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Banques / Crédit / consommation

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Crédit / consommation

La France resserre les vannes du crédit au mauvais moment

Le Haut Comité de Stabilité Financière a relevé hier soir les exigences de fonds propres des banques, afin d'éviter un emballement du crédit privé, qui a atteint 133 % du PIB au troisième trimestre 2018. Mais dans un contexte de ralentissement généralisé de la croissance, le timing ne semble pas idéal.
consommation - euros - illustration
consommation - euros - illustration

La nouvelle était attendue, et elle n'a pas vraiment réjoui les banques françaises. Le Haut Conseil de Stabilité Financière, qui se réunissait hier soir en présence du ministre de l'Economie Bruno Le Maire et du gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, a annoncé que les banques devraient se constituer un matelas supplémentaire de capital pour leurs activités de crédit en France. Il y a quelques semaines, le gouverneur s'était déjà dit inquiet de la hausse très rapide de l'endettement privé dans le pays : "quand le crédit augmente très rapidement à un moment, il y a un risque d'autant plus fort - l'expérience le prouve - qu'à un moment il freine trop brutalement", avait-il déclaré sur BFM. Le HCSF avait d'ailleurs déjà tenté de contrôler la croissance très rapide du crédit en juin dernier, en décrétant un coussin de fonds propres contracyclique de 0,25 %. Mais le conseil a jugé qu'il n'était pas suffisant et a donc décidé hier de le porter à hauteur de 0,5 %. Les banques françaises disposeront de 12 mois à partir du 2 avril prochain pour se conformer à cette nouvelle exigence.

Certes, l'endettement du secteur privé a atteint l'an dernier un niveau record de 133 % du PIB au troisième trimestre, dont 59,2 % pour les ménages et 74,1 % pour les entreprises. Soit une hausse respective de 5,5 % et de 6 % sur un an, alors qu'il a baissé dans les principaux autres pays de la zone euro. Et le HCSF, dont la fonction principale est de limiter les risques du système financier, a donc préféré restreindre cet apparent emballement du crédit à temps, pour éviter l'explosion d'une bulle.

Mais le timing n'est pas forcément très bien choisi. Au moment où toutes les institutions économiques ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour la zone euro et l'Hexagone, en raison notamment d'un ralentissement généralisé du commerce mondial et de l'affaiblissement du PIB chinois, la France aurait plutôt eu besoin d'un coup de pouce pour soutenir sa demande intérieure. Dans sa dernière note de conjoncture, la Banque de France a justement souligné la belle progression du pouvoir d'achat français depuis un an, permise par la faible inflation, la remontée des salaires et les mesures d'urgence annoncées par le gouvernement. Mais la BdF a en revanche averti que la vitesse à laquelle cette hausse du pouvoir d'achat se traduirait dans l'économie réelle, dépendrait de la répartition entre épargne et consommation des Français.

En restreignant le crédit, le HCSF a donc pris le risque que ces gains de pouvoir d'achat se transforment principalement en épargne supplémentaire. Et ce, alors que la consommation représente l'un des principaux moteurs de la croissance du pays, à hauteur de 52 % du PIB.

Le Haut Conseil de Stabilité Financière aurait donc peut-être dû patienter quelques mois supplémentaires avant d'annoncer un nouveau resserrement des vannes du crédit, sachant que la première hausse du coussin avait été instaurée il y a moins d'un an. Le temps au moins d'évaluer l'ampleur du ralentissement économique et de connaître l'impact réel du Brexit sur la conjoncture de la zone euro. L'Allemagne est clairement inquiète du risque que la sortie de la Grande-Bretagne pourrait faire peser sur son économie. Le groupe des "cinq sages", les économistes qui conseillent le gouvernement allemand, ont d'ailleurs revu aujourd'hui leurs prévisions de croissance en baisse, à 0,8 % pour cette année, et affirmé que leur scénario pourrait encore être plus sombre en cas de sortie désordonnée de la Grande-Bretagne. La Banque de France elle prévoit 1,4 % pour cette année. Mais a également prévenu que son scénario pourrait être révisé, en raison des nombreuses incertitudes à l'international (issue des négociations commerciales USA/Chine, Brexit…).

Selon une source proche du HCSF citée par Le Monde, l'augmentation du coussin pour les banques ne constitue en réalité qu'un "instrument de précaution". "Il ne doit pas amener les banques à restreindre le crédit, mais il les prépare à un retournement du cycle financier, qu'un Brexit chaotique par exemple pourrait déclencher. Dans ce cas, le HCSF relâchera immédiatement le coussin". Dans ce cas surtout, il aurait peut être été plus sage de patienter encore un peu avant de prendre une décision.

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