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ING retraite France épargne injuste étude enquête résultats réforme

Politique économique / Retraite / Epargne

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Retraites : l'enquête qui confirme que Macron doit se dépêcher de réformer !

Selon une étude menée par la banque néerlandaise ING, 2/3 des Français sont inquiets pour leur retraite et la plupart ne savent même pas comment la préparer. La France est le seul pays où le système est considéré comme injuste. Un véritable appel à la réforme.
retraites - retraités - retraitées - vieillesse
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Voilà une étude qui devrait inciter le gouvernement Philippe à prendre les devants sur la réforme des retraites, dont les discussions avec les partenaires sociaux ces prochains mois risquent encore d'être très houleuses. Et d'aboutir à une réforme au rabais. Ce qui serait dommage vu les conclusions de l'enquête menée par ING et dévoilée ce matin. Ainsi, la banque néerlandaise, qui depuis plusieurs années, sonde les ménages à propos de questions relatives à leurs finances personnelles, dans les différents pays où elle est active, a annoncé que la France était le seul pays dont les habitants considèrent que leur système de retraite est injuste.

Selon la banque, qui a interrogé 15.000 ménages dans le monde, dont 1.000 en France, entre le 10 septembre et le 10 novembre 2018, 54 % des Français estiment qu'ils auront moins de leur retraite que ce qu'ils ont cotisé pendant leur carrière. "Un véritable appel à la réforme," commente Julien Manceaux, économiste chez ING et responsable de l'étude pour l'Hexagone.

Dans le détail, l'enquête dévoile aussi que les Français sont les plus inquiets de leur avenir une fois qu'ils auront cessé de travailler, 67 % s'étant déclaré soucieux de savoir "s'ils auront assez d'argent à leur passage à la retraite", contre 61 % en moyenne pour l'ensemble des sondés et 40 % par exemple des personnes interrogées aux Pays-Bas. Dès lors, pour ce qui est de laisser un héritage derrière eux, les Français sont également assez pessimistes, puisque 44 % d'entre eux seulement pensent pouvoir le faire. 

Selon ING, une part de cette inquiétude provient du fait que beaucoup de Français ignorent quoi faire. Épargner, oui, mais combien et à quel rythme ? Le récent Baromètre de l'Épargne et de l'Investissement de l'AMF montrait ainsi qu'en 2018, moins d'un Français sur cinq (17 %) connaissait le montant d'épargne nécessaire au maintien de son niveau de vie à la retraite, tandis que 45 % avouaient n'en avoir "aucune idée". "En rendant plus lisibles les montants auxquels chacun pourra s'attendre pour sa retraite légale, payée chaque mois par l'État, une réforme des retraites se devrait donc de faciliter le calcul du 'manquant' que l'épargne personnelle devra venir compenser", explique ainsi Julien Manceaux. 

Les retraités interrogés lors de l'enquête sont tout aussi inquiets que les actifs sondés puisque 69 % d'entre eux estiment ne pas avoir le même standard de vie que pendant leur vie active, l'un des plus bas niveaux parmi tous les pays. Une raison qui pourrait une fois encore s'expliquer par leur manque d'épargne. L'étude de l'AMF avait d'ailleurs montré que 41 % des retraités seulement ont épargné pour leur retraite avant celle-ci et parmi eux, un sur deux estime qu'ils n'ont pas mis assez de côté. Si 29 % des Français en moyenne ne disposent pas d'épargne, les 18-24 ans sont cependant ceux qui en détiennent le plus (75 % d'entre eux) contre 60 % des 45-54 ans. Une situation liée aux projets d'achats immobiliers, souvent acquis plus tard et qui ne signifie donc pas nécessairement que les jeunes actifs seront de meilleurs épargnants pour leurs retraites que ceux qui y sont déjà actuellement. D'ailleurs, parmi les actifs, seuls 20 % d'entre eux mettent régulièrement de côté pour leurs vieux jours…

Autre enseignement de l'étude ING, l'âge de la retraite, qui fait tant débat en France depuis que les gouvernements successifs ont tenté de le modifier. Ainsi, les Français pensent partir à la retraite à 62 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes. Sauf que selon l'OCDE, les Français partent en réalité à la retraite autour de 60 ans en moyenne, un des âges les plus bas d'Europe. "Il semble donc que les actifs sondés aient l'intention de travailler plus longtemps que leurs aînés", commente Julien Manceaux. La réforme telle qu'elle est pour le moment prévue par Emmanuel Macron et précisée par Jean-Paul Delevoye, nommé haut-commissaire à la réforme des retraites l'an dernier, devrait en tout cas les y encourager : la retraite entre 62 et 67 ans sera toujours possible, à un taux minoré en fonction du nombre d'années de cotisations. Sachant que si les Français partent en moyenne à 60 ans à la retraite, 57 % s'attendent à avoir des rentrées financières pendant leur retraite, soit un niveau bien supérieur à celui observé aux Pays-Bas (32 %), ou en Allemagne (45 %) mais inférieur à celui d'Italie (59 %). Ce qui montre que les actifs actuels envisagent de poursuivre d'une manière ou d'une autre leur activité présente de manière occasionnelle, afin de compléter leurs fins de mois. 

Enfin, et c'est surtout ce dernier élément de l'enquête qui devrait intéresser le gouvernement, les Français estiment en réalité que le système actuel n'est pas juste. Ainsi la moitié d'entre eux considère que les pensions versées ne sont pas suffisantes, même si 43 % continuent d'estimer que c'est d'abord à l'État de pourvoir au système (au Royaume-Uni ils ne sont que 31 % à le penser). À l’inverse, seuls 23 % d'entre eux estiment que c'est à chacun de prévoir sa retraite avec son épargne, contre 28 % des Allemands. Autre constat : un Français sur cinq pense que c'est à l'employeur de le faire, l'un des taux les plus élevés de l'enquête. En France, on comptait fin 2017 10,3 millions de comptes liés aux plans d’épargne salariale (généraux comme les PEE, ou spécifiques à la retraite comme les PERCO) mis en place par 315.000 entreprises (dont 310.000 PME de moins de 250 souscripteurs). Les actifs se montaient à environ 15 milliards. "Autant dire que c’est encore loin d’être un dispositif d’épargne-retraite si on le compare aux presque 2.000 milliards d’euros d’assurances-vie détenus par les ménages français. Il y aurait donc encore fort à faire pour que les employeurs suppléent à la retraite de leurs salariés autrement que par le système général de cotisations" poursuit l'économiste. 

Si le système réformé proposé par Macron devait rester un système "contributif" où ce sont les actifs qui financent les retraites de leurs aînés, il devrait néanmoins diminuer le sentiment d’injustice puisque chacun aura une retraite proportionnelle aux nombres d’années qu’il aura cotisé et chacun sera libre de partir plus tôt (pour moins d’argent). De plus, un système de points accumulés au cours de la carrière devrait également rendre plus "lisibles" les montants qui seront disponibles lors de la retraite, aidant ainsi les futurs retraités à se préparer financièrement (en épargnant) à la baisse de revenus qui les attendent lors du passage à la retraite.

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