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Shutdown / Donald Trump
Fin du shutdown : l’échec de la méthode dure de Donald Trump
Donald Trump a retourné sa veste en un temps record. Alors qu’il avait encore copieusement critiqué la leader démocrate de la Chambre des Représentants Nancy Pelosi, et déclaré "nous ne céderons pas !" sur Twitter jeudi, il a pourtant fait un volte-face surprise dès le lendemain. Depuis le Rose Garden de la Maison Blanche, il a annoncé vendredi avoir conclu un accord avec les leaders des deux chambres du Congrès afin de rouvrir l’administration fédérale pendant une période de trois semaines, soit d’ici au 15 février. De quoi laisser le temps au Congrès de trouver une solution sur le financement de la sécurité aux frontières. Le Président américain n’a pas admis sa défaite dans son discours mais s’est au contraire dit "très fier" d’annoncer la fin du shutdown le plus long de l’histoire, qui aura duré 36 jours, et a assuré les 800.000 fonctionnaires concernés qu’ils seraient rémunérés avec retard pour cette période.
S’il a finalement accédé à la demande des démocrates depuis le départ - rouvrir l’administration avant de prendre toute décision sur le budget - il ne s’est pas départi de sa demande principale. "Nous n’avons pas d’autre choix que de construire un mur puissant ou des barrières en acier", a-t-il déclaré, assurant que s’il n’obtenait pas d’accord satisfaisant d’ici mi-février, il aurait à nouveau recours au shutdown ou à une déclaration d’urgence pour forcer le Congrès à passer le budget. Une mesure qui n’a pas de précédent et est sujette à débat, les démocrates ayant déjà assuré qu’ils la contesteraient en justice. En attendant, les membres de la Chambre des Représentants et du Sénat devaient voter sur cette résolution rapidement, dès vendredi, pour mettre officiellement fin au gel de l’administration américaine.
Pourquoi Donald Trump, si inflexible jusqu’à présent, a-t-il donné raison aux démocrates ? Il convient de rappeler que le locataire de la Maison Blanche, très attaché à son image, a été la première victime du shutdown dans les sondages. Selon une enquête CBS News mercredi, le taux d’approbation du Président a chuté de 3 points à 36 %, contre 59 % d’insatisfaits, soit un point sous son plus bas niveau depuis le début de son mandat. Le Président avait tenté de reprendre la main en proposant une protection temporaire pour les descendants d’immigrés, en échange de l’enveloppe de 5,7 milliards de dollars pour le mur, mais le texte a reçu moins de votes au Sénat qu’une proposition concurrente des démocrates, plaidant pour rouvrir le gouvernement sans autre engagement.
Dans cette situation de blocage, Mitch McConnell, le leader républicain au Sénat qui était jusqu’à présent resté en retrait de ces négociations, est monté au créneau ces derniers jours. Selon le Washington Post, il a en particulier passé la matinée de vendredi à tenter de trouver un compromis avec le Président pour céder provisoirement, et trouver ensuite un accord acceptable sur ce qui constitue le mur avec les démocrates. L’idée étant de transférer la responsabilité d’un futur blocage sur le camp adverse, et fissurer leurs rangs.
En attendant, les démocrates viennent de démontrer qu’en maintenant un front uni, ils ont réussi à faire fléchir un Président réputé pour son goût de la confrontation. Mais Donald Trump n'a pas dit son dernier mot, loin s'en faut. Dimanche, il a encore mis de l'huile sur le feu en déclarant dans une interview qu'il doutait de la capacité des leaders de chaque chambre à trouver un terrain d'entente, et qu'il ferait probablement usage de la déclaration de l'urgence nationale pour obtenir le financement de 5,7 milliards de dollars pour le mur avec le Mexique.
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