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Le marché des véhicules électriques en chute libre en Europe / Les constructeurs appellent à des mesures urgentes
La menace se précise et l'Association des constructeurs européens d'automobiles (Acea) tire le signal d’alarme. Les derniers chiffres des ventes de voitures neuves dans l’Union européenne publiés jeudi confirment que le marché des voitures électriques est sur une trajectoire descendante.
Le trou d’air subi par le marché automobile français le laissait présager : le mois d’août a été plus largement difficile sur tout le Vieux continent.
Les immatriculations de voitures électriques à batterie (BEV) ont chuté en août de 43,9% pour atteindre 92 627 unités (contre 165 204 à la même période l'année précédente). Leur part de marché en Europe n’est plus que de 14,4%, loin des 21% d’août 2023. Plus impressionnant encore est l’effondrement de 68,8% de ces mêmes ventes de BEV enregistré en Allemagne, alors que la France a vu les siennes se réduire d’un tiers (-33,1%).
Une situation aux fortes répercussions sur l’ensemble du marché, puisque toutes motorisations confondues, les immatriculations de voitures neuves dans l'Union européenne ont chuté de 18,3% le mois dernier, s’établissant à 643 637 unités, selon les chiffres communiqués jeudi par l’Acea.
L'Allemagne pèse lourd
Le tassement enregistré en août est d’ailleurs si brutal qu’il efface quasiment la totalité de la reprise du début d’année. Sur les huit premiers mois de l'année, les immatriculations de voitures neuves dans l'UE n’affichent plus qu’une hausse de 1,4%, à environ 7,2 millions d'unités.
Fait rare, les trois principaux marchés de la région ont subi des reculs à deux chiffres. L’Allemagne, où, rappelons-le, le gouvernement a coupé fin 2023 toutes les subventions attribuées à l'achat de véhicules électriques, continue en effet de tirer le marché européen vers le bas. Les immatriculations outre-Rhin, ont chuté de 27,8% le mois dernier. Mais la France – où l’aide financière octroyée par l’État pour l’achat de voitures électriques a été plafonnée début 2024 - s’en sort à peine mieux avec un recul de 24,3%, tandis que les marchés italien et espagnol sont également orientés à la baisse (-13,4% et -6,5% respectivement).
Doléances nombreuses
Confrontés à ce marasme, les constructeurs européens pointent ce qui ne va pas à leurs yeux. "Nous manquons de conditions essentielles pour stimuler la production et l'adoption de véhicules à zéro émission : des infrastructures de recharge et de remplissage d'hydrogène, ainsi qu'un environnement de fabrication compétitif, une énergie verte abordable, des incitations fiscales et à l'achat, et un approvisionnement sûr en matières premières, en hydrogène et en batteries", explique le conseil d’administration de l’Acea.
Et celui-ci ne cache pas ses "inquiétudes concernant la réalisation des objectifs de réduction des émissions de CO2 en 2025". L’UE s’apprête en effet durcir l’an prochain la norme CAFE (Corporate Average Fuel Economy) sur les émissions de CO2 des véhicules neufs. Le seuil moyen à ne pas franchir sera abaissé à 95 grammes de CO2 par kilomètre (g/km), un niveau inférieur à celui qui est émis par une simple citadine hybride. La proportion des véhicules électriques (qui émettent 0 g/km de CO2) dans les ventes de chaque constructeur devient donc cruciale, sachant que tout retard par rapport à ce seuil, est censé coûter 95 euros par gramme de CO2 excédentaire et par véhicule vendu.
Pour rester dans les clous, il est estimé que la part de marché des voitures électriques devrait dépasser à tout le moins les 20%. Or on en est loin, puisque celle-ci est tombée à 12,6% dans l’UE sur l’ensemble des huit premiers mois de 2024.
15 milliards d'euros d'amendes
Et "si l'électrique reste au niveau d'aujourd'hui, l'industrie européenne va peut-être devoir payer 15 milliards d'euros d'amendes ou renoncer à la production de plus de 2,5 millions de véhicules et de véhicules utilitaires", a d’ailleurs alerté Luca de Meo, le président de l'Acea et patron de Renault, le 7 septembre sur France Inter.
Ce jeudi, l’Acea s’est ainsi alarmée de "la perspective décourageante d'amendes de plusieurs milliards d'euros, qui pourraient être investies dans la transition vers l'absence d'émissions, ou de réductions de production inutiles, de pertes d'emplois et d'un affaiblissement de la chaîne d'approvisionnement et de valeur européenne à un moment où nous sommes confrontés à une concurrence féroce de la part d'autres régions productrices d'automobiles".
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