Course à la succession de Draghi : Olli Rehn tente de se démarquer
La course à la succession du banquier le plus important de l'UE s'accélère. Car le mandat de l'italien Mario Draghi s'achèvera le 31 octobre prochain, et plusieurs étapes devront être franchies pour désigner son remplaçant. Ainsi, selon le processus de nomination du gouverneur de la BCE, défini par l'article 283 du traité sur le fonctionnement de l'UE, les États membres doivent tout d'abord proposer des candidats, avant que l'Eurogroupe n'en discute. Le Conseil européen se met ensuite d'accord sur une recommandation, puis consulte le Parlement et le conseil des gouverneurs de la BCE, avant de nommer définitivement le candidat. C'est donc bien le Conseil qui a le dernier mot, même s'il est rare qu'il choisisse un gouverneur auquel les élus européens seraient totalement défavorables.
Pour l'instant, selon l'enquête la plus récente menée par Bloomberg auprès de 38 économistes (en février dernier), Erkki Liikanen arriverait en tête des candidats les plus probables pour prendre la tête de la BCE, avec un score de 46, devant François Villeroy de Galhau (42) et Olli Rehn (35). Le premier est l'ancien gouverneur de la Banque centrale finlandaise (poste qu'il a quitté en juin 2018), après avoir été notamment ministre des finances de son pays dans les années 1980 et premier commissaire européen finlandais entre 1995 et 2004. Peu connu du grand public, il a donné son nom à un rapport pourtant très important sur la réforme bancaire, publié en 2012 alors qu'il siégeait encore à la Commission. Rapport qui préconise notamment de compartimenter les capitaux alloués aux activités de marché pour compte propre et pour compte de tiers, et qui recommande un meilleur alignement de la rémunération des dirigeants avec l'intérêt des entreprises.
Alors que son nom était encore peu cité au moment où Bloomberg a commencé à interroger les économistes sur le remplaçant de Draghi, en février 2018 (il obtenait un score de 8 seulement), il n'a cessé de gagner en popularité depuis (score de 30 en juin 2018 puis de 39 en décembre 2018). L'inverse de l'évolution de la cote du gouverneur de la Bundesbank, Jens Weidmann, qui, au début de l'enquête était en tête de liste (score de 84) et qui est désormais en cinquième position (score de 26), derrière Liikanen donc, François Villeroy de Galhau, Olli Rehn et Benoit Coeuré (30).
Beaucoup estiment que le gouverneur de la Banque de France ferait un excellent candidat mais que le nouveau dérapage budgétaire de l'Hexagone devrait l'empêcher d'accéder à la BCE, notamment en raison des réticences de l'Allemagne. Olli Rehn, actuel gouverneur de la Banque de Finlande, lui, pourrait avoir ses chances : il est d'ailleurs passé devant Benoit Coeuré entre décembre 2018 et février 2019, lors des deux enquêtes Bloomberg (elle interroge les 38 économistes tous les 3/4 mois). Benoit Coeuré, qui est déjà membre du comité exécutif de la BCE, et qui est notamment responsable des opérations de marché, avait pourtant souvent été cité l'hiver dernier comme remplaçant crédible de Draghi. Mais sa nationalité pourrait lui aussi lui porter préjudice.
Olli Rehn, qui a remplacé Erkki Liikanen à la tête de la banque des banques de son pays il y a un peu moins d'un an a en tout cas de grands projets pour la banque centrale européenne : celui-ci souhaiterait que la BCE procède à une revue complète de sa stratégie monétaire et qu'elle s'interroge notamment sur son objectif de stabilité des prix, actuellement situé à 2 %. Selon le gouverneur, la faiblesse de l'inflation actuelle et la difficulté de la BCE à retourner à cet objectif de 2 %, nécessiterait sans doute une stratégie plus flexible sur le sujet. Une proposition qui risque cependant de froisser l'orthodoxie allemande, très attachée au culte de la stabilité des prix. L'économiste en chef de la BCE Peter Praet, qui sera remplacé à la fin du mois par l'irlandais Philip Lane a également déclaré la semaine dernière qu'il serait risqué de modifier le cadrage macroéconomique de la BCE, sonnant comme un avertissement aux préconisations d'Olli Rehn.
Sur ce sujet, ce finlandais de 57 ans, également ancien commissaire européen pourrait en revanche compter sur le soutien du gouverneur de la Banque centrale autrichienne, Ewald Nowotny, selon lequel certains aspects du mandat de la BCE devront être réexaminés.
In fine, ces débats de politique monétaire ne seront pas forcément le critère le plus important aux yeux des chefs d'États de l'UE pour choisir le remplaçant de Mario Draghi : tout dépendra surtout de la nationalité du futur président de la commission et donc du résultat des élections européennes dans trois semaines. Une fois le nom du remplaçant de Jean-Claude Juncker connu, il devrait être plus aisé de se prononcer sur le nom du futur président de la BCE.
CALENDRIER DES FUTURS CHANGEMENTS AU SEIN DU DIRECTOIRE DE LA BCE
Peter Praet : fin de mandat le 31 mai 2019, remplacé par Philip Lane (responsable de la politique monétaire et économiste)
Mario Draghi : fin de mandat le 31 octobre 2019
Benoit Coeuré : fin de mandat le 31 décembre 2019 (responsable des relations européennes et internationales/opérations de marché)
Yves Mersh : 31 décembre 2020 (responsabilités juridiques)
Sabine Lautenschlager : janvier 2022 (gestions des risques, infrastructures de marchés, supervision des moyens de paiements)
Luis de Guindos : 31 mai 2026 (recherche, politique macroprudentielle)
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