WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

La guerre commerciale n'épargne pas les patrons

La directrice financière du géant Huawei, et fille de son fondateur, a été arrêtée au Canada et fait face à une demande d'extradition des États-Unis. Il était rare jusque-là que des personnalités si haut placées soient directement visées.
Xi Jinping - Chine
Xi Jinping - Chine

On avait l'habitude de démissions de dirigeants haut placés lorsque les régulateurs - en particulier américains - négociaient des sanctions avec des entreprises qui avaient contrevenu à leurs règles. On avait moins l'habitude de voir les patrons d'entreprises stratégiques brusquement arrêtés. Coïncidence ? Peut-être. Mais après l'arrestation de Carlos Ghosn, homme fort du champion de l'automobile le mois dernier au Japon, c'est au tour de la directrice financière d'Huawei de faire face à la justice. Meng Wanzhou, qui est également la fille du fondateur du géant chinois des télécoms, a été arrêtée au Canada le 1er décembre. Celle dont la société est soupçonnée de violation des sanctions américaines contre l'Iran fait maintenant l'objet d'une demande d'extradition de la part des États-Unis. Sans rien enlever au potentiel caractère très grave de ces deux affaires, si les faits devaient être avérés par la justice, il était assez rare jusque-là de constater ce genre de cas. Les dirigeants doivent-ils mieux rendre des comptes qu'auparavant ? C'est-à-dire : la justice fait-elle mieux son travail ? Ou la guerre commerciale et la concurrence ont-elles changé le paradigme, faisant monter d'un cran la pression sur les dirigeants ?

"Meng Wanzhou a été arrêtée le 1er décembre à Vancouver. Les États-Unis réclament son extradition, et une audition pour sa remise en liberté conditionnelle doit avoir lieu vendredi", a indiqué un porte-parole du ministère canadien de la Justice à l'AFP. "La société a reçu très peu d'informations en ce qui concerne les accusations et n'est pas au courant d'un quelconque méfait de la part de Madame Meng", a pour sa part réagi Huawei. En avril, le Wall Street Journal avait révélé que la justice américaine enquêtait sur Huawei depuis au moins 2016. Le pays de l'Oncle Sam suspecterait l'équipementier chinois d'avoir livré du matériel américain au principal opérateur télécoms iranien en dépit de l'embargo. Les liens entre Huawei et le parti communiste, ainsi que les renseignements chinois, sont aussi régulièrement mis en avant pour les risques qu'ils font peser sur la sécurité, en Amérique mais aussi en Australie par exemple.

Évidemment, on se souvient de la très lourde amende de BNP Paribas (8,83 milliards de dollars) en 2014 pour violation d'embargos américains. À l’époque, outre la facture vertigineuse, Baudouin Prot, président de la banque française, avait démissionné. On se souvient aussi cette année de la sanction de plus d'un milliard de dollars de ZTE. L'équipementier télécoms chinois était accusé par les Américains d'avoir violé les lois interdisant aux entreprises d'exporter des marchandises vers l'Iran et la Corée du Nord. Côté États-Unis, les démissions de patrons à la suite de scandales existent également. Qu'elles aient eu lieu dans la foulée du mouvement MeToo, ou en passant par la démission forcée d'Elon Musk, accusé de fraude, de son poste de président de Tesla il y a quelques mois. L'homme a également écopé d'une amende de 20 millions de dollars. Ou encore de patrons qui auraient utilisé l'argent de leur société pour des dépenses personnelles. Il ne faut pas non plus oublier l'arrestation du patron de Samsung en 2017 en lien avec une affaire de corruption de l'exécutif coréen.

L'arrestation de la fille du fondateur d'Huawei fait couler de l'encre au regard de la guerre commerciale que Donald Trump a notamment décidé de livrer à la Chine. L'Empire du Milieu a déjà "protesté avec force" contre cette arrestation et demandé la libération de sa ressortissante. "La Chine devrait être pleinement préparée à une escalade dans la #guerre commerciale avec les États-Unis, car les États-Unis n'assoupliront pas leur position sur la Chine, et l'arrestation récente d'une cadre supérieure d'#Huawei en est un exemple frappant", a expliqué sur Twitter le Global Times, un média lié au parti communiste. Cette arrestation tombe d'autant plus mal que Washington et Pékin ont avancé dans leurs discussions le week-end dernier pour trouver une solution à leurs différends commerciaux. Mais la justice doit bien sûr pouvoir faire son travail indépendamment des tractations politiques. Vraiment indépendamment.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article