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États-Unis : le shutdown de trop ?
La facture du plus long shutdown de l’histoire américaine, d’une durée de 35 jours, est enfin connue. Selon le rapport du bureau budgétaire du Congrès sorti lundi, le gel de l’administration fédérale aura coûté 11 milliards de dollars en raison de la perte de production des employés fédéraux, d’un retard des dépenses publiques et de la baisse de la demande. Plus précisément, le blocage devrait coûter 3 milliards de dollars, soit 0,1 point de PIB, au dernier trimestre 2018 et 11 milliards, soit 0,2 point, sur les trois premiers de 2019. Bien sûr, le retour au travail des fonctionnaires et le paiement avec retard de leur salaire vont permettre de rattraper une partie de ce coût, mais le même bureau estime que le manque à gagner permanent se chiffrera à 3 milliards de dollars. À noter que le rapport n’inclut pas certains effets indirects, comme le gel des permis fédéraux ou encore un accès réduit aux prêts pendant cette période.
"J’espère que nous avons finalement atteint un tournant avec ces shutdowns stupides, mais cette estimation du CBO (Congressional Budget Office, ndlr.) constitue un sévère avertissement envers le Président Trump sur les conséquences d’utiliser les travailleurs américains comme monnaie d’échange", a commenté John Yarmuth, député démocrate qui a commandité ce rapport. Au total, ce document calcule qu’en prenant en compte l’impact des tarifs douaniers et avec l’essoufflement des effets de la réforme fiscale, la croissance américaine devrait ralentir à 2,3 % cette année, contre 3,1 % en 2018. Et même atteindre un rythme annuel de 1,7 % d’ici à 2023, sous le potentiel de l’économie US. À cet égard, la publication du PIB du quatrième trimestre ce mercredi devrait être retardée, en raison du déficit de données récentes liées au shutdown.
Outre le seul coût financier, le shutdown a laissé des traces au sein de chaque parti, et les législateurs semblent cette fois déterminés à agir pour empêcher de nouvelles prises en otage des fonctionnaires américains. Car dans l’histoire, l’utilisation de cette arme a non seulement été douloureuse pour l’économie et les citoyens, mais en plus elle n’a pas permis à leurs instigateurs d’obtenir gain de cause. Ainsi en a-t-il été de Newt Gingrich, le porte-parole républicain qui a été à l’origine de deux shutdown sous l’administration Clinton, ni pour les conservateurs menés par Ted Cruz en 2013.
C’est la raison pour laquelle Rob Portman, sénateur républicain de l’Ohio, a réintroduit un projet de loi visant à maintenir le niveau de dépenses de l’État fédéral pendant les négociations budgétaires. "Ce shutdown a confirmé ce que nous savions sur les shutdown. Faisons quelque chose tant que la douleur et l’inefficacité de ce moment sont encore fraîches dans nos esprits", a-t-il déclaré. Ce texte, qui a été co-sponsorisé par 18 législateurs, prévoit ce maintien à partir du 1er octobre de chaque année pour les agences dont le financement ne serait pas finalisé à cette date. Ce montant serait réduit de 1 % après 120 jours, puis de 1 % tous les 90 jours suivants, afin d’inciter les parties à trouver un accord. La leader démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, s’est déclarée ouverte à ce projet, qui devrait néanmoins être signé par le Président. Or, Donald Trump a encore répété qu’il envisageait un nouveau shutdown dans trois semaines, si les leaders parlementaires ne trouvaient pas un terrain d’entente acceptable pour lui sur le mur.
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