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Asset Purchase Program Benoit Coeuré Francfort achats de titres

Politique monétaire / BCE / QE

Politique monétaire
BCE / QE

Benoit Coeuré exclut de retourner sur le marché souverain

Le gouverneur a déclaré que Francfort ne voyait pas la nécessité de racheter des obligations d'État, pour le moment. Les Allemands, les plus opposés à ce programme, sont ceux dont l'économie souffre le plus depuis quelques mois et pourraient provoquer un ralentissement encore plus fort que prévu.
Benoît Coeuré
Benoît Coeuré

Il n'y aura pas de nouveau programme de rachats de titres ... pour l'instant. Si le président de la BCE a contourné la question lors de la conférence de presse de jeudi, Benoit Coeuré a été plus clair sur le sujet dans une interview au Corriere della Serra ce matin. À la question "seriez-vous prêts à racheter des obligations souveraines sur les marchés", le gouverneur, dont le mandat à la BCE s'achèvera en le 31 décembre 2019, a ainsi affirmé que Francfort "n'en voyait pas la nécessité". "La croissance économique demeure robuste, même si elle est moins forte qu'avant." Et d'ajouter, "si vous me parlez d'un autre programme d'achat d'actifs, tout ce que je peux dire, c'est que cet instrument fait désormais partie de notre boîte à outils, mais qu'il n'est pas nécessaire maintenant". 

Pour rappel, la BCE avait mis fin à ses achats de titres en décembre dernier, plus de trois ans et demi après avoir entamé ce programme, au terme duquel Francfort a donc acquis pour 2.568 milliards d'euros de titres. Mais le président de la BCE a bien précisé que tous les titres en portefeuille de Francfort arrivant à échéance seraient réinvestis pendant une période prolongée "après la date à laquelle nous commencerons à relever les taux d’intérêt directeurs de la BCE et, en tout cas, aussi longtemps que nécessaire pour maintenir des conditions de liquidité favorables et un degré élevé de soutien monétaire". Et pour mieux marquer le coup, Draghi a ajouté jeudi que la BCE "n'avait pas resserré notre politique monétaire lorsque nous avons mis fin aux achats de titres en décembre, contrairement à ce que certains médias ont prétendu (...). Le bilan de la BCE représente toujours 42 % du PIB de la zone euro, et celui de la Fed représente moitié moins. Afin de maintenir ce stock inchangé, nous continuons d'acheter environ 20 milliards d'euros par mois".

Pour autant, d'après les propos de Coeuré, la BCE ne recommencera pas à acheter des titres dans les mêmes proportions que ces trois dernières années et demi (60 puis 80 milliards par mois pendant les deux premières années). D'une part parce que Francfort estime que la zone euro est très loin d'un scénario de récession. Ensuite, parce que l'Allemagne n'est pas vraiment favorable à l'APP, comme tous les autres programmes d'achats de titres que la BCE a mis en place depuis la crise de la dette en 2012, au motif notamment qu'il s'agit de financement monétaire déguisé.

L'Allemagne est pourtant le pays qui pourrait causer un ralentissement plus fort que prévu cette année, et justifier une politique monétaire encore plus accommodante qu'annoncé la semaine dernière. Il y a quelques jours, l'OCDE a ramené les chiffres de croissance du pays à 0,7% seulement pour 2019, quand le FMI table sur 1%. Et les dernières statistiques publiées ce matin ne sont guère rassurantes sur le sujet : la production industrielle allemande a reculé de 0,8% au mois de janvier, après que le pays a annoncé vendredi dernier que les commandes avaient reculé de 2,6%, principalement en raison de la chute des commandes hors zone euro. Une conséquence directe du ralentissement du commerce mondial, auquel l'Allemagne est beaucoup plus exposée que les autres membres de la zone, en raison de la très grande ouverture de son économie.

Certes, le recul de la production industrielle en janvier résulte surtout de la chute dans le secteur automobile. Qui devrait progressivement se résorber une fois que l'industrie se sera totalement adaptée aux nouvelles normes d'émissions. Mais l'Allemagne sera certainement la première à pâtir d'un enlisement des négociations entre les USA et la Chine, voire d'une hausse des tarifs douaniers US sur les véhicules européens. Si son économie ralentit dans les proportions envisagées par l'OCDE, les mesures de soutien monétaire annoncées par la BCE (report de la première hausse des taux à 2020, TLTRO III pour les banques, forward guidance) ne seront peut-être pas suffisantes. Francfort suivra d'ailleurs de très près la publication des données de la zone dans les prochains mois, afin si besoin d'ajuster sa stratégie et tirer d'autres instruments de sa boîte à outils monétaire. 

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