Macro-économie / Taux / Mario Draghi / Christine Lagarde / François Villeroy de Galhau / Union européenne
Macro-économie / Taux
Mario Draghi / Christine Lagarde / François Villeroy de Galhau / Union européenne
Les banquiers centraux de la zone euro en pincent pour le rapport Draghi / Des réformes structurelles complémentaires avec la politique monétaire
Hier après-midi, Mario Draghi a - presque - volé la vedette à Christine Lagarde. Durant sa conférence de presse visant à expliciter la décision du Conseil des gouverneurs sur les taux d’intérêt, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) s’est retrouvée à citer six fois le nom de son prédécesseur. Il faut dire que le récent rapport réalisé par l’ex-président du Conseil des ministres d’Italie n’a laissé indifférents ni les journalistes qui l’interrogeaient, ni l’institution de Francfort elle-même.
“Les politiques budgétaires et structurelles devraient viser à rendre l’économie plus productive et plus compétitive, ce qui contribuerait à augmenter la croissance potentielle et à réduire les pressions sur les prix à moyen terme”, a-t-elle déclaré lors de son propos introductif, expliquant que le rapport de Mario Draghi sur la compétitivité européenne, ainsi que celui d’Enrico Letta à propos du renforcement du marché unique, fournissent “des propositions concrètes pour y parvenir”.
Déplorant le déclin économique relatif de l’Union européenne (UE) par rapport aux États-Unis, Mario Draghi pointe le fait que les gains de productivité du travail ont plus fortement ralenti au sein du Vieux continent que chez l’Oncle Sam. Des gains de productivité qu’il apparaît indispensable de revivifier compte tenu, en plus de cela, des retombées de la mauvaise pente démographique prise par l’Europe (si le taux de croissance moyen de la productivité affiché par l’UE depuis 2015 se maintenait, son Produit intérieur brut ferait du surplace jusqu’en 2050).
Pour renverser la vapeur, Mario Draghi a mis sur la table 170 propositions dans son rapport de 400 pages parmi lesquelles on peut trouver la refonte des règles de concurrence de l’UE, la création d’une agence européenne pour l’innovation de rupture (la Darpa américaine est citée en exemple) ou encore la mise en place d’emprunts conjoints à l’image du plan de relance européen de 750 milliards d’euros (NextGeneration EU) - cette dernière mesure provoque l’ire des pays européens dits "frugaux".
“C’est un rapport formidable en ce sens qu’il pose un diagnostic sévère, mais juste à nos yeux”, a jugé la Française, soulignant qu’il mettait en évidence des réformes structurelles et des propositions pratiques pour conduire ces réformes qui pourraient être extrêmement utiles entre autres “pour que nous, en tant que banque centrale, obtenions de meilleurs résultats dans notre politique monétaire”.
Dans le détail, “si la productivité peut augmenter grâce aux réformes structurelles, par exemple, ce serait une très bonne nouvelle pour nous. Si l’union des marchés de capitaux peut être mise en œuvre et que davantage de financements sont disponibles pour financer l’innovation, c’est également une bonne nouvelle pour nous en ce qui concerne l’inflation, la stabilité des prix et les éléments qui sous-tendent le travail que nous effectuons”, a-t-elle déclaré.
A l’occasion d’un discours tenu ce matin lors d’un évènement organisé par le think tank Eurofi, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a estimé que les Européens ne devaient pas "compter exclusivement sur la politique monétaire pour remédier au sérieux défi de croissance auquel ils sont confrontés". Voilà le pourquoi de "notre appel clair hier à ne pas enterrer les rapports de Mario Draghi et Enrico Letta et leurs propositions de réformes absolument indispensables du côté de l’offre – qui, pour la plupart, ne sont pas coûteuses budgétairement", a-t-il lancé.
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