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Meta / Mark Zuckerberg / Intelligence artificielle
Mark Zuckerberg voit les choses en grand dans l’IA / Mais les investisseurs de Meta semblent (à nouveau) s’inquiéter
Comme un air de déjà-vu ? Au fil de l’année 2022, Meta avait été sanctionné par les marchés. En cause, une activité qui marquait le pas. Mais, surtout, un manque de visibilité quant aux dépenses relatives au plan d’investissement de Mark Zuckerberg dans le métavers. Les inquiétudes avaient été intégrées, avec une révision des dépenses à la baisse. Et puis le groupe avait prévenu : elles seraient désormais surtout concentrées sur l’intelligence artificielle (IA). Chose promise, chose due. En 2023, le groupe a été discipliné sur ses investissements et ceux dans l’IA ont commencé à porter leurs fruits sur l’activité et les revenus du groupe. À l’aide, également, d’un tour de vis budgétaire, tous les voyants étaient au vert. De quoi annoncer le versement d’un dividende pour la première fois de son histoire.
Pourtant, mercredi, après la publication de ses résultats du premier trimestre de 2024, le titre Meta plongeait de plus de 15 % dans les échanges d’après-Bourse à Wall Street. Et à nouveau, ce sont les dépenses d’investissement qui semblent avoir inquiété les marchés. Car la maison mère de Facebook, Instragram et WhatsApp avait annoncé au début du mois de février qu’elles se situeraient dans une fourchette annuelle de 30 à 37 milliards de dollars. Mais moins de trois mois plus tard, les voici relevées.
Ce sont désormais 35 à 40 milliards de dollars qui devraient être engagés en 2024, principalement dans les infrastructures pour soutenir la feuille de route du groupe en matière d’IA. "Bien que nous ne fournissions pas de prévisions pour les années au-delà de 2024, nous nous attendons à ce que les dépenses en capital continuent d’augmenter l’année prochaine, car nous investissons de manière agressive pour soutenir nos ambitieux efforts de recherche sur l’IA et de développement de produits", a également prévu le groupe.
De l’importance de s’y atteler
De fait, l’IA a la capacité d’améliorer l’engagement des utilisateurs des plateformes de Meta grâce à des contenus mieux ciblés, qui permettent au groupe d’augmenter en conséquence les tarifs que les annonceurs sont prêts à payer pour un espace publicitaire. La fréquence de diffusion des annonces sur l’ensemble des applications du groupe (ou "ad impressions", un critère capital pour les annonceurs puisqu’il mesure le nombre de vues digitales sur une publicité) a grimpé de 20 % sur un an, au titre du premier trimestre de 2024. Le nombre d’utilisateurs s’est lui aussi accru. Ce sont en effet 3,24 milliards d’individus qui sont actifs quotidiennement sur les plateformes de Meta – soit une hausse de 7 % sur un an.
Cela se reflète bien dans les comptes du groupe. Son chiffre d’affaires de janvier à mars s’est apprécié de 27 % sur un an, à 36,4 milliards de dollars et la marge opérationnelle a atteint 38 %. Soit 13 points de plus qu’au premier trimestre de 2023. Les bénéfices nets ont bondi de 117 %, à 12,4 milliards de dollars. "C’est un bon début d’année", a résumé le fondateur et patron de Meta, Mark Zuckerberg, à l’occasion de la publication.
Concrètement, cela s’apparente bien à un bon début d’année. Mais de quoi s’inquiètent alors les investisseurs ? Si le développement de l’IA est prometteur pour l’activité du groupe, il pourrait néanmoins entraîner un risque de perdre de vue son cœur d’activité, à savoir la publicité.
Le manque de clarté ne sera pas admis
Sophie Lund-Yates, analyste en chef des actions chez Hargreaves Lansdown, explique d’ailleurs : "Cela ne signifie pas qu’il faille ignorer l’IA, mais que les dépenses doivent être ciblées et s’inscrire dans une vision stratégique claire. La méthode "voir ce qui marche" des années passées ne sera pas tolérée par la base d’investisseurs. Les ressources de Meta sont vastes, mais pas infinies, et sa part de marché dans la publicité numérique doit être défendue à tout prix. Le langage autour des plans de dépenses est redevenu plus osé, et c’est peut-être ce qui effraie les marchés".
D’autant que le sentiment d’incertitude en Bourse pourrait s’accroître, en raison notamment de la réglementation encadrant les géants technologiques américains. Le Digital Markets Act (DMA) est désormais en vigueur en Europe, tandis que la mise en œuvre de l’Artificial Intelligence Act est sur les rails. Même aux États-Unis, le président Joe Biden se penche sur la question. Fin octobre, il signait par exemple un décret visant à encadrer les usages de l’IA. Tout ceci alors que Meta tente de rattraper son retard en la matière face à ses concurrents Microsoft et Alphabet et qu’il a lancé, la semaine dernière, son nouveau modèle de langage Llama 3. Le groupe l’admet bien. Il surveille de près un paysage réglementaire actif, tant dans l’Union européenne qu’aux États-Unis. Car il pourrait avoir un impact significatif sur son activité et ses résultats financiers, poursuit-il.
En fonction de l’issue des élections présidentielles aux États-Unis, les répercussions pour les Big Tech pourraient être variées. Et Sophie Lund Yates d’anticiper : "La position anti-technologie de Joe Biden pourrait s’accélérer s’il est reconduit dans ses fonctions, avec des conséquences très diverses. D’un côté, on pourrait se faire taper sur les doigts, de l’autre, on pourrait forcer le démantèlement de conglomérats si l’on estime qu’ils ont trop d’influence ou qu’ils contribuent à des pratiques anticoncurrentielles. La réalité se situerait probablement quelque part entre les deux. Meta dispose de ressources plus que suffisantes pour lancer des défis juridiques, mais cela n’exclut pas les risques de hauts et de bas dans le sentiment du marché".
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