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Bouygues Telecom / Orange / SFR / Free / 5g
Ce que coûtera la 5G aux opérateurs français
En fin d’année dernière, le régulateur français des télécoms l’Arcep a lancé une consultation publique pour décider des modalités d’attribution des fréquences 5G, la cinquième génération de normes pour réseau mobiles, censée rendre les connexions quasiment instantanées et accroître la capacité de transmission des données. L’institution et le gouvernement ont récolté l’avis des acteurs sur les modalités d’attribution envisagées. Un temps évoqué, le “New Deal”, par lequel l’État cède des fréquences en échange d’importantes obligations de couverture, a vite été écarté. De fait, la 5G est un réseau “haut de gamme” qui couvrira surtout les grandes métropoles et peut-être les réseaux routiers pour la voiture connectée. Nul besoin donc de faire jouer la concurrence sur l'étendue de la couverture.
C’est la méthode plus classique de la mise aux enchères des fréquences que la France a choisie, s’alignant sur le modèle de distribution italien et allemand qui a soulevé des montants exceptionnels. Côté italien, c’est le jackpot. L’État va encaisser la somme de 6,5 milliards d’euros après 14 jours d’enchères, alors que l’objectif minimum était fixé à 2,5 milliards d’euros. Outre Rhin, les quatre opérateurs en concurrence pour l'obtention de licences d'exploitation de réseaux 5G - Deutsche Telekom, Vodafone, Telefónica et Drillisch - ont déposé vendredi des offres totalisant plus de 5,2 milliards d'euros, et les enchères ne sont pas finies.
Le produit de ces ventes pourra être versé à un “fonds numérique” pour accélérer l’expansion du réseau et profiter in fine aux opérateurs télécoms. Mais ce n’est pas sûr, et en tout état de cause ces ressources stratégiques pourraient plomber à court et moyen terme les opérateurs télécoms français. Un pari pour ce marché qui connaît une forte chute des prix, une fiscalité spécifique élevée, une baisse des cash-flows et des coupes élevées dans les effectifs depuis dix ans.
L'amortissement de ces sommes dans les bilans fragiles des acteurs du secteur inquiète à raison les analystes, qui recommandent à Bouygues Telecom, Orange, SFR et Free de mutualiser en partie certains réseaux sans que cela ne conduise nécessairement à la fusion des acteurs. Des actions à mener difficile en cette période clé de candidatures, comme l’a récemment expliqué Martin Bouygues : "Nous allons rentrer d'ici la fin de l'année dans une période de mise en vente de fréquences par l'Arcep et le gouvernement. Dans ces périodes-là, toute discussion entre opérateurs est totalement impossible compte tenu de la nécessité de préserver la confidentialité des décisions de chaque opérateur."
Par ailleurs, les milliards d’euros que devrait récolter l’État ne sont forcément pas gage de réussite. Il faut faire attention au mirage des enchères : l’important c'est bien l’usage optimal des fréquences à la fois pour le développement de nos industries et la meilleure utilisation possible par les particuliers. À ce stade cependant, le montant espéré par le gouvernement est encore inconnu : le lancement des enchères aura lieu à l’automne mais le déploiement est attendu pour le début de l’année prochaine, de sorte que les montants apparaîtront au titre du PLF 2020. Dans une interview donnée au Monde, la secrétaire d’État chargée des télécoms Agnès Pannier-Runacher a expliqué que le gouvernement cherchait un "juste milieu", entre "l'objectif d'équilibre" du budget de l'État et la prise en compte des investissements importants que devront faire les opérateurs. Contacté par WanSquare, l’Arcep a déclaré qu’à ce jour, l’institution n’avait toujours pas reçu la feuille de route du gouvernement pour mener les opérations. Mais celle-ci sera “bientôt publiée au Journal officiel”.
Les modalités ont été retardées par le scandale Huawei, que les États-Unis ont exclu du déploiement du réseau 5G l’accusant d’être le cheval de Troie de Pékin pour espionner les communications des pays utilisateurs. L’Europe ne veut pas se laisser distancer dans l’application de ces technologies mais souhaite protéger son territoire d’une utilisation barbare de ses données. Pour prévenir la tentative d’espionnage, l’Assemblée nationale a voté en première lecture la semaine dernière un texte qui prévoit que, préalablement à toute activité d'exploitation de certains équipements radioélectriques, les opérateurs devront adresser une demande d'autorisation au Premier ministre, qui se prononcera dans les deux mois. Le réseau 5G n'est donc pas près de devenir un outil quotidien pour chaque Français. Dans la mesure où il faudra attendre sans doute 2025 pour voir couverts les principaux axes de transport.
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