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Bruno Le Maire / Finances publiques
Dérapage budgétaire : Bruno Le Maire juge « biaisé » le déficit public de 6,1 % du PIB en 2024 / Il estime qu’un autre chemin était possible
Bruno Le Maire fait un tour de chauffe au Sénat. L’ancien ministre de l’Economie et des Finances, qui sera prochainement entendu par l’Assemblée nationale dans le cadre d’une commission d’enquête sur la dégradation des finances publiques en 2023 et 2024, était auditionné ce matin par la Chambre haute à l’occasion d’une mission d’information portant sur le même sujet. Alors que l’ancien gouvernement avait prévu un déficit public de 4,4 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2024, il devrait finalement s’afficher à 6,1 %.
Cet écart s’élevant à près de cinquante milliards d’euros est principalement le fait de recettes qui se sont avérées bien moins élevées qu’attendu, a affirmé Bruno Le Maire. Techniquement, l’élasticité des prélèvements obligatoires (PO) au PIB fut plus faible que ne l’escomptaient les modèles de Bercy.
Alors que spontanément (hors mesures nouvelles), les prélèvements obligatoires progressent chaque année, en moyenne, aussi vite que le PIB nominal, ce fut loin d’être le cas en 2023 et en 2024. Pour 2023, Bercy avait prévu un chiffre inférieur à 1 après la surprise à la hausse en 2022 (1,4) mais il était trop optimiste (elle s’est élevée à 0,4 contre 0,6 escompté) et une surestimation a encore été enregistrée pour 2024 (0,6 contre 0,8 prévu).
Les PO représentant plus de 1 200 milliards d’euros, une erreur de prévision sur l’élasticité, même minime, peut avoir de lourdes conséquences surtout quand, comme en 2023 à cause d’une forte inflation, la croissance du PIB en valeur atteint plus de 6 %. "Avons-nous une explication macroéconomique complète et satisfaisante de cette chute du taux d’élasticité et par conséquent des recettes ? Pas encore", a déclaré Bruno Le Maire.
D’après l’ancien ministre, il aurait toutefois été possible de limiter les dégâts en 2024. "Le chiffre de 6,1 % avancé par le nouveau gouvernement est biaisé, il résulte de son seul choix de ne pas reprendre à son compte l’intégralité de notre plan de redressement", a-t-il soutenu. Rappelons qu’au cours de l’été, des signaux inquiétants sont venus des dépenses des collectivités locales et des recettes fiscales, respectivement plus fortes et plus faibles qu’attendu.
En conséquence, "nous avons alors pris avec Thomas Cazenave [ancien ministre délégué aux Comptes publics, ndlr] les seules mesures à notre disposition dans le cadre de la gestion des affaires courantes : nous avons placé 16,5 milliards d’euros en réserve et travaillé à des mesures en gestion, notamment sur la sécurité sociale", a indiqué Bruno Le Maire. De sorte que, "si toutes ces mesures avaient été mises en œuvre sans délai par le nouveau gouvernement, couplées aux mesures de recettes sur les rentes énergétiques et sur les rachats d’actions, elles auraient permis de contenir le déficit pour 2024 à 5,5 %", a-t-il lancé. "On nous a renvoyé la balle en nous disant 'on est à 6,1 %, c’est votre faute'. Non !", s’est-il agacé.
Dans le projet de loi de finances de fin de gestion (PLFG) pour 2024, l’actuel gouvernement a prévu d’annuler 5,6 milliards d’euros de crédits, dont 4,5 milliards d’euros proviennent de la réserve de précaution (l’écart provient d’annulations qui ne font pas partie du champ du périmètre des dépenses de l’Etat). "Toute la partie de la réserve qui n’est pas annulée l’est pour des motifs inéluctables, il n’y a pas de choix de faire porter l’effort davantage sur un exercice que sur l’autre", se défend-on du côté du cabinet de Laurent Saint-Martin, ministre auprès du Premier ministre, chargé du Budget et des Comptes publics, en citant notamment la prise en charge des soutiens à la Nouvelle-Calédonie, le coût des élections législatives anticipées ou encore les Jeux olympiques et paralympiques.
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