Macro-économie / Taux / Banque de France / stabilité financière
Macro-économie / Taux
Banque de France / stabilité financière
La Banque de France juge élevé et en hausse le risque lié à la soutenabilité de la dette des acteurs non financiers / La part des grandes entreprises hexagonales très endettées en augmentation
La soutenabilité de la dette des entreprises non-financières est un point d’attention pour la Banque de France. La Banque centrale estime que le risque y afférent est élevé et en hausse à court terme, peut-on lire dans son évaluation semestrielle des risques et vulnérabilités du système financier. Dans son rapport, l’institut d’émission examine notamment la santé financière des grandes entreprises hexagonales (cotées en Bourse) dans un contexte de forte hausse des taux d’intérêt.
Pour ce faire, elle recourt à deux indicateurs : le ratio de couverture des frais financiers (Ebit rapporté aux intérêts payés - ICR) et un ratio de solvabilité, qui met en regard la dette financière et les bénéfices avant intérêts, impôts et amortissement (Ebitda). “Un ICR inférieur à trois et un ratio de solvabilité supérieur à quatre sont traditionnellement considérés comme des premiers seuils d’alerte”, explique l’institution de la rue Croix-des-Petits-Champs.
Si une entreprise a un ICR inférieur à 3 et un ratio dette/EBITDA négatif ou supérieur à 4 alors le rapport la qualifie de très endettée. Or, tandis qu’elles représentaient un peu plus de 14 % du total des grandes entreprises en 2019, ce type d’entreprises pèse désormais environ 16 % de l’ensemble en lien avec le resserrement des conditions de financement qui conduit à ce que la dette soit refinancée à des taux plus élevés.
Pour autant, une entreprise fortement endettée, au regard de ces critères, n’est pas nécessairement vulnérable. En effet, la Banque de France juge qu’il faut prendre en compte les liquidités dont elle dispose pour se désendetter. Concrètement, si en plus d’avoir un ICR inférieur à 3 et un ratio dette/EBITDA négatif ou supérieur à 4, ses liquidités nettes apparaissent comme étant inférieures à 30 jours de chiffre d’affaires alors la firme est dite vulnérable. “L’année 2023 marque une inflexion majeure : les grandes entreprises françaises sont ainsi de retour aux niveaux d’endettement et de vulnérabilité [2 % en 2022 contre près de 6 % en 2023, ndlr] constatés fin 2019”, souligne la Banque de France.
Ce mouvement de hausse va-t-il se poursuivre dans les temps qui viennent ? Dans un scénario central qui suppose notamment une diminution de 135 points de base des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) d’ici fin 2025, la part des entreprises vulnérables augmenterait encore cette année avant de décroître en 2025 (l’évolution de l’Ebitda et de l’Ebit en 2024 et en 2025 se fonde sur les prévisions de croissance, d’inflation et de taux de marge des sociétés non financières réalisées par la Banque de France en juin). Dans le scénario dégradé où seule la variable "taux directeurs" voit sa trajectoire amendée, (baisse de 25 points de base uniquement en 2024), alors la part des entreprises vulnérables augmenterait cette année et la suivante jusqu’à environ 8 %.
"Il ressort de cet exercice que si une part relativement importante des grandes entreprises françaises apparaît a priori exposée à la hausse des taux du fait de la charge de leur dette, leur niveau de vulnérabilité est contenu par des coussins de liquidité qui apparaissent dans l’ensemble suffisants pour y faire face", soutient la Banque de France.
Attention, ces projections sont cependant à considérer avec précaution au vu de l’hypothèse d’une conjoncture homogène d’une entreprise à une autre, prévient la Banque de France. "Il existe par exemple une hétérogénéité sectorielle dans la réaction à un épisode de resserrement monétaire [l’immobilier et la construction réagissent différemment par rapport à l’ensemble des entreprises, ndlr]. De plus, il est probable que ces entreprises identifiées comme particulièrement vulnérables se désendettent plus radicalement que la moyenne des entreprises, afin de conserver une structure de bilan acceptable pour leurs créanciers", indique-t-elle, rappelant que "ce comportement s’observait déjà en 2023, dans la mesure où la part d’entreprises vulnérables a augmenté, tandis que la part de l’encours de dette portée par des entreprises vulnérables diminuait".
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