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France : S & P et Moody’s voient les perspectives budgétaires s’assombrir / La chute du gouvernement de Michel Barnier pourrait doper la prime de risque obligataire
"Ce vote reflète les fractures politiques du pays". Moody’s n’a pas tardé à faire connaître son opinion quant aux retombées économiques et financières de la censure du gouvernement du Premier ministre Michel Barnier hier soir.
"Cet événement est négatif pour le crédit" - soit la note du pays - car "il aggrave l’impasse politique du pays, réduit la probabilité d’une consolidation des finances publiques, et contribue à une prime de risque plus grande [pour les marchés, ndlr] ainsi qu’un coût de la dette plus élevé", indique-t-elle dans une note. A noter qu’à cette heure, le spread franco-allemand, soit l’écart de taux d’intérêt à 10 ans entre la France et l’Allemagne, n’a pas bougé depuis hier, se situant toujours à près de 80 points de base. L’Hexagone (l’Etat) s’endette à 2,90 % à échéance dix ans.
"Nous prévoyons que le ratio paiements d’intérêts/recettes atteindra 4,6 % en 2025 et 5,2 % en 2026, contre 4,4 % en 2024. Une augmentation durable des coûts de financement affaiblirait encore le coût de la dette malgré l’échéance moyenne relativement longue du pays (8,5 ans). Cela résulterait de la boucle de rétroaction négative entre des déficits plus élevés, une charge de la dette plus importante et des coûts de financement plus élevés, avec des besoins d’emprunt annuels importants", prévient Moody’s, qui rappelle que, le fait de disposer d’une dette au coût faible représente une caractéristique clé du profil de crédit de la France.
Si Moody’s dit prévoir un déficit public de 5,3 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2025 et 4,7 % en 2026, l’agence reconnaît que les aléas entourant ce scénario sont clairement de plus en plus haussiers. "Le projet de loi d’urgence [loi spéciale qui reconduit les crédits budgétaires de l’Etat votés pour 2024 en 2025, ndlr] que le Parlement pourrait adopter avant la fin de l’année ne devrait pas inclure de mesures de consolidation ", anticipe l’agence.
D’après des experts, le déploiement d’une loi spéciale pourrait conduire à ce que le déficit public s’établisse autour de 6 % en 2025 (le chiffre ne fait pas complètement consensus). Oui, la quasi-intégralité des dépenses de l’Etat seraient gelées en termes nominaux (moins de 30 % des dépenses de l’ensemble des administrations publiques), mais compte tenu de l’absence de budget et de loi de financement de la Sécurité sociale, il n’y aurait pas moyen de déployer les mesures prévues pour freiner les dépenses de la sphère sociale par rapport à leur tendanciel (quoique certaines puissent être prises par décret) et contraindre les collectivités locales à ralentir la croissance de leurs dépenses. Sans compter certaines des nombreuses nouvelles mesures en recettes présentes dans le budget qui ne seraient pas mises en œuvre.
S & P Global Ratings a également réagi à la suite du renversement du gouvernement. L’agence, qui vendredi dernier avait maintenu la note française AA- avec perspective stable, s’attend, elle aussi, à une consolidation budgétaire "bien inférieure" à celle qu’impliquaient les mesures proposées par l’exécutif dirigé par Michel Barnier. Elle se montre toutefois moins alarmante que sa rivale Moody’s, n’évoquant pas les retombées potentielles sur le niveau des taux d’intérêt.
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