WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Entreprises / Actions / industrie / décarbonation / La Fabrique de l'industrie / McKinsey / Compétitivité

Entreprises / Actions
industrie / décarbonation / La Fabrique de l'industrie / McKinsey / Compétitivité

Et si la décarbonation industrielle pouvait se transformer en tremplin de compétitivité ? / Entrer dans la phase concrète pour passer à une vitesse supérieure indispensable

Les industriels français possèdent des avantages comparatifs en matière de décarbonation, notamment grâce à un mix électrique parmi les plus décarbonés d’Europe, estime une étude menée en collaboration par La Fabrique de l’industrie et McKinsey. Si certains leviers pour avancer vers une industrie plus verte sont déjà bien identifiés, les investissements à réaliser restent massifs. Et ceci alors que les retours ne sont pas nécessairement assurés. Mais engager des projets collectifs, s’appuyer sur le coût du carbone, penser la décarbonation comme un marché porteur ou exploiter les avantages français au travers de la reconstruction industrielle, pourraient se révéler comme des solutions de facilitation.
 (Photo by FREDERICK FLORIN / AFP)
(Photo by FREDERICK FLORIN / AFP)

L’arbitrage n’est pas évident. Comment, en tant qu’industriel, s’assurer que les investissements consentis pour se décarboner (et dont la rentabilité n’est pas acquise d’avance) ne seront pas plus coûteux que le prix de l’inaction ? Une analyse réalisée par La Fabrique de l’industrie, en collaboration avec McKinsey, vient pourtant donner une lecture offrant de quoi tempérer cette inquiétude.

Dans la mesure où l’Hexagone a comblé en grande partie son déficit sur le plan de la compétitivité coût, notamment du fait du renchérissement de la rémunération de la main-d’œuvre chez ses concurrents internationaux, l’industrie française pourrait bien se saisir des avantages comparatifs dont elle dispose pour faire rimer décarbonation et compétitivité future. D’autant plus que le temps passant, des éléments moins tangibles – comme l’empreinte carbone - deviennent toujours plus décisifs pour attirer les investissements.

La France possède déjà quelques cordes à son arc. Il faut dire, tout d’abord, que son mix électrique figure parmi les plus décarbonés d’Europe. En troisième position plus précisément, derrière la Suède et le Luxembourg. Par rapport à l’Allemagne, par exemple, le facteur d’émission moyen de production est six fois moins élevé en France. Et pour cause : le nucléaire y représente 68 % du mix de production brute d’électricité, tandis que les énergies fossiles sont encore fort présentes outre-Rhin (47 % du mix en Allemagne, contre 8 % en France).

 

Besoin de planifier

 

Mais reste que si "à peu près 20 % des leviers pour atteindre les objectifs de 2030 [de la Stratégie nationale bas carbone, dont l’objectif est de réduire, par rapport à 2015, de 35 % les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie française en 2030 et 81 % en 2050, ndlr] sont dans les feuilles de route industrielles, pour atteindre ceux de 2050… les taux sont extrêmement faibles, inférieurs à 10 %. L’industrie a besoin d’avancer, de concrétiser et de planifier plus activement ses actions de décarbonation", pointe Matthieu Dussud, directeur associé au bureau parisien de McKinsey.

Tirer pleinement parti du potentiel de l’électrification sera résolument l’un des axes à privilégier pour décarboner l’industrie. D’autres leviers peuvent aussi être activés pour engager l’industrie française sur la voie de la décarbonation : l’amélioration des performances énergétiques, l’utilisation de matériaux recyclés ou biosourcés comme intrants, l’investissement dans des procédés verts spécifiques à chaque filière, ou encore le captage et le stockage du carbone, relève l’analyse du laboratoire d’idées et du cabinet de conseil.

Surtout, certains moyens d’action pourraient se trouver à disposition des industriels pour penser la décarbonation comme un tremplin de compétitivité future. Avec dans un premier temps, le fait de se mettre dans une logique "business". Par exemple, à l’échelle des entreprises, penser collectif s’avérerait utile. De fait, les émissions de gaz à effet de serre sont concentrées en France autour de trois grandes zones industrielles : Dunkerque, Fos-Berre et Le Havre.

