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Rexecode - WanSquare : un état des lieux économique de la France /
Chapitre 1 : la croissance
La répartition avant la production. Résumé de manière lapidaire, c’est en ces termes que le débat économique et politique s’est organisé à l’occasion des élections au début de l’été. Le pouvoir d’achat du revenu des ménages a été au cœur de propositions de nature redistributive oubliant au passage que loin d’être un préalable, il est avant tout un résultat. Il procède de la capacité créatrice, de la production, du travail, des gains de productivité qui irriguent l’économie. La progression du revenu reste avant tout la conséquence de la formation d’une capacité de croissance de l’économie. C’est là que le bât blesse. C’est bien dans l’affaiblissement de celle-ci que réside l’explication principale au ressenti par les ménages d’une faible progression, sinon d’un recul, du pouvoir d’achat de leur revenu. Le rythme de croissance de l’économie en France a en effet faibli à la fois tendanciellement et comparativement. Et pourtant, ce fléchissement n’a pas été intégralement répercuté dans le revenu des ménages au prix d’une dérive relative des comptes publics plus forte en France que dans les économies comparables.
En tendance, tout d’abord : la progression du PIB par habitant en France s’est modérée constamment d’une décennie à l’autre. Elle était de 2 % par an dans les années 1980, de 1,7 % dans les années 1990 avant de décrocher à 0,6 % dans les années 2000 puis à 1 % par an de 2010 à 2019. Entre 2019 et 2023, période marquée par l’enchaînement de la pandémie de Covid et de la crise énergétique puis de la vague d’inflation, la croissance du PIB par habitant est tombée à 0,2 % par an.

En comparaison ensuite, la croissance du PIB par habitant de la France est moindre que celle observée dans les pays européens de taille comparable, qu’ils soient membres ou non de la zone euro, Italie exceptée. Au début des années 1980, les PIB par habitant de la France et de l’Allemagne étaient comparables. C’était encore le cas en 2005 après que l’Allemagne a eu à financer sa réunification. Il est désormais moindre d’un peu plus de 10 %. L’écart du PIB par habitant en France par rapport à celui des États-Unis s’est accru de 20 points en 40 ans. Au total, un décrochage relatif du PIB par habitant en France est intervenu par rapport à l’Allemagne et aux États-Unis alimentant une impression de déclassement.
Le ralentissement tendanciel du PIB est l’explication principale au sentiment d’une faible progression du revenu disponible brut par les ménages sinon d’un recul de celui-ci. Pourtant, dans un ensemble qui progressait de moins en moins vite, la part attribuée au revenu des ménages a progressé : la hausse de leur revenu disponible brut réel a ainsi été tendanciellement plus vive que celle du PIB et notamment depuis la période de la pandémie (respectivement + 4,2 % et + 2 %). En élargissant la focale et en partant de 1999, année durant laquelle l’euro a été introduit sur les marchés financiers, la progression du revenu disponible brut réel des ménages s’est révélée plus forte en France que dans chacun des principaux pays membres de la zone euro. Cette observation s’explique par une évolution du PIB (non corrigé du nombre d’habitants) qui, en cumul, s’est révélée un peu plus forte en France que dans les autres grands pays de la zone euro dans l’intervalle, Espagne exceptée. Elle tient aussi, sur la période récente, à une répartition de la croissance du revenu total de l’économie favorable au revenu réel des ménages relativement aux autres pays de la zone euro avec pour contrepartie un déficit public plus dégradé qu’en zone euro et un endettement public plus vivement croissant.

Comment réconcilier alors mesure de pouvoir d’achat et ressenti d’un recul de celui-ci ? Pour la période récente, l’écart entre évolutions collectives et individuelles de revenu est une piste pertinente : la hausse du revenu réel de l’ensemble des ménages tient notamment à la progression plus vive de l’emploi que du PIB. Le revenu est ainsi distribué à un nombre croissant d’acteurs économiques alors que les progressions individuelles de revenu réel ont été moindres notamment lors de la période de forte inflation.
Autre élément de réconciliation, la mesure du pouvoir d’achat du revenu des ménages (+ 4,2 % depuis 2019) consiste en une évolution moyenne des revenus pour l’ensemble de la population. Elle dépend à la fois de l’évolution du revenu individuel des ménages et de paramètres démographiques, sinon sociologiques. En corrigeant l’évolution globale du revenu disponible brut des ménages par la prise en compte de celles de la population, du nombre d’unités de consommation, du nombre de ménages (+ 0,8 % par an pour ces derniers), une progression du revenu disponible brut réel demeure, mais elle s’atténue sensiblement à tel point que la hausse de revenu réel mesuré par ménage soit limitée à 0,6 % depuis 2019.

Une dispersion probable s’exerce autour de cette observation moyenne de sorte que des reculs de pouvoir d’achat du revenu pour certaines catégories de population peuvent voisiner avec des situations de gains plus rapides. Cette disparité de situations individuelles a été d’autant plus forte sur la période récente que la vague d’inflation survenue à partir de 2021 a notamment porté sur des biens (énergie, alimentation) qui entrent selon des poids différents dans le budget des ménages selon leurs niveaux de revenus, de lieu de résidence ou encore de statut d’activité.
Au-delà de sa capacité amoindrie à permettre de délivrer une progression pérenne de pouvoir d’achat, la seconde question ouverte par l’affaiblissement tendanciel de la croissance est celle de l’aptitude de l’économie à faire face à la dérive des comptes publics. De l’ordre de 1 % par an, la croissance française s’avère modeste. Il n’y a pour autant pas de rattrapage ou de rebond prochain de celle-ci à attendre puisque l’écart de production apparaît nul en France. Cet écart reflète la différence entre le niveau du PIB observé et celui du PIB potentiel que l’économie est estimée pouvoir atteindre si l’ensemble de ses facteurs de production sont mobilisés sans générer de déséquilibres dans le système de prix. Dit autrement, cet écart illustre l’idée que si la croissance française apparaît faible, c’est avant tout lié à un potentiel de croissance amoindri davantage qu’à une conjoncture peu porteuse.
En validant cette hypothèse, il en découle que la France n’a pas besoin d’un plan de relance mais plutôt de réformes stimulant la croissance de long terme. Un écart de production nul signifie par ailleurs que notre déficit public à 5,5 % du PIB est d’ordre structurel et aucunement conjoncturel ou alors seulement à la marge. L’amélioration de nos finances publiques passera donc par de réels efforts budgétaires plutôt que par une illusoire amélioration liée au cycle économique.
En conclusion et au vu de ces développements récents, nous restons convaincus que c’est dans les conditions de la formation d’une offre compétitive que se résout l’aptitude de l’économie à servir le bien commun qu’est la prospérité de la société, dans le respect de l’environnement et de nos engagements pour le climat comme vis-à-vis de nos partenaires européens.

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