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Les TPE et PME sont bien conscientes de leur déficit d’investissement / Et les difficultés de recrutement sont loin d'avoir dit leur dernier mot
Il ne devrait pas y avoir d'étincelles, en 2024, sur le plan de la croissance économique. Ni sur les perspectives d’investissement des TPE et PME françaises. Selon le dernier baromètre de Bpifrance Le Lab et Rexecode, au deuxième trimestre de 2024, 50 % de leurs dirigeants envisagent d’investir cette année, soit une baisse d’un point par rapport au premier trimestre de l’année et de cinq points sur un an. Mais puisque l’on peut toujours voir le verre à moitié plein, le solde d’opinion quant à l’évolution des montants investis s’est redressé dans une certaine mesure. "Nous sommes sur un plateau s’agissant de la part des TPE et PME qui comptent investir. On observe néanmoins un petit rebond quant à l’évolution des montants à investir pour l’année à venir, par rapport au trimestre précédent. Ce qui signifie que les dirigeants commencent à revoir leurs prévisions à la hausse", explique à WanSquare Baptiste Thornary, le responsable des études économiques et de la conjoncture de Bpifrance. "Mais les craintes liées à la demande et des taux d’intérêt encore élevés font que la dynamique reste sensiblement inférieure à la moyenne historique", poursuit-il
Effectivement, sur les trois dernières années, la proportion de TPE et PME à avoir investi est légèrement supérieure à ce qu’il devrait advenir en 2024, puisqu’elle s’affiche à 55 %. Des investissements qui auront majoritairement concerné la digitalisation et la robotisation des structures (à hauteur de 52 %), puis l’environnement, qui arrive en deuxième position de la destination des investissements, à 34 %. La recherche et développement et l’innovation se font quant à elles plus timides, en recueillant 24 % des suffrages.
De l’importance de bien les répartir
Mais ont-ils été correctement répartis ? Pour 61 % des patrons de TPE et PME, la réponse est oui. Cela dépend aussi des sujets : le "gap" d’investissement, soit la différence entre les dirigeants rapportant un excédent d’investissement et un déficit s’affiche à - 14 concernant l’ensemble des investissements et bondit en ce qui concerne la digitalisation, la R&D ou l’environnement. Concernant l’intelligence artificielle, ce gap se creuse même à - 37. Néanmoins, observe de son côté le directeur de l’évaluation des études et de la prospective de la banque publique d’investissement, Philippe Mutricy : "Toutes les TPE et PME n’ont pas les moyens d’investir chaque année, seules 16 % d’entre elles l’ont fait. Il est normal qu’il y ait de la frustration. Mais on peut lire un signal encourageant sur ces déficits qui concernent des axes clés pour le développement, la performance et la compétitivité des entreprises. Il est positif pour le tissu économique d’avoir un niveau de conscience élevé à ce niveau-là".
Il s’agit donc de prévoir la suite. Mais si les dirigeants semblent commencer à relever légèrement leurs prévisions, pas d’entrain particulier au programme. Ils restent moins optimistes qu’il y a trois ans sur l’évolution future de leurs dépenses d’investissement. Pour les cinq prochaines années, la dynamique devrait finalement se maintenir : 16 % des patrons prévoient d’accélérer sur ce plan, 15 % d’entre eux raisonnent à l’inverse, tandis que 36 % des interrogés indiquent qu’ils conserveront leur rythme de dépenses actuel. C’est en tout cas, à nouveau, la digitalisation et la robotisation qui décrochent la première place s’agissant de l’accélération des dépenses d’investissement, à hauteur de 20 %. A noter que cette thématique contient bien évidemment celle de l’IA : 18 % des patrons ont prévu de consacrer davantage de dépenses au sujet. Et s'agissant des dirigeants ayant identifié un déficit d'investissement général au cours des trois dernières années, 35 % d'entre eux comptent les accélérer pour les combler (contre 24 % qui envisagent d'entretenir la dynamique actuelle).
Des intentions d’investissement qui restent majoritairement freinées par le climat des affaires ou l’incertitude économique, à près de 60 %. La proportion retombe à 30 % concernant les perspectives de demande dégradées. "Le climat des affaires est de manière structurelle le premier facteur de décision des investissements. Ensuite, la hiérarchie des freins diffère selon les motifs d’investissement. Par exemple, sur la R & D et l’innovation : le manque de compétences au sein de l’entreprise, les difficultés de recrutement ou la capacité interne de financement auront un rôle à jouer sur ces investissements plus techniques. En revanche, sur la décarbonation, ce sont le manque de visibilité sur les coûts énergétiques et l’aspect réglementaire qui ressortent", nous explique la directrice du pôle macroéconomie et conjoncture de Bpifrance, Sabrina El Kasmi.
Un problème récurrent
Si les difficultés de recrutement jouent un rôle plus spécifique concernant les décisions d’investissement, s’agissant de la croissance des entreprises, elles ont en tout cas été identifiées comme le premier des freins au deuxième trimestre de 2024. Elles sont citées par la moitié des dirigeants comme tel et sont ainsi repassées devant les perspectives de demande moroses, qui les avaient brièvement devancées au premier trimestre. "L’économie française semble avoir une difficulté de recrutement structurelle. Elle s’accentue en période de conjoncture favorable mais décroît à peine à l’inverse. D’un côté, c’est une bonne nouvelle, car cela signifie que l’on continue toujours à créer des emplois. De l’autre, cela signale aussi qu’il pourrait y avoir un volet incompressible de personnes au chômage qu’il sera difficile de réduire", estime Philippe Mutricy.
Les TPE et PME françaises pourront néanmoins s’appuyer sur leur trésorerie pour l’année. Toujours inférieur son rythme de croisière historique, le solde d’opinion relatif à son évolution sur les trois derniers mois continue toutefois de progresser de trimestre en trimestre. Les dirigeants se montrent d'ailleurs bien plus optimistes quant à l'évolution à venir de leur trésorerie, puisque le solde d'opinion à trois mois a grimpé de 8 points au deuxième trimestre et dépassé son niveau de moyenne historique. Et Baptiste Thornary de souligner : "Les contraintes liées à la demande sont toujours supérieures à la moyenne, mais cela se normalise au niveau des coûts et des prix trop élevés. Cela explique en partie les perspectives positives pour la trésorerie. Pour les entreprises qui ont recours au crédit pour financer leurs investissements, les conditions de traitement ne pointent pas de difficultés supplémentaires".
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