Politique monétaire / Mario Draghi / Taux directeurs
Politique monétaire
Mario Draghi / Taux directeurs
La BCE reparle des taux négatifs pour les banques
Comme il l'avait déjà annoncé lors de la conférence des ECB Watchers fin mars, le président de la BCE a confirmé que les gouverneurs allaient se pencher sur la question de l'impact des taux directeurs négatifs sur les institutions financières de la zone euro. "Nous examinerons si le maintien des répercussions favorables des taux d'intérêt négatifs sur l'économie nécessite l'atténuation de leurs effets secondaires possibles, le cas échéant, sur l'intermédiation bancaire", a déclaré Mario Draghi dans son traditionnel jargon de politique monétaire. Bref, Francfort devra évaluer dans les prochaines semaines s'il est nécessaire d'instaurer un mécanisme permettant d'atténuer l'impact du taux de dépôt à -0,40 % sur la profitabilité des banques de la zone euro. Rappelons en effet que depuis 2014, les banques sont taxées à hauteur de 0,4% sur les dépôts excédentaires qu’elles placent à la BCE. Selon les calculs de Goldman Sachs dans une étude publiée en début d’année, les institutions financières de la zone euro ont ainsi versé 7,4 milliards d’euros à la BCE sur la seule année 2018. Une forme de taxe dont elles se seraient bien passées dans un contexte de concurrence accrue avec les banques américaines et de ralentissement économique.
Le président de la BCE s'est cependant bien gardé d'en dire davantage aujourd’hui sur le sujet, que ce soit en termes de calendrier ou d'instruments disponibles. "Les gouverneurs souhaitent garder toutes les options ouvertes sur le sujet des taux négatifs. La BCE n'est pas encore prête à introduire un instrument de réserves à plusieurs niveaux", a ainsi commenté Simon Wells Chief European Economist chez HSBC.
En quoi consisterait ce système destiné à atténuer le poids du taux de dépôt négatif pour les banques ? L'idée serait de les exempter, au moins partiellement, des frais qu'elles payent actuellement quand elles déposent des liquidités au guichet de la BCE. Un système qui s'inspirerait de la politique pratiquée par la Banque de Suisse avec son mécanisme de taux négatifs à plusieurs vitesses, qui permet aux banques du pays de bénéficier d'un taux à 0 % en deçà d'un certain montant déposé à la BNS. Toujours selon les calculs de Goldman Sachs, ce système de taux modulable permettrait de doper la marge nette d’intérêts des banques de la zone euro de 1,2% et leurs profits de 2,4%.
Mais la BCE est encore visiblement très hésitante à mettre en place un tel système de paliers pour la facilité de dépôt. Et si les détails concernant les nouvelles opérations de TLTROs seront sans doute dévoilés lors de la réunion de juin, "un système de réserves à plusieurs niveaux serait instauré en tout dernier recours", estime pour sa part Carsten Brzeski, économiste chez ING. Car il indiquerait que les taux directeurs seront maintenus aux niveaux actuels encore plus longtemps que prévu, ouvrant la voie à une prolongation de la politique accommodante, dont la BCE souhaitait sortir progressivement. "Un scénario que la BCE souhaite à tout prix pouvoir éviter," conclut Carsten Brzeski.
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