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AIE et Opep n’accordent toujours pas leurs violons / Deux visions de l’or noir persistent
"La croissance de la demande mondiale de pétrole est actuellement en plein ralentissement". L’Agence internationale de l’énergie (AIE) voit toujours les choses bien différemment par rapport à l’Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep). Cette dernière penche plutôt pour une consommation importante d’or noir durant l’été 2024 et ne change pas d’un iota ses prévisions de demande par rapport à celles communiquées en mars.
Une situation inconfortable pour les investisseurs qui doivent trancher entre deux visions du monde diamétralement opposées. Jianwen Sun, stratège multi-actifs chez Lombard Odier, et Robin Haworth, analyste recherche actions et secteur de l’énergie pour la banque privée suisse, jugeaient ainsi ce mercredi que les conséquences demeuraient incertaines sur le cours de l’or noir. En conséquence ils notent que " les investisseurs se demandent si les cours du pétrole vont augmenter encore et se tournent vers les marchés des dérivés pour se prémunir contre toute hausse des prix". Il faut dire que l’hydrocarbure n’a eu cesse de s’apprécier depuis le début d’année et le Brent vient de passer la barre des 90 dollars pour la première fois depuis septembre dernier.
Rendez-vous en juin
Parmi les convictions des équipes de Lombard Odier, il y a l’existence de " signes indiquant une reprise naissante de la demande mondiale de pétrole, notamment grâce au rebond des indices manufacturiers américains et chinois ". De quoi leur faire arguer qu’avec un maintien des conditions actuelles, il est probable "que l’OPEP + annulera progressivement une partie de ses coupes volontaires de production durant le second semestre 2024". Il s’avère en effet que "des prix du pétrole oscillant autour de 90 dollars le baril sont supérieurs aux niveaux nécessaires à de nombreux pays de l’OPEP + pour équilibrer leurs budgets ". Une baisse significative de la demande, liée à une très forte hausse des prix étant redoutée par le Cartel pétrolier.
Une analyse partagée par François Rimeu, stratégiste senior chez La Française AM, lequel argue qu’à ne pas décider de revenir sur les réductions volontaires de production, il existe un scénario où l’Opep "prend le risque de voir la production américaine augmenter en raison de la hausse des prix, ce qui ferait encore diminuer ses parts de marché, chose qu’elle veut absolument éviter". Quant à Washington, la présidentielle se rapprochant la Maison Blanche souhaite éviter une hausse des prix à la pompe et la grogne sociale associée. Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, a récemment déclaré que les offensives ukrainiennes contre l’outil de production russe présentaient "un effet d’entraînement sur la situation énergétique mondiale".
Décroissance
Autre fait saillant contenu dans le rapport mensuel de l’AIE, le repli toujours anticipé de l’utilisation de pétrole les prochaines années. Les données de l’institution basée à Paris lui laissent "entrevoir un pic de consommation pour cette décennie". De même il est avancé que "sans une forte baisse des prix du pétrole, une résurgence soudaine de la reprise post-pandémique ou une accélération de l’activité économique, il est peu probable que la croissance de la demande mondiale de pétrole s’approche des niveaux observés en 2022 et 2023 ". Une tendance qui devrait continuer à s’affirmer cette année.
Sur le moyen terme, les équipes de Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, estiment qu’il est probable que " la baisse de la demande mondiale de pétrole après le pic ne sera pas forte, laissant la demande proche des niveaux actuels pendant un certain temps". La condition sinéquanone pour accélérer ce moindre usage des énergies fossiles consistant en un investissement massif dans le renouvelable et le nucléaire.
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