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Saint-Gobain / Fosroc / Chimie de construction / acquisition
Saint-Gobain va acquérir Fosroc pour un milliard de dollars / Et déroule de nouveau le fil stratégique de son expansion dans la chimie de construction
Et de trois. En annonçant ce jeudi avoir signé un accord définitif pour mettre la main sur Fosroc, Saint-Gobain poursuit une séquence d’acquisitions structurantes dans le domaine de la chimie de construction entamée en 2021. Un secteur d’activité capital pour le groupe, en ce qu’il soutient la décarbonation de la construction. L’objectif de Saint-Gobain en la matière est clairement affiché : être le leader mondial de la construction durable.
Les moyens s’ajustent donc aux ambitions. Car aux 33 opérations réalisées depuis 2021 dans le domaine de la chimie de construction, se sont ajoutées trois transactions majeures. Avec Chryso, tout d’abord, un français leader innovant des adjuvants permettant de produire du ciment décarboné. Puis avec GCP en 2022, spécialiste (entre autres) des additifs pour ciment. Et enfin avec celle de Fosroc, acteur non coté mondial d’origine britannique, tout particulièrement présent en Inde, au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique. "Fosroc est le nom générique pour la chimie de construction en Inde", a souligné Benoit Bazin, le président-directeur général du géant des matériaux de construction, lors d’un point presse.
Son acquisition se chiffre à 1,02 milliard de dollars, soit environ 960 millions d’euros. Elle sera financée intégralement grâce à la trésorerie disponible de Saint-Gobain, ce qui permettra néanmoins au groupe de conserver un ratio dette nette sur Ebitda dans le bas de sa fourchette fixée entre 1,5 fois et 2 fois. Et ceci en incluant les récentes acquisitions de Bailey et CSR Limited. Si celle de Fosroc reste soumise aux approbations réglementaires usuelles, elle devrait être finalisée au premier semestre de 2025.
Cocher plusieurs cases
"Cette opération coche deux cases de développement stratégique : celle de la chimie de construction et celle de la croissance géographique dans des zones attractives de forte croissance, où nous mettons les priorités de l’allocation rigoureuse de notre capital depuis cinq ans", a appuyé Benoit Bazin. Effectivement, l’opération semble présenter plusieurs avantages.
D’abord, Fosroc permettra notamment au groupe de compléter sa force de frappe en matière de construction durable en Inde, grâce à ses produits de haute performance et à sa position de leader sur l’un des marchés de la chimie de construction les plus dynamiques. Par ailleurs, Fosroc est bien implanté sur le marché des infrastructures. Ventes croisées, mutualisation des frais, optimisation des achats et de la chaîne d’approvisionnement… cela devrait permettre à Saint-Gobain de multiplier par trois ses ventes en chimie de construction dans le pays.
À l’échelle de la plateforme de chimie de construction du groupe, elle incarne aussi plusieurs bénéfices. Sur le plan géographique, tout d’abord, l’acquisition apparaît complémentaire : Chryso est présent en Europe, en Turquie et en Afrique, GCP sur l’ensemble du continent américain et en Asie-Pacifique. L’Inde et le Moyen-Orient seront donc aussi plus particulièrement couverts grâce à Fosroc et la présence en Asie-Pacifique renforcée.
Un historique de succès d’intégration
La complémentarité de la nouvelle recrue de Saint-Gobain se mesure aussi sur le plan technologique, alors que son portefeuille de produits est complet. Il compte en son sein autant d’adjuvants pour béton et additifs pour ciment que de matériaux de construction spécialisés (étanchéité, adhésifs, revêtement de sol, réparation de béton, etc.). Ce qui permettra d’enrichir mutuellement les offres de ventes des trois entreprises et donc, par conséquent, de profiter à l’ensemble de la plateforme de Saint-Gobain.
D’autant que l’intégration de Chryso et GCP fait ses preuves. En 2023, les synergies délivrées par les deux entreprises, de 50 millions d’euros, ont été en avance sur le plan de marche et leur marge d’Ebitda s’est appréciée de 400 points de base. Les performances financières de Fosroc ne pourront qu’être bénéfiques : ses ventes en 2024 avoisineront les 500 millions de dollars et sa marge d’Ebitda 18,7 %. Depuis 2021, son taux de croissance du chiffre d’affaires ressort à deux chiffres, à environ 11 %.
"Nous avons un historique de succès dans l’intégration qui va se poursuivre avec cette acquisition. Cette opération, c’est six mois de discussions bilatérales, ce sont nos équipes qui sont allées proposer cette transaction. La plateforme de Saint-Gobain dans la chimie de construction, c’est une équipe gagnante, en termes de savoir-faire, d’équipes et d’empreinte mondiale", s’est félicité Benoit Bazin. Le groupe table sur un montant moyen de synergies de 54 millions de dollars d’ici la troisième année suivant la réalisation de la transaction. En les prenant en compte, le prix d’achat représentera un multiple d’acquisition de 7,1 fois l’Ebitda de Fosroc. Post-acquisition, le groupe vise plus de 6 milliards d’euros de ventes pro forma dans 73 pays au travers de sa plateforme de chimie de construction. Soit une multiplication par 2,2 de son chiffre d’affaires en la matière depuis 2019.
D’autant que Saint-Gobain ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Une étude de Mordor Intelligence relevait qu’à date, le marché de la chimie de la construction représentait 84,4 milliards de dollars. D’ici à 2029, il devrait gonfler à plus de 111 milliards de dollars. "Il reste des perspectives de consolidation", a observé Benoit Bazin.
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