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Macro-économie / Taux / Dette / Dépense publique / France

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Dette / Dépense publique / France

Le gouvernement continue à tenter de concilier mesures d’économies et croissance / D’autres pistes de réduction de la dépense continuent à fleurir

Le plus grand effort de redressement de la France depuis longtemps, ni plus ni moins. C’est ainsi que Laurent Saint-Martin, ministre chargé du Budget et des Comptes publics, a décrit la situation hexagonale au Sénat. Loin d’être une mince affaire, puisqu’il ne s’agit pas pour autant de sacrifier la croissance sur l’autel du déficit budgétaire.
 Laurent Saint-Martin, Ministre chargé du Budget et des Comptes publics. Photo by ALAIN JOCARD / AFP
Laurent Saint-Martin, Ministre chargé du Budget et des Comptes publics. Photo by ALAIN JOCARD / AFP

"Il serait erroné de croire que la seule baisse de la fiscalité a été l’origine de l’endettement que nous connaissons aujourd’hui. Les 1 000 milliards de dettes supplémentaires sont d’abord et principalement une dette de hausse de la dépense publique". Laurent Saint-Martin, ministre chargé du Budget et des Comptes publics, a défendu la tentative du gouvernement de redresser les comptes publics. Il a souligné que pour l’heure, la croissance française de 1,1 % réussissait à être supérieure à la moyenne de la zone euro.

Une dynamique essentielle à ses yeux puisqu’il a rappelé que c’est "le moteur de la croissance" qui a permis entre 2017 et 2022 de "maîtriser le rythme de notre endettement". Le ministre a martelé qu’il n’y aura pas de cure d’austérité et que l’activité était essentielle pour mener cette mission à bien. Pour autant il n’a rien caché de l’explosion de la dette publique et a évoqué le fait "que la dette publique a progressé de 1 000 milliards d’euros entre 2017 et 2023".

 

Pour le pire ou le meilleur

 

Le membre du gouvernement a multiplié les ordres de grandeur pour faire réaliser, si cela était encore nécessaire, les contraintes d’une "dette qui s’élève désormais à 3 220 milliards d’euros, soit 112 % de notre PIB au deuxième trimestre 2024. La charge de la dette atteindrait 54 milliards d’euros l’année prochaine, dépassant ainsi le budget des Armées". Le temps béni des taux négatifs étant révolu, les dangers qui guettent l’Hexagone sont à notre porte.

Évoquant la dégradation de la signature France, il a rappelé que les marchés ne seront pas là pour faire des cadeaux à l’Hexagone si la situation ne s’améliore pas au plus vite. Prenant l’exemple d’un choc de taux de l’ordre de 1 %, il a estimé que "la charge de la dette augmenterait de 3,2 milliards d’euros la première année, de 20 milliards d’euros à l’horizon 5 ans, et de 33 milliards d’euros à l’horizon 9 ans". Une situation que la France n’est pas en état de se permettre selon ses mots.

 

Tous pour un

 

L’allocution du ministre s’est achevée sur sa confiance dans le fait que l’ensemble des parlementaires contribuerait à trouver des solutions pour améliorer le sort des dépenses publiques. En fin d’après midi c’est le groupe UDR qui a dégainé en déposant une proposition de résolution afin d’obtenir "la création d’une commission d’enquête parlementaire" sur la dérive des finances publiques. Ce n’est sans doute pas tant le narratif des hausses passées qu’appelait de ses vœux le ministre mais davantage le souhait de l’UDR que des recommandations soient formulées "pour retrouver une trajectoire budgétaire stable et protéger l’avenir financier du pays".

Le ministre peut également compter sur la sphère privée pour suggérer des pistes d’économie. L’Institut Montaigne se targue ainsi dans une note récente d’identifier "de nombreuses mesures d’économies". Ses auteurs les qualifient comme "relatives à une logique d’amélioration de l’efficacité de la dépense publique ou de redéfinition du rôle de notre État-providence", et estiment qu' "elles sont susceptibles de générer pour près de 150 milliards d’euros d’économies".

 

Tous azimuts

 

Ce sont ni plus ni moins une quarantaine de milliards qui sont identifiés allant des "retraites, à la santé, à l’efficacité de l’État, aux collectivités territoriales, aux dépenses fiscales, à la fonction publique, mais aussi aux politiques publiques en matière d’emploi et de logement". Les économies possibles ont néanmoins un point commun : plus elles tarderont à être mises en œuvre et moins elles seront efficaces. L’institut propose même d’aller au-delà de ce qui est nécessaire pour la soutenabilité des dépenses publiques et ce afin de financer une partie de l’appareil de défense hexagonal ainsi que de la transition écologique.

C’est peu dire que les mesures les plus conséquentes proposées seront probablement les plus impopulaires, il est notamment question de reculer l’âge minimal de départ jusqu’à 66 ans à l’horizon 2050 pour une économie de 30 milliards d’euros et 1 point de PIB. De la même façon, la proposition de désindexer toutes les pensions de retraite pendant 4 ans, pour un gain de 29 milliards d’euros et 1 point de PIB, rencontrera probablement le mécontentement des quelque douze millions de retraités que compte notre pays. Ces derniers ne sont pas épargnés dans la note publiée, il est également proposé de procéder à la "suppression de la niche fiscale d’abattement de 10 % sur le montant des pensions des retraites et autres (y compris les pensions alimentaires) et à la convergence du taux de CSG des retraités vers le taux des revenus d’activités, après le seuil du taux réduit de CSG ". L’impact serait de l’ordre de 8,4 milliards d’euros à l’horizon 2028.

Le Think Tank en fait pourtant une priorité arguant que " les dépenses de retraites représentent près d’un quart des dépenses publiques et plus de la moitié des prestations sociales en France. Au regard des évolutions démographiques du pays, ces dépenses conserveront un rythme d’évolution dynamique dans les années qui viennent et constituent la catégorie de dépenses qui contribue le plus à l’augmentation des dépenses publiques ". Le risque de stratégie électoraliste dans la classe politique menace cependant l’adoption de telles mesures.

Parmi les autres mesures proposées, une meilleure efficience du système de soins est censée permettre un total de près de 28 milliards d’euros d’économie. La question soulevée est celle de " la diminution de l’efficacité du système de soins en dépit de l’accroissement du nombre de professionnels de santé en activité ". Les collectivités territoriales en prennent également pour leur grade, ayant vu la part de leur dépense s’accroître de 33 % dans le PIB, entre 1980 et 2022. Alors que paradoxalement une "forme d’inefficience de l’organisation administrative territoriale" est mise en avant par l’Institut Montaigne.

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