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Une reprise en main des finances publiques qui ne cesse d’être interrogée / La vitesse de l’ajustement budgétaire hexagonal questionne les parlementaires
Le Haut conseil des finances publiques a lancé le coup d’envoi d’un examen sous toutes ses coutures du projet de loi de finances (PLF) 2025 il y a plus d’une semaine et l’ensemble des acteurs économiques français se prononce depuis sur le sujet. On a ainsi pu voir l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) donner son avis ces derniers jours, notamment sur l’impact pour la croissance du PLF.
Inquiète de longue date de la situation budgétaire hexagonale, il était difficile de ne pas voir la commission des finances du Sénat ne pas se pencher sur la question. Après avoir reçu Pierre Moscovici il y a quelques jours, c’était donc au tour de trois économistes de participer à une table ronde sur la question. Parmi ces derniers Anne-Laure Delatte, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), rattachée à l’université Paris Dauphine-PSL, a été la première à s’exprimer et a posé un constat partagé par tous : "la France a une stratégie très différente de ce qui est exigé par les règles européennes, avec un effort important au début".
Sur les chapeaux de roues
Le parti pris de ce qu’elle qualifie d’ajustement Barnier pourrait néanmoins rencontrer des garde-fous européens et "ne serait pas dans les clous à compter de 2031 ". Un choix d’effectuer un effort important au début qu’elle explique par la nécessité de se ménager des marges de manœuvre et d’envoyer un signal important sur le plan politique et en direction des investisseurs. Olivier Redoulès, directeur des études de l’Institut Rexecode, s’est attardé sur la question des taux d’intérêt et sur les effets positifs importants du PLF sur ce plan-là.
Il rappelle lui aussi que "l’Europe laissait une marge de manœuvre pour étaler l’ajustement", il faut néanmoins être "prêt à assumer une augmentation du déficit au début, si on fait ça". Le choix du gouvernement est loin d’un "monde idéal où on fait des réformes quand ça va bien et on ajuste les finances publiques après", force est de constater que la France n’a pas su le faire ces dernières années.
Atterrissage
La probabilité que la France rate la cible imposée par Bruxelles existe bel et bien pour Anne-Laure Delatte, étant donné que "le plan d’économies va augmenter l’endettement à long terme via des effets récessifs ". Un propos nuancé par le directeur des études de l’Institut Rexecode, notamment parce qu’il estime qu’un certain nombre de mesures annoncées visent à limiter l’effet sur la conjoncture. D’autre part de nombreuses inconnues existent à ses yeux ; sur l’effort touchant aux "dépenses, les deux tiers sont aujourd’hui inconnus ou incertains".
La question du Produit Intérieur Brut a également été abordée par ses soins, l’économiste arguant "que le niveau de PIB est proche de son niveau potentiel", soulevant la question de la nécessité d’avoir 6 points de déficit pour y parvenir. La trajectoire future pouvant être affecté positivement dans le cadre d’un choc de réforme structurelle et négativement s’il ne se produit qu’un simple choc fiscal.
Épineux problème
La force du signal envoyé aux marchés par le PLF a également été soulignée par Natacha Valla, présidente du Conseil national de productivité, celle-ci arguant devant les sénateurs qu’il faut "avoir conscience que la BCE n’est plus là sur les marchés pour venir acheter notre dette publique". L'économiste est longuement revenue sur les questions de productivité pour asséner que "les mesures liées à la crise covid" ne lui étaient pas favorables.
Les effets multiplicateurs de la dépense publique intéressaient particulièrement les membres de la commission, Natacha Valla a jugé de son côté que "lorsqu’on ventile les effets sur la croissance des différents postes de dépenses publiques, pour l’investissement il est souvent supérieur à un". Anne-Laure Delatte a quant à elle plaidé pour "un effort qui devrait avoir lieu là où les multiplicateurs sont les plus bas", considérant comme "surprenant que le budget 2025 soit sans contribution des plus hauts patrimoines".
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