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Baisse des taux : Philip Lane donne son (quasi) feu vert / Il prévoit toutefois une politique continuement restrictive sur le reste de l'année
La semaine prochaine devrait bien voir la Banque centrale européenne (BCE) diminuer ses taux d’intérêt directeurs. Après avoir augmenté de 450 points de base son taux d’intérêt de la facilité de dépôt (principal taux directeur) entre juillet 2022 et septembre 2023 puis stabilisé depuis lors, les feux seraient au vert pour une première baisse lors de la réunion du Conseil des gouverneurs le 6 juin. "Il est probablement juste de dire que, sauf surprises majeures, à ce stade, les éléments que nous voyons sont suffisants pour mettre fin au niveau de restriction le plus élevé, à savoir 4 % [taux d’intérêt de la facilité de dépôt, ndlr]. Le flux de données au cours des prochains mois nous aidera à décider de la vitesse à laquelle nous supprimons davantage de restrictions", a déclaré, ce matin, Philip Lane, chef économiste de la BCE et membre du directoire, au Financial Times.
Des données parues en fin de semaine dernière sur les salaires négociés en zone euro, qui ont davantage progressé qu’escompté au premier trimestre, avaient légèrement semé le doute. "À la BCE, nous avons mis au point un outil de suivi prospectif des salaires, qui a assez bien anticipé les chiffres du premier trimestre. Nous disposons de données détaillées sur les pays, sur le secteur privé par rapport au secteur public, sur la nature des paiements exceptionnels, etc. Il est également important de tenir compte du fait que les contrats salariaux sont souvent pluripériodiques. Nous pouvons extraire ce qui a été payé conformément à ces contrats au cours du premier trimestre, mais aussi ce qui sera payé plus tard dans l’année, l’année prochaine, etc.", a déclaré l’Irlandais, faisant valoir que si l’on examine tous les détails, "l’orientation générale des salaires indique toujours une décélération, ce qui est essentiel".
Pour autant, la bataille contre l’inflation n’est pas encore complètement gagnée, cette dernière ne devant pas baisser de façon linéaire. "Les choses se feront en dents de scie et progressivement. La meilleure façon de formuler le débat cette année est de dire que nous devons encore être restrictifs tout au long de l’année", a expliqué Philip Lane.
"Mais à l’intérieur de la zone de restriction, nous pouvons descendre quelque peu. Nous n’avons pas besoin des données pour affirmer que la normalisation est acquise. Ce dont nous avons besoin, c’est que les données nous disent s’il est proportionnel, s’il est sûr, à l’intérieur de la zone restrictive, d’aller vers le bas", a-t-il ajouté. Pour juger du niveau de restriction, les banquiers centraux raisonnent par rapport au taux d’intérêt neutre : il s’agit d’une variable inobservable qui représente le seuil au-delà duquel la politique monétaire commence à freiner l’activité économique. Il est estimé aux alentours de 2 % en termes nominaux pour la zone euro.
Alors que l’inflation des services, composante la plus importante du panier de consommation des Européens (près de la moitié), s’élevait à 3,7 % l’an en avril (contre 2,4 % pour l’inflation globale), le chef économiste reconnaît qu’elle n’a pas encore atteint un niveau normal. Cela proviendrait du fait que "l’inflation des salaires a encore beaucoup de retard à rattraper en raison du décalage associé à la revalorisation des salaires", juge-t-il. "Comme cet ajustement est toujours en cours, il faut s’assurer qu’il s’affaiblisse au fil du temps. La politique monétaire restrictive met en place des garde-fous autour de ce processus, pour s’assurer qu’il ne se transforme pas en une inflation qui ne montre aucun signe de décélération. Si cela se produisait, si l’inflation s’installait à une certaine distance de l’objectif, ce serait très problématique et probablement assez pénible à éliminer", a avancé Philip Lane.
Le comportement de la productivité sera également important. Après avoir augmenté durant les neuf premiers mois de 2022 jusqu’à dépasser son étiage pré-pandémique, elle n’a fait presque que reculer depuis lors. Si elle progresse trop faiblement, elle ne pourra pas suffisamment contrebalancer la hausse des salaires pour que cette dernière soit compatible avec une inflation de 2 % par an à moyen terme.
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