piloté par le professeur Emmanuel Hirsch, de sorte qu’aucune question provenant d’un patient ou d’un soignant ne reste sans réponse. Une initiative déployée sur l’ensemble des établissements. Au 31 décembre, ce sont 582 référents éthiques qui auront ainsi été désignés ", a-t-il indiqué.
De fait, la création d’instances de contrôle se sera multipliée au cours des derniers mois comme un conseil scientifique international et interdisciplinaire, présidé par le professeur Didier Pittet ou encore une direction des soins en France. "Nous avons également ouvert un espace de dialogue avec la mise en place d’une plateforme téléphonique ainsi qu’un espace de médiation piloté par l’ancien ministre Claude Evin, l’objectif étant de mieux considérer le parcours relationnel avec les patients et leurs proches", a poursuivi Pierre Krolak-Salmon. Autant d’efforts qui ont valu à 67 établissements de recevoir la note de 3,87 sur 4 par la Haute Autorité de Santé.
Un indispensable virage numérique
Mais le groupe sait que de nouveaux défis l’attendent et que sa refondation n’est pas encore achevée. "Des défis immenses lorsque l’on sait que la population âgée ne va cesser de croître dans les années qui viennent. Or, nos ressources ne sont pas extensibles à l’infini et le système financier de la France est à bout de souffle. Il va falloir mener un travail collectif avec les acteurs publics, privés, et les pouvoirs publics afin de trouver un modèle plus pérenne pour le secteur du soin de la dépendance", a estimé Laurent Guillot qui a appelé à un "New Deal" du secteur.
En attendant, Orpea a déjà défini ses nouvelles priorités. "La vigilance sur les conditions de travail des collaborateurs, la mise en place d’un nouveau modèle d’organisation basé sur le trinôme (directeur d’établissement, cadre santé et médecin) que l’on doit retrouver à tous les niveaux, aussi bien régional que national. Nous devons également préparer les évolutions futures en prenant le virage de l’ambulatoire", a détaillé Fabienne Dulac, la numéro deux d’Orpea arrivée en septembre dernier.
Une organisation qui aura aussi pour but d’apporter "plus d’autonomie aux établissements", a-t-elle précisé. Autre révolution de taille à venir : développer le numérique. "Le secteur de la santé s’est longtemps tenu à l’écart du digital. Or, cet outil simplifie considérablement les tâches des soignants et évite un grand nombre d’erreurs. Avec cette charge en moins, ce sera autant de temps et d’attention supplémentaires accordés aux patients", a fait observer Fabienne Dulac.
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