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Huawei / Chine / 5g
L'explosion de Huawei va-t-elle sauver la croissance de la Chine ?
Après une année 2018 marquée par le plus fort ralentissement de l'économie chinoise depuis vingt ans, l'annonce du chiffre de la croissance du pays hier a été un soulagement pour l'ensemble des marchés mondiaux : l'Empire du Milieu a ainsi progressé de 6,4 % au cours des trois premiers mois de l'année, soit au même niveau qu'au Q4 2018, alors que le rythme avait constamment ralenti à chacun des trimestres de l'an dernier. Certes, le programme de relance de 2000 milliards de yuans de baisses d'impôts mené par les autorités chinoises a contribué à stabiliser le PIB chinois depuis le début de l'année. Mais le détail des composantes du PIB laisse penser qu'un autre facteur, non moins important a aidé au redémarrage de la machine chinoise : l'explosion de la 5G dans le pays.
Les investissements en capital fixe ont ainsi progressé de 6,3 % sur un an en grande partie grâce aux financements dans la 5G, explique Iris Pang, économiste chez ING. Les investissements dans les infrastructures et les services liés à la 5G se sont traduits par une croissance des placements dans les chaînes de production de haute technologie et une forte hausse des investissements dans les services de haute technologie, respectivement de 11,4 % et 19,3 %, bien plus rapides que la croissance globale des investissements, souligne ainsi l'économiste. "L'essor de la 5G est quelque chose que nous avions sous-estimé. Nous nous sommes trop concentrés sur l'impact que les mesures de relance budgétaire auraient sur les investissements et, bien que nous ayons compris que la 5G était un moteur de croissance pour le pays, nous n'avions pas compris qu'elle était déjà en place et opérationnelle. C'est un facteur de croissance unique pour la Chine", explique ainsi l'économiste.
Selon elle, cette tendance devrait d'ailleurs se poursuivre sur le reste de l'année. La production d'infrastructures 5G et la mise en place en aval d'équipements pour son bon fonctionnement devraient ainsi soutenir à la fois l'investissement et la production industrielle du pays en 2019, estime l’economiste .
Derrière cette explosion des investissements dans la 5G, un acteur privé majeur : le géant Huawei. Le célèbre groupe de téléphonie chinois est effectivement parvenu à remplacer Apple à la seconde place des ventes de smartphones, à une vitesse fulgurante, le situant juste derrière Samsung, qu'il espère d'ailleurs rapidement détrôner. D'autant que, depuis 2017, Huawei occupe la première place mondiale pour son activité d'origine, à savoir l'équipement pour réseaux mobiles – fourniture de stations relais, antennes et toutes autres infrastructures nécessaires aux opérateurs de téléphonie mobile pour que leurs clients puissent être connectés à tout endroit et tout moment.
Les ambitions du groupe expliquent donc en bonne partie la très forte hausse des dépenses et de la production industrielle dans les chaînes de production et services de haute technologie depuis le début de l'année. Dépenses et production qui devraient se poursuivre au même rythme ces prochains mois si Huawei veut pouvoir atteindre son objectif de leader de la téléphonie mobile.
Rappelons que le géant chinois est déjà le seul du marché à proposer l'intégralité de la technologie réseau 5G clé en main. Du coup, en Europe, l'Allemagne est le dernier pays en date à avoir déclaré envisager de faire appel à Huawei pour négocier son virage de la 5G. Et ce malgré les menaces des États-Unis, qui ne cessent de répéter que l'installation de réseaux Huawei pourrait constituer une brèche pour la sécurité des communications de l'armée américaine. En bref, Donald Trump a bien fait comprendre que les États devront choisir leur camp, entre le réseau téléphonique chinois ou la sécurité américaine.
Ces bons chiffres d'investissement dans les nouvelles technologies au premier trimestre, signe que l'empire Huawei ne cesse de se développer, ne devraient donc pas faire sourire Donald Trump, au moment où les négociations commerciales avec la Chine semblaient se détendre.
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