Fusions, Acquisitions / Casinos de France / Kindred / Autorité de la concurrence / Marché des jeux
Fusions, Acquisitions
Casinos de France / Kindred / Autorité de la concurrence / Marché des jeux
Le feu vert de l’Autorité de la concurrence au rachat de Kindred par FDJ passe mal chez les casinotiers / Un rapprochement qui irait à l'encontre de la régulation du marché des jeux
Une décision qui lui reste visiblement en travers de la gorge. Alors que l’Autorité de la concurrence vient de valider la prise de contrôle exclusive par La Française des jeux (FDJ) de l’opérateur de paris en ligne suédois Kindred Group (maison-mère d’Unibet), cinquième groupe européen, le syndicat professionnel Casinos de France, présidé par Grégory Rabuel, directeur général du groupe Barrière, n’a pas hésité à faire connaître ses inquiétudes. "Le syndicat […] s’interroge sur cette décision qui accentue autour de FDJ la concentration d’acteurs issus de toutes les verticales des jeux d’argent et de hasard. Ce regroupement va à l’encontre du principe d’un monopole qui est censé réguler le marché et non le concentrer autour de l’opérateur en monopole", s’est-il exprimé.
Pour mémoire, c’est en janvier dernier que le groupe présidé par Stéphane Pallez a lancé son offre publique d’achat amicale sur Kindred pour une valeur d’entreprise de 2,6 milliards d’euros. Objectif : pallier son retard sur son développement à l’international et sur le numérique. Une opération qui s’ajoute au rachat, quelques mois plus tôt, pour 175 millions d’euros, du groupe ZEturf, spécialiste des paris hippiques et sportifs en ligne (connu sous la marque ZEbet), qui a lui aussi fait l’objet d’une autorisation de la part du gendarme de la concurrence sous conditions l’année dernière. Une concentration reconnue par l’Autorité de la concurrence elle-même : "l’opération projetée (rachat de Kindred) interviendrait quelques mois après que FDJ a renforcé sa position dans le secteur des paris en ligne en procédant à l’acquisition de ZEturf. Cette concentration a eu pour effet de faire entrer FDJ sur le marché des paris hippiques en ligne, seul marché du secteur des jeux en ligne qu’elle n’avait pas encore investi et d’augmenter sa part de marché en matière de paris sportifs en ligne", observe-t-elle dans sa décision publiée en fin de semaine dernière. Mais avec l’entrée de Kindred dans son giron, FDJ va encore changer d’échelle en devenant ainsi le deuxième opérateur européen derrière Flutter. "Depuis de nombreuses années, Casinos de France constate la violation répétée de l’équilibre des filières de jeux en défaveur des casinos. Cette nouvelle opération de la FDJ est de nature à aggraver la situation, alors de l’Etat a la responsabilité de veiller à son équilibre", a donc alerté le syndicat.
De quoi en effet agacer les casinotiers, dans un contexte où FDJ (grâce à son monopole sur les paris sportifs en points de vente, la loterie en ligne et en points de vente) dominait déjà largement le secteur des jeux en France. L’année dernière elle a réalisé, tous secteurs confondus, près de la moitié des 13,5 milliards d’euros de produit brut des jeux global (PBJ, parts des mises empochées par les sociétés de jeux, marge brute), selon l’Autorité nationale des jeux (ANJ). Mais aussi parce que le marché des jeux est loin d’être extensible. Le segment des casinos en ligne, qui fait l’objet de toutes les convoitises et dont les casinotiers revendiquent logiquement l’exclusivité, n’est par exemple toujours pas autorisé en France, une anomalie en Europe… voire dans le monde.
Certes, l’Autorité de la concurrence a assorti sa décision d’autorisation quant au rachat de Kindred de conditions, avec notamment une séparation des activités sous monopole et concurrentielles. "Compte tenu de l’activité de Kindred sur les marchés connexes des paris sportifs et hippiques en ligne et du poker en ligne, l’Autorité de la concurrence considère que l’opération de prise de contrôle exclusif de Kindred est susceptible de présenter (des risques d’atteinte à la concurrence par le biais d’effets congloméraux eu égard au lien de connexité existant entre les activités exercées en monopole par FDJ et les activités de Kindred)", explique-t-elle dans sa décision. C’est d’ailleurs dans ce contexte que FDJ s’est engagée à reprendre les engagements pris au moment de l’autorisation du rachat de ZEturf (filialisation de ses activités commerciales), complété de la séparation stricte de ses marques en termes de commercialisation.
Pour l’heure, le syndicat présidé par Grégory Rabuel se tient sur ses gardes. "Casinos de France attend de connaître le détail des engagements souscrits par FDJ et prend déjà acte de celui relatif à la séparation de ses marques, indispensable pour lutter contre la porosité entre ses différentes offres de jeux", indique-t-il, précisant qu’il "se montrera extrêmement vigilant sur le strict respect de l’ensemble des engagements souscrits".
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