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Virage a minima pour la politique monétaire japonaise / La dynamique salariale pousse la Banque centrale à ne pas en faire plus
" Nous devons garder à l’esprit qu’il reste un certain chemin à parcourir avant que les anticipations en matière d’inflation n’atteignent 2 %. Pendant que nous nous concentrons sur cet écart, il est nécessaire de maintenir des conditions monétaires accommodantes, même dans un cadre de politique monétaire normale ". Kazuo Ueda, gouverneur de la Banque du Japon, n’a pas manqué de souligner que la fin d’une composante de la politique monétaire non conventionnelle au pays du soleil levant ne signifiait pas un changement total des actions de l’institut d’émission.
Si un virage important est désormais acté, le champ des possibles reste vaste pour les mois à venir. Le gouverneur a souligné que "la probabilité que l’inflation atteigne de manière stable notre objectif s’[était] accrue, notamment de janvier à mars […] Par conséquent, cette probabilité a atteint un certain seuil qui a conduit à la décision d’aujourd’hui". Il n’a cependant pas exclu que "si la probabilité augment[ait] encore et que l’inflation en termes de tendance s’accélér[ait] un peu plus, cela pourrait conduire à une nouvelle augmentation des taux à court terme."
Expectative
Les réactions n’ont pas manqué de pleuvoir pour un tournant de politique monétaire largement attendu. Gurpreet Garewal, stratégiste chez Goldman Sachs Asset Management, juge qu’une "croissance plus forte des salaires, associée à une inflation de base supérieure à 2 % depuis fin 2022, a aidé la Banque du Japon à prendre confiance dans le cycle vertueux entre les salaires et l’inflation". Une opinion partagée par Masakazu Tokura, président du Keidanren, qui est le plus grand lobby des entreprises japonaises. Ce dernier a argué "que la Banque du Japon a saisi les signes indiquant qu’un cycle vertueux entre les salaires et les prix a [vait] commencé".
Les interrogations se portent désormais sur les actions futures de la Banque du Japon. Du côté de Goldman Sachs Asset Management on relève que "la perception selon laquelle la banque centrale adoptera une approche "one and done" (c’est-à-dire une hausse unique) peut expliquer la réaction mesurée des marchés". De quoi faire dire à leurs équipes qu’elles anticipent désormais " des hausses de taux supplémentaires, bien que limitées, étant donné que les taux réels au Japon restent bas et les conditions financières accommodantes par rapport au contexte d’inflation". Marcel Thieliant, Head of Asia-Pacific chez Capital Economics, estime quant à lui que "l’inflation tombera sous l’objectif de la BoJ d’ici la fin de l’année, de sorte que la Banque ne ressentira pas le besoin de relever davantage son taux directeur ".
La prudence a été de mise dans les propos de Kazuo Ueda. Il a pris soin de souligner que dans le futur "notre principal objectif sera le taux d’intérêt à court terme. Nous modifierons le niveau des taux à court terme en fonction de l’évolution de l’économie et des prix" et ce tout en avouant qu’il n’a "pas d’idée précise en tête pour ce qui est de savoir si la prochaine hausse des taux sera précédée d’une réduction de nos achats d’obligations ou d’une réduction de notre bilan, ou vice-versa."
Son mal en patience
Le gouverneur a également été évasif sur d’autres sujets, affirmant que l’institution allait continuer "à acheter à peu près la même quantité d’obligations que par le passé. Pour ce qui est de l’avenir, nous commencerons à un moment donné à réduire notre bilan, étant donné que nous avons mis fin à notre extraordinaire assouplissement monétaire. Mais nous ne pouvons pas préciser aujourd’hui quand cela se produira." Shigeto Nagai, Head of Japan Economics pour Oxford Economics, estime que "la BoJ présentera une stratégie complète de sortie de la politique d’assouplissement quantitatif dans le courant de l’année, à l’issue de son examen continu de la politique monétaire".
Attendre c’est également ce que préconise de faire Chris Turner, économiste chez ING, avec une attention toute particulière sur la possibilité que "la forte croissance des salaires des grandes entreprises se répercute sur les PME. Les résultats des deuxième et troisième cycles de négociations salariales seront annoncés le 22 mars et le 4 avril". Le sujet de la consommation japonaise est également à scruter de près, Kazuo Ueda classant une consommation plus faible au rang des menaces pour l’économie. Chez ING on estime que ce sont "les données d’avril [qui] devraient nous fournir de meilleures informations" concernant la répercussion des hausses de salaires de ce début d’année sur la consommation des ménages japonais.
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