WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Régulation / Concurrence / 5g / arcep / Huawei

Régulation / Concurrence
5g / arcep / Huawei

5G : pourquoi la France a-t-elle du retard ?

Alors que la bataille autour de la 4G était essentiellement commerciale, le débat en cours sur la 5G porte sur la géopolitique et le leadership technologique, la sécurité nationale et la solvabilité des opérateurs et de l'État dans une moindre mesure. La France s'en sort moins bien que ses pairs pour clore les pourparlers.
5G
5G

Hier, la bataille pour les réseaux mobiles 4G, qui promettaient des transferts massifs de données et des appels vocaux bon marché, était essentiellement commerciale, axée sur la création d'emplois et les profits. Aujourd'hui et demain, la 5G qui promet une révolution numérique grâce à une vitesse près de 200 fois supérieure à celle de son ancêtre, suscite de nouveaux débats, parfois inédits, qui ralentissent le bon déroulement de la mise aux enchères des fréquences.

Primo, il y a un enjeu géopolitique fort autour du déploiement du nouveau réseau du fait de la course au leadership technologique et de l'influence de l'équipementier chinois des télécommunications, Huawei. La nouvelle guerre froide entre la Chine et les États-Unis, qui était au cœur des débats du Web Summit le 4 novembre dernier à Lisbonne, s'est étendue à l'Europe, bien qu'elle aille fondamentalement à l'encontre des intérêts commerciaux des trois continents. Pour des raisons obscures d'espionnage, les États-Unis redoutent la suprématie de la Chine sur les données de ses utilisateurs. Deuzio, la 5G pose la question de la sécurité des nations, du fait des milliards de transistors des smartphones qui sont autant de points d'entrée possibles pour les attaques malveillantes et les fuites de données, abreuvant les discussions déjà très entamées sur la cybersécurité.  

Tertio, les opérateurs télécoms français sont déjà sollicités de toute part et le nouveau réseau menace leur solvabilité. Free, Orange, SFR et Bouygues Telecom doivent déployer le réseau fibre, entretenir le réseau cuivre historique, se conformer à leurs obligations en matière de complétude des réseaux en fibre optique mais encore fournir les prestations raccordement et service téléphonique du service universel, tout en se faisant constamment interpeller par l'Arcep pour manquements - ce que Stéphane Richard a fini par contester. Les enchères de la 5G pourraient être le coup de grâce pour les opérateurs qui connaissent déjà une forte chute des prix, une fiscalité spécifique élevée, une baisse des cash-flows et des coupes élevées dans les effectifs depuis dix ans. Voilà pourquoi le nouveau réseau questionne aussi sur la capacité financière des sociétés visées à le financer. Si l'on regarde ce qu'il se passe en Allemagne et en Italie, deux pays qui sont comparables en termes de marché des télécommunications et qui ont tous deux terminé le processus de mises aux enchères, les citoyens français peuvent être inquiets. Les deux États vont chacun encaisser la somme de 6,5 milliards d'euros. C'est trois fois plus que ce qui était dit soutenable pour ne pas plomber les bilans déjà fragiles des acteurs du secteur.

Quarto, l'important montant attendu des enchères autour de la 5G pose un nouvel arbitrage, celui entre finances publiques et prix aux consommateurs. Selon nos informations, le gouvernement Philippe est toujours en pleine "réflexion" pour trouver un juste milieu entre "l'objectif d'équilibre" du budget de l'État et la prise en compte des investissements importants que devront faire les opérateurs. Les enchères, ce sont des recettes non négligeables pour l'État sur ce patrimoine immatériel, mais s'il fait trop payer les opérateurs, ce sont bien les Français qui feront le chèque, et nul doute que ces nouveaux abonnements qui toucheront nécessairement et inégalement au pouvoir d'achat des travailleurs, réveilleront des consciences déjà éreintées.

C'est parce que la mise en application du réseau 5G pose tous ces débats, que, comme cela était attendu, les enchères sur les futures fréquences mobiles 5G devraient être repoussées en France vers mars 2020, alors qu'elles devaient intervenir maintenant, c’est-à-dire à l'automne 2019.

 

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article