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Macro-économie / Taux / Nicolas Ragache / AFEP

Macro-économie / Taux
Nicolas Ragache / AFEP

exclusif L'année 2024 vue par... Nicolas Ragache / Chef économiste de l'Afep

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2024 après une année 2023 marquée par le début de la désinflation, la multiplication des tensions géopolitiques, le boom de l’intelligence artificielle générative ou encore les premières retombées des resserrements monétaires sur l’économie réelle. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Nicolas Ragache - DR
Nicolas Ragache - DR

Quel est votre scénario de croissance pour l'Europe et la France pour 2024 ? De quelle manière les trois risques géopolitiques (guerre en Ukraine, conflit israélo-palestinien et les élections présidentielles américaines) affectent-ils vos prévisions ?

 

Pour l’Europe, l’hypothèse centrale fin 2023 est un fort ralentissement de l’inflation, une bonne nouvelle, mais aussi d’un ralentissement de la croissance. Les hausses de prix pèsent encore sur la consommation et les hausses de taux continuent de se diffuser. De l’ampleur et de la durée de ces effets dépendra la conjoncture de 2024.

En France, notre scénario central est qu’ils se traduisent par une croissance très ralentie, à un niveau proche de 2023. La question est de savoir si la BCE relâchera sa politique monétaire et comment les finances publiques françaises, très dégradées, pourront être stabilisées sans entraver la croissance.

Les conflits géopolitiques peuvent conduire à de nouveau chocs d’offre négatifs, mais à ce stade compte tenu des incertitudes, sans les ignorer, ils sont intégrés comme des risques.

Au-delà de la conjoncture, la principale interrogation est celle de l’amplification de la politique de l’offre pour répondre aux transformations environnementales, numériques, démographiques, et des chaînes de production mondiales. C’est le choix des pays d’Asie et des Etats-Unis. Ce sera un choix déterminant pour l’Europe qui doit gagner en compétitivité.

 

La remontée des défaillances d'entreprises vous inquiète-t-elle ?

 

Ce n’est jamais une bonne nouvelle même si à ce stade cela ne semble pas systémique. Mais le contexte de ralentissement appelle une attention. Et avec la remontée des taux, des entreprises peuvent se trouver très différemment exposées selon leurs activités et leurs bilans. Dans l’ensemble, les entreprises ont traversé la pandémie puis le choc d’inflation en continuant à créer plus d’emploi et de valeur ajoutée qu’initialement prévu, avec de bonnes bases et avec agilité. Elles restent globalement assez résistantes mais dans un contexte conjoncturel plus difficile.

 

Les Banques centrales ont fortement augmenté leurs taux d’intérêt ces derniers mois, cela vous paraît-il suffisant pour que l’inflation retombe à 2% en rythme annuel ? Etes-vous en faveur du relèvement de cette cible ?

 

La remontée des taux se diffuse encore dans l’économie. Même s’il faut être très prudent, si ces tendances se poursuivent, la politique actuelle des banques centrales devrait conduire à un retour de l’inflation vers les niveaux cibles. Cela plaide alors dans un second temps pour une inflexion à la baisse des taux.

Les banques centrales ont choisi de devenir très "data dépendantes" et prudentes face aux chocs très importants que nous venons de traverser. Plus que changer leur cible de long terme, elles devront peut-être aussi revenir à plus de "forward guidance".

La cible de banque centrale renvoie à une équation de moyen/long terme. La détermination du "taux neutre" fait l’objet de débat dans le cadre des transitions environnementales, techniques,démographiques et internationales.

La stabilité des prix est importante pour l’investissement. Il est possible que les banques centrales maintiennent des taux plus élevés pour plus longtemps pour aussi tenir compte d’un contexte qui pourrait être structurellement plus inflationniste alors que ces transformations sont en cours.

 

Les marchés obligataires ont montré de forts signes de nervosité ces derniers temps, pensez-vous que les coûts auxquels se financent Etats et entreprises pourraient encore croître après la fin de la hausse des taux d’intérêt directeurs ?

 

Cette question est très dépendante de la référence choisie. A court terme, le plafonnement anticipé des taux d’intérêt conduit à une baisse des taux obligataires qui intégraient une probabilité de hausse. Cet effet logique est amplifié par les anticipations de baisse des taux directeurs.

Mais dans les prochains mois, les Etats et les entreprises vont aussi avoir à se refinancer à des taux supérieurs à ceux de leurs dettes actuelles. 2024 pourrait donc être une année de transition d’autant que les taux extrêmement faibles en Europe avant 2020 étaient une forme d’anomalie et que 2024 pourrait aussi constituer un pas vers la normalisation monétaire.

 

En début d’année, des banques américaines liées au secteur de la tech ont fait faillite et UBS a été contraint de se porter au secours de Credit Suisse, quel est, selon vous, le plus gros risque pour la stabilité financière qui pourrait apparaître en 2024 ?

 

Le plus gros risque est souvent celui qui n’est pas anticipé. Pour 2024, l’expérience des banques régionales aux Etats-Unis et la réaction de la FED ont montré qu’il y avait aussi beaucoup de pragmatisme en ouvrant des facilités adéquates en cas de risque financier majeur.

Le risque financier serait a priori plus de voir s’aligner plusieurs phénomènes négatifs : monétaires, bilanciels et sectoriels, voire géopolitiques, qui se concentreraient de manière systémique et rendraient plus difficile une réponse coordonnée. Cela signifie aussi qu’il faut rester attentif à des signaux faibles et à leurs corrélations.

 

Dans le cas de la France, la crise du logement constitue-t-elle une bombe à retardement ? Si oui, quelles mesures préconiseriez-vous pour la désamorcer ?

 

La hausse des taux dans ce secteur contraint offre et demande. C’est un sujet social et économique. L’importance de l’immobilier dans le bilan des ménages conduit à ce que la hausse pèse aussi sur leur consommation en général. Pour le secteur de la construction et de l’immobilier la hausse des taux rend plus difficile le marché alors que les besoins restent importants.

Comme l’indique votre question, il n’y a sans doute pas une seule solution. Côté offre, une politique de compétitivité, comme sur d’autres secteurs, devrait être menée. Elle passe par des mesures réglementaires, mais aussi peut-être de compétitivité coût. Côté demande, l’objectif devrait être de stabiliser le marché en s’assurant que les volumes de transaction et d’accession retrouvent leurs niveaux de longue période. Il faudra aussi tenir compte des futures évolutions de taux d’intérêt.

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