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La France tente de conjuguer à l’européenne sa souveraineté alimentaire / Une possible intégration de l’Ukraine inquiète
" L’Europe est la meilleure illustration mondiale et historique, que la sécurité alimentaire repose d’abord et avant tout sur la stabilité, la politique, la confiance et collective et la capacité des uns et des autres à travailler ensemble ". À l’instar de cette déclaration de Sébastien Abis, directeur du club Demeter et chercheur associé à l’Iris, les différents intervenants de la table ronde du Sénat n’ont pas décrit l’alignement de la souveraineté européenne et française comme une utopie. Ils n’ont cependant fait aucun mystère des nombreux défis qu’il fallait abattre pour y parvenir.
Le directeur du club Demeter a également affirmé que l’Europe devait "relativiser sa situation", ne devant "pas confondre déclassement et déclin". Pour autant le Vieux continent, pour l’instant, "ne prend pas la mesure de la marche mondiale […] et prend conscience de cet inconfort stratégique dans lequel il est en train de se situer". Un constat partagé par Thierry Pouch, économiste en chef de l’Association permanente des Chambres d’Agriculture (APCA), membre de l’Académie d’agriculture, chercheur associé à l’Université de Reims Champagne Ardenne (Laboratoire Regards), vice-président de la Société française d’Economie rurale, lorsqu’il a rappelé aux parlementaires que dans le "libre-échange, il faut aussi produire", alors que "la question de notre production agricole redevient cruciale".
Le temps long
L’heure est donc à la réflexion, allant de celle décrite par Sébastien Abis lorsqu’il évoque "certains secteurs peut-être contraints de repenser aux incertitudes stratégiques et peut-être pas que climatiques", à celle de la mesure de la souveraineté alimentaire et d’un consensus des États-membres autour de sa définition. Le chercheur associé à l’Iris rappelant à ce sujet que "relancer du capacitaire, ça prend du temps " et que l’abandon par l’Europe de certains secteurs prendra des années à se résorber.
Thierry Pouch a également invité les parlementaires à regarder ce qu’il se trame ailleurs sur la planète, arguant que "des menaces il y en a beaucoup et [que] ça va très vite". Ainsi, il a été évoqué le rôle grandissant de la Russie sur le marché du blé, Moscou "pourrait même évincer la France du marché algérien du blé", d’après ses dires. La situation à regarder avec attention serait celle des États-Unis, qui sont maintenant déficitaires sur leur solde agricole après de longues années à avoir fait de leurs excédents une force. Un symbole d’une recomposition des forces à l’échelle planétaire. Pour autant, il livre le constat que la "liste des points fort et faible de la France est la même depuis 40 ans". En réalité, plus qu’un décrochage de la France c’est avant tout le jeu de la mondialisation qui fait que des concurrents vont venir rivaliser avec l’Hexagone.
Intégration
Sensible par nature, la Politique agricole commune (PAC) et des financements qui y sont liés ne pouvaient pas ne pas être abordés. Elle le fut en partie par le volet ukrainien de la souveraineté européenne, l’économie de Kiev étant désormais obligée de rediriger une bonne partie de ses exportations vers l’Europe et ce en raison de son conflit avec la Russie. Thierry Pouch juge qu’une possible intégration de Kiev dans l’Union européenne (UE) pose la question du centre de gravité agricole de cette dernière. À ses yeux, concernant la " perspective d’adhésion de l’Ukraine, il faut que Bruxelles prenne ses responsabilités, [c’]est une menace pour la cohésion de l’union européenne et je pense que cela viendra par la question agricole".
Yves Le Morvan, directeur "filières et marchés" au think tank Agridées, membre de l’Académie d’agriculture, enseignant à l’Université catholique de Lille & Junia, a de son côté appelé à ne négliger aucun accord, quel que soit sa taille et qu’il fallait prêter "attention aux petits volumes, [qui] peuvent décaler énormément les prix ". Faisant référence aux accords conclus avec le Chili, en particulier sur la volaille. Il a insisté sur le fait qu’il fallait des " accords internationaux, oui mais surtout une protection contre des économies au fonctionnement socio-éco trop différent des nôtres". Ce en quoi l’a rejoint Sébastien Abis, ce dernier martelant que "l’Europe a raison, mais souvent toute seule".
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