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Start-up / Parité / gender gap
Pourquoi les femmes restent-elles encore timides dans l’entrepreneuriat ? / Avec des profils similaires à ceux de leurs homologues masculins, leurs motivations sont pourtant différentes
Si la place des femmes dans les instances dirigeantes des grandes sociétés françaises peine encore à bien s’ancrer, le constat diffère peu du côté de l’entrepreneuriat et des plus jeunes des entreprises. De fait, 84 % des équipes fondatrices des start-ups sont entièrement masculines, 12 % sont mixtes et seulement 5 % sont entièrement féminines, rapporte une enquête menée par l’association du secteur France Digitale, l’incubateur Willa et le cabinet Roland Berger. De même en ce qui concerne les postes de direction, avec une faible part de 18 % occupée par des femmes.
Des chiffres qui se reflètent, par ailleurs, dans la difficulté pour des start-ups créées par des équipes de femmes à convaincre les investisseurs : 2 % des fonds misent sur des jeunes pousses fondées par des femmes, tandis qu’elles sont en moyenne 3,4 fois moins valorisées que celles fondées par des hommes après un tour de table de série A.
Les profils initiaux des fondateurs et fondatrices de start-ups ne sont pourtant pas différents. Bien diplômés, descendant de milieux familiaux proches de l’entrepreneuriat ou de parents ayant exercé des responsabilités de cadres ou une profession intellectuelle supérieure, les entrepreneurs (et entrepreneuses) sont aussi souvent issus de grandes villes et sont à l’aise avec les codes de l’entrepreneuriat. Les divergences se font en fait plutôt sentir à partir du moment où les entrepreneurs décident de créer leur entreprise.
Déjà du côté de l’âge. L’étude, menée auprès de 500 fondateurs et fondatrices de start-ups, révèle en effet que les femmes se lancent en moyenne deux fois plus tard que les hommes dans l’entrepreneuriat. Ce pour deux raisons principales : l’une est professionnelle tout d’abord, puisque les femmes expriment notamment le besoin de faire leurs preuves dans le monde professionnel avant de devenir entrepreneuses. Une différence qui "s’explique par une forme du "syndrome de l’imposteur", davantage présent chez les femmes : elles souhaitent d’abord se constituer un réseau qu’elles jugent suffisamment solide, et acquérir un niveau minimum de compétences qu’elles estiment indispensables pour se sentir confiantes et prêtes à se lancer", explique le rapport. L’autre raison est personnelle, car un tiers des femmes entreprennent seulement après avoir un eu un enfant (la statistique retombe à un cinquième du côté des hommes).
Une assurance bien fondamentale
Quoi qu’il en soit, un biais de confiance en soi semble donc être l’une des raisons les plus importantes au fait de ne pas avoir entrepris plus tôt. Le doute, l’échec, l’argent ou le fait d’avoir un emploi stable (en salariat ou en contrat à durée indéterminée) sont parmi les raisons principales à être citées.
Un facteur confiance se retrouvant d’ailleurs aussi dans les raisons ayant permis aux femmes de franchir le cap de l’entrepreneuriat. La première des réponses à être citée par les femmes, à hauteur de 28 %, est celle d’un changement professionnel – rupture conventionnelle, démission, licenciement, etc. Mais seulement par 12 % des hommes. À l’inverse, la vocation entrepreneuriale ressort en majorité du côté des hommes (à 20 %). Chez les femmes ? 0 %. "On peut y lire que le désir d’entrepreneuriat naît plutôt chez les femmes comme une réponse à des obstacles ou des opportunités qui se sont présentés au cours de leurs parcours, et non une volonté personnelle initiale. Ceci est corroboré par le fait que les femmes sont deux fois moins susceptibles d’avoir un profil multi entrepreneurial que les hommes : seules 27 % d’entre elles avaient déjà fondé une start-up auparavant, alors que c’est le cas de 52 % des hommes interrogés", pointe en effet l’étude.
Autant de moteurs divergents pour se lancer dans l’entrepreneuriat et qui, logiquement, transparaissent aussi dans la manière d’envisager la manière de fonder et diriger une start-up. Tout d’abord, seules 6 % des femmes déclarent entreprendre dans l’optique première de gagner de l’argent (contre 19 points de plus du côté des hommes).
Avoir de l’impact
Non, c’est plutôt l’impact positif sur la société qui semble les motiver, puisque les femmes entreprennent en majorité dans les secteurs environnementaux : le premier pôle d’activité est celui du développement durable (22 % des sondées) et le second est sociétal (bien-être, santé, éducation, alimentation…). Du côté des hommes, ce sont les services financiers qui priment, tout juste devant le développement durable.
Et même les critères de réussite diffèrent. Pour les femmes, à un horizon de cinq années, le plus important sera d’atteindre la rentabilité (à 77 %). Elle est suivie par l’atteinte du leadership dans son secteur, puis par le recrutement de multiples collaborateurs, par l’obtention d’un label attestant de leur impact positif et, enfin, par l’internationalisation. À l’inverse, chez les hommes, le leadership sectoriel arrive en tête, dépassant la rentabilité, l’internationalisation et le recrutement. Enfin, le label attestant d’un label positif arrive en dernière position.
"L’objectif premier de la rentabilité montre une volonté plus marquée des femmes de garder le contrôle sur leur entreprise, de lui assurer une viabilité économique en misant davantage sur une croissance organique. Ce point est particulièrement important, quand on sait que les entreprises dirigées par des femmes sont souvent plus rentables que celles dirigées par des hommes (8 % de plus, en Europe). Une tendance qu’on observe aussi en France où les femmes, qui représentent seulement 15 % des chefs de sociétés ou d’entreprises, contribuent pourtant à 21 % des profits de l’ensemble des PME", estime ainsi l’étude de France Digitale, de Willa et de Roland Berger.
Une tendance qui se retrouve d’ailleurs même du côté des plus grandes des entreprises : l’édition 2023 de l’Observatoire SKEMA de la féminisation des entreprises remarquait, il y a près d’un an, un lien de corrélation bien établi entre la présence accrue des femmes dans les comités exécutifs, dans l’encadrement ou dans les effectifs du CAC 40 et les performances économiques, sociétales et environnementales des sociétés membres de l’indice phare parisien.
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