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Bpifrance Le Lab / Rexecode
L’incertitude est résolument la pire ennemie des chefs d’entreprise / De l'ombre sur les projets d'investissement
L’attentisme est de mise chez les patrons de TPE et PME françaises. À la fin de l’été, alors qu’Emmanuel Macron était encore en quête d’un nouveau Premier ministre et sans plus d’indications sur l’orientation des politiques économiques à venir, la moitié des chefs d’entreprise interrogés par le baromètre trimestriel de Bpifrance Le Lab et Rexecode l’assuraient : l’impact du climat d’incertitude politique, depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin dernier, est fort et négatif sur leur activité. De quoi leur faire reposer leur stylo. Dans ce contexte, ils étaient une majorité (56 %) à avoir reporté ou annulé leurs projets d’investissement et 49 % à emprunter la même voie s’agissant des recrutements.
Des proportions proches de celles qui avaient été observées à l’automne 2020, à l’aube de la seconde phase de confinement. "Nous avons toujours su que l’incertitude n’était pas bonne pour les affaires. L’élément de surprise n’est pas l’impact, c’est l’ampleur. L’enquête a été réalisée avant la nomination de Michel Barnier, le flou était total. Mais nous l’avons déjà observé en 2021, l’activité repart vite. Dès que la politique économique sera cadrée, notamment avec le vote du budget, les hésitations devraient se dissiper. Ce n’est pas tellement les mesures économiques qui provoquent le gel des décisions d’investissement, mais bien l’incertitude", explique à WanSquare Philippe Mutricy, directeur de l’évaluation des études et de la prospective de Bpifrance.
Le vert en a pâti
Plus généralement, mis à part ce contexte d’incertitude politique, le solde d’opinion quant à l’évolution des montants investis suit aussi une tendance baissière, suggérant une contraction des budgets relatifs à ce poste de dépenses. En ayant perdu 5 points sur le troisième trimestre, il touche même son plus bas niveau jamais observé, en dehors de l’année 2020. Les premiers investissements touchés ? Ceux en faveur d’une démarche environnementale, qui progressaient pourtant régulièrement depuis trois ans. "Jusqu’au trimestre dernier, ce motif résistait plutôt bien", relève effectivement Sabrina El Kasmi, responsable du pôle macroéconomie et conjoncture de Bpifrance.
Il faut dire que le climat politique ne fait pas tout. Car d’autres facteurs d’incertitude pèsent sur l’activité et sur les projets des patrons de TPE et PME françaises. Au programme, également : les problématiques de demande. Alors que les difficultés de recrutement sont traditionnellement le premier des freins à la croissance identifié par les chefs des petites entreprises tricolores, les craintes liées à une demande dégradée ont pris le pas au troisième trimestre de 2024, pour la deuxième fois cette année. Mais de manière plus franche. En effet, 55 % des patrons estiment que la demande bride leur activité, soit d’ores et déjà, soit en termes de perspectives, soit sur les deux fronts. Les difficultés de recrutement contraignent encore aussi l’activité des entreprises, répondent 49 % de leurs patrons, mais la proportion s’affiche en légère baisse d’un point et passe sous sa moyenne de longue période.
De moindres marges
"Cet aspect lié à la demande joue beaucoup. On observe bien que les entreprises qui font face à des contraintes de demande sont bien plus nombreuses à prévoir une baisse de leur marge nette", ajoute Sabrina El Kasmi. L’écart ressort même à près de vingt points avec celles qui ne se sentent pas concernées par ce nœud. L’inquiétude des TPE et PME vis-à-vis de leurs marges semble toutefois plus généralement partagée : 46 % de leurs patrons s’attendent à ce qu’elles se réduisent cette année, alors que les hausses de salaires anticipées en 2024 devraient dépasser celles de prix de vente dans la plupart des entreprises.
Autant de facteurs susceptibles de générer de l’incertitude et de perturber les chefs d’entreprise. "La consommation n’est pas très allante, le taux d’épargne est élevé, tout cela peut peser sur l’appréciation de la demande et donc sur les décisions d’investissement. Le commentaire est valable pour toute l’Europe. Le fait que l’Allemagne soit à la limite de la récession, c’est une locomotive qui manque. Le contexte européen n’est pas favorable à la croissance, mais on peut espérer en 2025 que les baisses de taux qui ont débuté et la mise en place de la nouvelle Commission européenne créent un effet d’électrochoc positif", estime Philippe Mutricy.
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