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Une guerre commerciale Chine États-Unis dont peu sortiraient gagnants / Industrie américaine et pays tiers en tireraient de modestes profits

Punir économiquement la Chine est une thématique récurrente dans la bouche de Donald Trump, candidat républicain à la Maison Blanche, ce dernier y voyant un moyen de réindustrialiser le pays et d’opérer un rééquilibrage de la balance commerciale. Pour le CEPII, les bénéfices pour l’industrie américaine ne seraient obtenus qu’au prix d’une baisse de son PIB. Ruben Nizard, économiste Amérique du Nord et directeur de l’analyse du risque politique chez Coface, juge quant à lui que l’expérience du premier mandat de Donald Trump rend peu probable que l’Europe tire profit des parts de marché perdues par la Chine.
Drapeau américain. Photo by Jakub Porzycki / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Drapeau américain. Photo by Jakub Porzycki / NurPhoto / NurPhoto via AFP

La course au bureau ovale approche de son dénouement et avec elle la possibilité d’une politique commerciale protectionniste. Pour l’heure Donald Trump est toujours bel et bien en lice et il compte bien mener une guerre commerciale à la Chine. Un argumentaire dont on se fait l’écho chez le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) arguant qu’il "se définit lui-même comme un homme de droits de douane, tariff-man, voyant dans cet instrument un moyen efficace de financement et de soutien à l’économie".

Cet outil aurait de nombreuses vertus aux yeux du candidat à la présidence ; lui permettant tant "de ‘punir’ la Chine pour ses pratiques déloyales (il utilise le terme de retribution tariff)", également d’améliorer la balance commerciale, ou bien encore réindustrialiser le pays et "de financer la suppression de l’impôt fédéral sur le revenu ". De même les pays qui choisiraient de se détourner du dollar pour leurs transactions à l’international pourraient en faire les frais.

 

Frictions

 

Les équipes du CEPII ont étudié de leur côté quelles "seraient les conséquences d’une augmentation des droits de douane américains de 10 points de pourcentage (pp) sur tous les produits en provenance de tous les pays, excepté le Canada et le Mexique, de 60 pp sur les importations en provenance de Chine, et de mesures de représailles à hauteur du préjudice (tarifaire) subi par les partenaires des États-Unis", en prenant comme hypothèses une application des droits de douane à compter de 2025, en se projetant en 2030 (juste à l’issue du mandat potentiel de Donald Trump) et en comparant le résultat obtenu à un scénario sans mise en place de cette politique.

Des effets considérables sont attribués à cette guerre commerciale, puisqu’il serait alors attendu une "diminution du PIB mondial de 0,5 % et une contraction du commerce mondial en volume de 3,3 %, soit presque autant, 70 %, que la baisse du commerce mondial en 2020, 4,7 %, année de la crise sanitaire".

Les échanges entre les deux côtés du Pacifique en sortiraient lourdement détériorés avec des "exportations de Pékin vers Washington seraient plus faibles de 80,5 % ; celles de Washington vers Pékin de 58 %". Les gains seraient modestes pour l’industrie américaine avec une production associée qui progresserait de 2,2 % en volume, cependant il y aurait également une "déspécialisation dans des secteurs où le pays possède traditionnellement des avantages comparatifs, agriculture (-2,5 %), énergie (-0,4 %) et services (-0,5 %), avec pour conséquence une perte de 1,3 % de son PIB (par rapport au scénario de référence)." Même perte de PIB attendue pour la Chine, et son avantage comparatif dans l’industrie en souffrirait.

 

Part du gâteau

 

Il semble compliqué pourtant de voir l’Europe en profiter très largement, Ruben Nizard, économiste Amérique du Nord et directeur de l’analyse du risque politique chez Coface, confiant à WanSquare qu’il est "difficile d’être immédiatement positif au vu de l’expérience de 2018/2019, nous n’avons pas tellement observé un effet de substitution profitant aux pays européens." L’économiste évoque davantage "des effets de transbordements qui ont eu lieu et c’était alors le Vietnam et le Mexique qui avaient gagné des parts de marché".

Chez le CEPII on est en ligne avec cette analyse et on considère dans le scénario étudié, que "le désengagement des États-Unis du commerce avec l’Union européenne (UE) est aussi substantiel". Les États qui tireraient leur épingle du jeu seraient alors les partenaires régionaux que sont le Canada et le Mexique. Le principal danger pour l’UE viendrait d’une Chine qui face " à une baisse de ses exportations vers les États-Unis, redirige ses surcapacités vers d’autres marchés : Allemagne, Canada, France, Inde, Japon, Mexique… ". Il est envisagé que le "déficit commercial de biens et services de l’UE avec la Chine [passe] de 14,1 milliards de dollars (scénario de référence) à 75,4 milliards de dollars".

Le Canada et surtout le Mexique verraient alors leurs exportations vers les États-Unis "progresser significativement, respectivement de plus de 17 % et 33 %, et, avec elles, leur PIB, de respectivement 1,3 % et 6,6 % par rapport au scénario de référence". Pas de gains escomptés du côté tricolore avec des exportations en berne de 0,5 % et un PIB également à hauteur de 0,1 %.

 

Désillusion

 

Mauvaise nouvelle pour les projets de Donald Trump, le CEPII estime que ce conflit commercial contribuerait à diminuer les salaires américains (de 0,9 % pour les travailleurs non qualifiés, de 1,6 % pour les qualifiés) et à l’inverse augmenterait les salaires mexicains (de 5 % environ). On insiste chez leurs équipes sur le risque que les "prix intérieurs augmentent avec l’imposition de ces droits de douane, ponctionnant ainsi le pouvoir d’achat des ménages ou grevant la compétitivité des entreprises américaines".

Ruben Nizard nous confiait quant à lui qu’il existait "une possibilité que les chiffres des importations chinoises aux États-Unis soient sous-estimés, puisqu’un certain nombre d’acteurs ferait un usage conséquent des dispositifs n’exigeant pas de dédouanements en raison d’un montant jugé trop faible". Un moyen supplémentaire pour la Chine de passer outre les droits de douane.

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