Politique économique / Chine / Guerre commerciale / Etats-Unis / Huawei
Politique économique
Chine / Guerre commerciale / Etats-Unis / Huawei
États-Unis/Chine : l’équation se complique de jour en jour
Depuis quelques jours déjà, le ciel s’était assombri sur le front de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, le secrétaire au Commerce Wilbur Ross ayant même déclaré la semaine dernière que les deux camps étaient "à des kilomètres" d’un accord. Lundi, la situation s’est encore envenimée lorsque les États-Unis ont officiellement inculpé le groupe technologique chinois Huawei. Les deux plaintes comportent 23 chefs d’inculpation, dont la violation des sanctions américaines envers l’Iran et le vol de propriété intellectuelle auprès d’un partenaire américain. Elles affirment également que la société et sa CFO ont à plusieurs reprises menti aux autorités sur leur implication et cherché à détruire des preuves, ce que l’intéressée réfute mais aussi le gouvernement chinois, qui a qualifié cette poursuite d’"injuste et immorale". Pour rappel la directrice financière du groupe, Meng Wanzhou, avait déjà été arrêtée au Canada en décembre dernier sur ces soupçons de fraude, et lutte aujourd’hui contre son extradition vers les États-Unis.
À l’époque, les États-Unis avaient tenté d’expliquer que cette affaire judiciaire était sans lien avec les négociations commerciales en cours, mais Donald Trump lui-même n’a pas caché son ambition de se servir de ce dossier comme levier de négociation. En outre, le timing de cette inculpation est particulièrement sensible, dans la mesure où une délégation d’une douzaine de négociateurs chinois, emmenés par le vice-Premier ministre Liu He, doit arriver à Washington mercredi. Selon les rumeurs, les négociateurs chinois prévoient de s’engager à augmenter massivement leurs achats de produits agricoles et d’énergie américains, ainsi qu’à des réformes modestes de leur politique industrielle, le point qui porte le plus à controverse aujourd’hui.
Car les Américains veulent plus de concessions, notamment la fin des subventions à certains secteurs et aux entreprises nationales, en particulier publiques, ainsi que des preuves concrètes et objectives de ces engagements. La fenêtre de tir est très serrée d’ici au 1er mars, date à laquelle les États-Unis sont censés relever de 10 % à 25 % leurs tarifs douaniers sur 200 milliards de dollars d’importations chinoises. L’objectif de cette semaine est déjà de convenir d’un document de travail, sur lequel des modifications seront apportées, mais il paraît déjà très ambitieux, au regard des divergences actuelles.
En l’état actuel des négociations, nul ne pense que les deux camps peuvent parvenir à un accord de long terme sur les tarifs douaniers qui inclut aussi des questions aussi sensibles que la protection de la propriété intellectuelle américaine, et la protection contre le transfert technologique, qui pourraient durer des années. Le meilleur scénario est celui d’un accord de principe qui donne aux deux parties l’opportunité de crier victoire. Les deux pays en ont besoin : impactée par les tarifs, la Chine a enregistré la croissance la plus faible depuis 28 ans en 2018, à 6,6 %. Côté américain, les sociétés US souffrent aussi de la dégradation des échanges, comme en témoignent les avertissements du fabricant de puces Nvidia et de l’industriel Caterpillar cette semaine, qui ont prévenu de l’impact chinois sur leurs résultats à venir. Enfin Donald Trump, qui n’a pas eu gain de cause sur le shutdown et en a souffert dans les sondages, a besoin d’annoncer un deal pour redorer son blason. Mais il accorde aussi une grande confiance à Robert Lighthizer et Peter Navarro, ses conseillers protectionnistes en charge des négociations cette semaine.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