 

Questions de financements

 

D’où l’opportunité de faire de ces pôles des zones bas-carbone. Matthieu Dussud l’explique : "Il y a tout intérêt à faire du co-investissement dans ces bassins, la transition est riche en infrastructures. Entre les transports, les pipelines, la génération d’électricité ou d’hydrogène, la mutualisation serait un avantage compétitif considérable pour les industriels, qui réduiraient ainsi leurs coûts". De même pour certains projets, aux côtés d’acteurs se trouvant à proximité de ces bassins, comme le veut par exemple le projet D’Artagnan mené par Air Liquide et Dunkerque LNG dans le Nord, permettant d’exporter du CO2 de sites industriels vers le port de Dunkerque. Il représente à lui seul 200 millions d'euros, et est co-financé par des fonds européens. La création de co-entreprises pour créer de nouveaux actifs ou solutions pourrait aussi être une clé.

À plus grande échelle, la question des financements se pose inéluctablement. À cet égard, l’étude évoque notamment le système européen d’échange de quotas d’émissions (SEQE), alors que le coût du carbone, évoluant entre 80 et 100 euros la tonne depuis 2021, n’est pas incitatif pour convaincre les industriels. Certes, sous l’influence du Green Deal européen, ce niveau est trois fois plus élevé que celui constaté entre 2018 et 2021. Mais le rapport Quinet II prévoit quant à lui que la tonne devrait représenter 250 euros en 2030 et jusqu’à 775 euros en 2050 pour respecter les objectifs de la SNBC. Un prix qui devrait aussi permettre d’améliorer le retour sur investissement des projets de décarbonation. Pour faciliter ces derniers, les recettes des enchères des SEQE, affectées en partie aux États membres de l’Union européenne, pourraient aussi être mieux fléchées.

Reste enfin à voir plus grand et plus loin. Penser la décarbonation comme un marché porteur, touchant une large diversité d’acteurs allant du BTP aux services, en passant par les spécialistes des gaz industriels et toutes les filières émergentes, comme les batteries à hydrogène, pourrait conférer des avantages aux industriels européens. Se positionner sur ce nouveau marché leur permettrait de saisir de nouvelles opportunités, mais aussi de développer une expertise et une position concurrentielle avantageuses, souligne l’analyse de La Fabrique de l’industrie et McKinsey.

 

En cascade

 

Et puis, la reconstruction industrielle devrait aussi permettre d’exploiter les avantages comparatifs français. Effectivement, les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie manufacturière tricolore ont plongé de 27,6 % entre 2010 et 2022. Un résultat encourageant, qui se doit aux efforts de décarbonation des entreprises… mais aussi en partie à la désindustrialisation du pays, qui a accéléré le transfert à l’étranger d’activités polluantes.

Résultat : les émissions liées aux importations de produits manufacturés ont bondi de 43 % sur la même période. Cela représente une hausse annuelle de 3 % en moyenne, quand la part de cette industrie reculait de 0,6 % dans le même temps. Un constat regrettable, puisque RTE, gestionnaire du réseau de transport d'électricité, estime par exemple que les produits manufacturés importés ont une intensité carbone supérieure de 58 % à celle de la fabrication française. Et selon les calculs de l’INSEE, la relocalisation d’activités manufacturières produisant un milliard d’euros de valeur ajoutée augmenterait, de fait, les émissions françaises de CO2. Mais cela réduirait d’autant plus celles des autres pays, soit un effet négatif significatif sur les émissions mondiales et, logiquement, une réduction de l’empreinte carbone française.

D’autant plus que d’un point de vue environnemental et à consommation inchangée, la relocalisation industrielle aurait un effet positif sur les émissions du scope 3 (soit celles associées à l’amont et l’aval des chaînes de valeur) du fait de normes européennes exigeantes, de différences entre les mix énergétiques et de moindres émissions reliées au transport de marchandises. De quoi convaincre les industriels ? Les investissements à réaliser s’annoncent en tout cas monumentaux : 460 milliards d’euros par an d'ici à 2030, selon McKinsey, soit 100 milliards d’euros annuels supplémentaires par rapport à 2022.

 

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article