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Etats-Unis / Crédit
Bulle en vue sur le marché du crédit américain?
Peu d’économistes prévoient une récession aux États-Unis pour cette année, alors que le taux de chômage est au plus bas et que le taux d’utilisation des capacités de production des entreprises est au plus haut, ce qui laisse penser qu’elles devraient continuer d’investir et soutenir la croissance. Un sujet moins discuté pourrait en revanche menacer l’économie du pays à moyen terme : celui du marché du crédit américain. Selon Stéphane Déo, stratégiste au sein de la Banque Postale AM, "le marché du crédit est un énorme château de cartes en train de se construire (…). Il pourrait s’effondrer en cas de choc extérieur".
Celui-ci représente tout de même 6.374 milliards de dollars, et a été multiplié par 2,5 depuis septembre 2008 (même si la partie Investment Grade représente toujours 80 % du total du marché). Au-delà de la forte progression des émissions depuis dix ans, c’est surtout leur qualité qui inquiète : ainsi, la part de titres BBB dans la partie Investment Grade est au plus haut, de même que celle des primo-accédants. La qualité du papier émis s’est également détériorée, comme le souligne l’indice Moody’s "cove-lite" (un indicateur qui suit l’évolution des contrats de prêt qui ne contiennent pas les clauses de protection habituelles au profit de la partie prêteuse). Le fait que cet indice ait atteint un plus haut depuis 2007 souligne qu’une partie grandissante des prêteurs est très mal protégée, estime encore Stéphane Déo.
Par ailleurs, la situation financière des entreprises américaines s’est détériorée : ainsi, au sein du Nasdaq, un tiers des entreprises possède des frais financiers supérieurs à leurs profits et ce ratio n’a cessé de progresser depuis 2011. Certes, les plus grandes entreprises de l’indice ont encore des ratios très favorables et une situation financière solide, mais les plus petites seront beaucoup plus sujettes à risque vu leurs niveaux de ratios, au cas où elles rencontreraient des problèmes de flux de trésorerie.
Enfin, autre aspect alarmant sur la situation du marché du crédit privé américain : la montagne de dette arrivant à échéance en 2020-2021. "Selon un récent sondage, une majorité de CFO s’attend à une récession fin 2019-début 2020. Les directeurs financiers devraient donc anticiper leurs besoins de refinancements dès 2019 et les flux d’emprunts devraient donc fortement progresser cette année, avant que le risque de récession ne se concrétise", explique encore le stratégiste. Et vu les montants à refinancer, les entreprises devront nécessairement faire appel aux investisseurs européens et asiatiques, et seront donc plus sensibles à un choc extérieur. Sachant que la liquidité a également diminué, ce qui pourrait amplifier les difficultés des entreprises au moment du pic de refinancement.
Certes, le château de cartes du crédit américain ne s'effondrera pas de lui-même. Et il faudra un élément déclencheur externe pour que la bulle éclate. Mais le marché possède une fragilité sous-jacente à ne pas sous-estimer, conclut Stéphane Déo. "C'est inquiétant pour le futur et certainement un élément à surveiller".
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