Macro-économie / Taux / Russie / Rouble / Taux de change
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Russie / Rouble / Taux de change
Une crise de change menace la Russie /
La réalité de l’inflation interroge
"Aucune raison de paniquer". Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, a beau assurer que "la situation est sous contrôle", il ne peut pas cacher le fait que le rouble soit au plus bas depuis bien longtemps, mars 2022, que ce soit face au dollar ou bien face à l’euro. Le dollar s’est certes apprécié dernièrement, mais une telle dynamique n’est pas constatée pour d’autres devises.
Pire encore, si le chef d’État a tenté de rassurer en invoquant qu’à l’inflation s’ajoutaient "de nombreux facteurs saisonniers", à l’instar "des versements au budget" ou encore "les prix (mondiaux) du pétrole", sa défense n’empêche pas les observateurs de s’inquiéter devant des taux directeurs de la Banque centrale russe de l’ordre de 21 %. Ce qui constitue un plus haut depuis 2003 et fait dire à Sylvain Bersinger, chef économiste chez Asterès, que la perte de valeur du rouble est d’autant plus à considérer que la "Banque centrale russe tente de défendre sa monnaie en augmentant fortement ses taux d’intérêt, ce qui ne suffit pas à attirer suffisamment de capitaux pour maintenir le change, du fait des sanctions ou du manque de confiance des investisseurs russes ".
Menace
Toute la question russe se trouve là pour l’économiste, étant donné que la présence de taux réels de l’ordre de 13 % signifierait pour lui que "malgré une rentabilité très élevée, la Russie est incapable d’attirer (ou de retenir) des investisseurs pour soutenir sa devise, d’autant plus que le reste du monde (notamment les États-Unis) est plutôt engagé dans un mouvement de baisse des taux ". D’où les questionnements qu’il formule sur "la fiabilité des chiffres de l’inflation russe ", étant donné que " si l’inflation russe est bien à 8 %, le pays risque une crise de change".
Tout pourrait bien en effet s’accélérer avec une inflation importée qui grandirait au fur et à mesure de la chute de la monnaie nationale. Néanmoins, dans un autre scénario examiné par les équipes d’Asterès, où l’inflation est à 16 %, alors les taux directeurs réels seraient de l’ordre de 5 %. Ce qui pour Sylvain Bersinger "correspond toujours à un niveau élevé, mais dans cette situation les efforts de la banque centrale pour soutenir le rouble semblent moins désespérés, et le risque d’un effondrement du change plus lointain".
Financement
Il vaut bien mieux que ce deuxième scénario soit le bon pour les autorités russes, sinon le financement du déficit public pourrait bien devenir rapidement difficile. Chez Asterès on rappelle que "l’État russe s’endette actuellement à 16 % à échéance 10 ans ce qui implique, avec une inflation à 8 %, des taux réels de 8 % (en supposant ce niveau d’inflation stable sur les dix prochaines années)". Ce qui serait le signe d’une grave difficulté à séduire des investisseurs, dans la grande majorité domestique du fait des sanctions occidentales.
L'augmentation des coûts d’emprunt pourrait freiner les investissements et les dépenses de consommation. De quoi largement freiner la croissance du PIB dans le pays en 2025 et rendre insoutenable les 3,6 % de 2023 et de 2024.
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