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Banque de France / taux d'intérêt
Inflation : retour de flamme pour les comptes de la Banque de France / Ses réserves devraient suffire pour affronter la tempête
Le durcissement de la politique monétaire n’est pas seulement un fardeau pour l’économie mais également pour ceux qui le mettent en œuvre. C’est ce qui ressort du compte de résultat de la Banque de France au titre de 2023. Pour la première fois depuis de nombreuses années, l’institut d’émission a enregistré un résultat ordinaire avant impôt négatif : il s’est affiché à -12,4 milliards d’euros. Le résultat net est, lui, nul, du fait d’une reprise sur le fonds pour risques généraux (FRG).
Il faut se replonger dans les déboires de l’économie européenne depuis près d’une décennie pour comprendre la performance de la Banque de France (plus largement celles de beaucoup de Banques centrales). Membre de l’Eurosystème, la Banque centrale a participé au déploiement des politiques monétaires non conventionnelles pour faire face à une menace de déflation au milieu des années 2010. Ces politiques consistèrent à placer le taux de la facilité de dépôt en territoire négatif, à acheter massivement des obligations (quantitative easing) et à proposer des opérations de refinancement très attractives pour les banques (TLTRO).
Si bien qu’entre 2015 et 2019, la taille de son bilan a doublé (1 142 milliards d’euros en 2019) et ses bénéfices annuels ne furent jamais inférieurs à 2,2 milliards d’euros, pour le plus grand plaisir de son FRG qu’elle a renforcé ainsi que de l’Etat (31,7 milliards d’euros versés sous forme d’IS et de dividendes entre 2015 et 2022). Elle percevait les intérêts liés à ses achats de titres et aux dépôts des banques auprès d’elles (facilité de dépôt à taux négatif). Vint la pandémie qui l’a conduite à accroître davantage son soutien à l’économie : le bilan a alors atteint à son pic plus de 2000 milliards d’euros (avril 2022).
Puis, le retour de l’inflation apparaît comme un point de rupture ; le taux de la facilité de dépôt étant passé de – 0,5 à 4 % en quatorze mois (entre juillet 2022 et septembre 2023). Ainsi, à son passif, des coûts se substituent aux revenus qui découlaient des taux négatifs. En face, à l’actif, la Banque de France dispose notamment de titres à des taux fixes faibles (parfois négatifs) de maturité longue.
“Cette asymétrie explique que les revenus de politique monétaire resteront négativement impactés par la hausse des taux directeurs jusqu’à la résorption de l’excédent de liquidité, à mesure de l’arrivée à maturité des titres de politique monétaire et des TLTRO. Pendant ces quelques années, les coûts des passifs des Banques centrales seront supérieurs aux revenus de leurs actifs”, a déclaré, ce midi, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, à l’occasion d’une conférence de presse.
Se pose alors la question de savoir si la Banque centrale sera en mesure de faire face à des vents durablement contraires. "Les réserves constituées par la Banque de France au cours des exercices antérieurs ainsi qu’éventuellement, à titre complémentaire, la réalisation de plus-value latentes sur certains actifs détenus permettront de maintenir des résultats à l’équilibre à compter de l’exercice 2023 sans solliciter de recapitalisation auprès de l’État actionnaire ni afficher un capital négatif", a prévenu le grand argentier.
À noter que les "réserves constituées" comprennent l’excédent de la réserve pour réévaluation des réserves de change (18 milliards d’euros) et le FRG, qui atteignait 16,4 milliards d’euros avant la reprise.
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