WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne
fed powell baisse des taux trump guerre commerciale marchés

Politique monétaire / Fed / Jerome Powell / Marchés / Taux / Guerre commerciale

Politique monétaire
Fed / Jerome Powell / Marchés / Taux / Guerre commerciale

Jerome Powell encore mal compris par les marchés ?

Lors d’un discours hier, le président de la Réserve fédérale s’est dit prêt à agir pour préserver l’activité US si elle était impactée par les tensions commerciales. Un ton interprété comme l’annonce d’une prochaine baisse des taux, ce qui pourrait faire le jeu de Donald Trump, mais la réalité est plus complexe.
Jerome Powell
Jerome Powell

Alors que les marchés broyaient du noir en raison des multiples conflits commerciaux démarrés par le Président américain et que le Nasdaq a aussi vu rouge lundi en raison des menaces de régulation américaine sur les GAFA, Jerome Powell est venu mettre du baume au cœur des investisseurs. Mardi, lors d’une conférence à Chicago, le patron de la banque centrale américaine a tenu à répondre aux inquiétudes concernant les récents développements commerciaux. S’il a estimé qu’il ne savait pas "comment et quand ces problèmes seront résolus", il a indiqué "surveiller les implications de ces développements sur les prévisions économiques US et, comme toujours, nous agirons de façon appropriée pour maintenir l’expansion".

Il n’en a pas fallu plus pour que les marchés interprètent ces mots comme l’annonce d’une prochaine baisse des taux. Le S&P 500 a clôturé hier en hausse de 2,1 %, soit sa deuxième meilleure performance de 2019. Ainsi, les futures sur les fonds Fed attribuent désormais une probabilité de 60 % à une baisse des taux directeurs dès la réunion de fin juillet selon Bloomberg, alors qu’elle n’était encore qu’à moins de 20 % début mai. De fait, plusieurs facteurs plaident en ce sens : outre les conflits commerciaux qui déroutent les marchés, l’inflation est atone, et évolue à un rythme annuel de 1,6 % depuis un an, et même 1,4 % en moyenne en 2019, soit bien loin de l’objectif de 2 % affiché par la Réserve fédérale.

Deuxième critère : l’inversion de la courbe des taux. Interrogé sur ce sujet devant le Congrès en juillet dernier, Jerome Powell avait alors affirmé que cela pouvait signifier que la politique monétaire était devenue trop stricte. Or cette inversion des taux courts et longs US est désormais une réalité depuis fin mars : aujourd’hui, les taux des Treasuries à trois mois sont à 2,34 % tandis que ceux à dix ans sont à 2,11 %, ce qui signifie que cela devient non profitable pour les banques de faire leur métier, c’est-à-dire emprunter de l’argent à court terme pour prêter à long terme. Une aberration de marché qui est aussi généralement annonciatrice d’une récession.

Mais un autre facteur beaucoup plus politique entre en ligne de compte : en signalant qu’il est prêt à baisser les taux pour compenser l’impact des guerres commerciales, Jerome Powell pourrait conforter Donald Trump et l’inciter à poursuivre sa politique protectionniste. Les marchés ont apprécié le changement de ton du patron de la Fed en début d’année, lorsqu’il a abandonné la politique de normalisation monétaire en raison des fortes inquiétudes macros et de la déroute des marchés. Et attendent la même chose aujourd’hui, ce qui inciterait l’administration Trump à garder une politique protectionniste intransigeante.

Pour ces raisons, Jerome Powell n’a pas prononcé le mot "baisse de taux" que les marchés attendaient tant. Aujourd’hui, le seul changement de rhétorique est qu’une hausse des taux n’est désormais plus une option crédible, mais la Fed devrait attendre de vrais signaux des statistiques macros pour agir, ce qui n’est pas le cas au regard des mots de Jerome Powell hier. Les autres membres de la Fed ont d’ailleurs répété à l’envi le mot "patient" concernant la politique monétaire, ce qui semble indiquer qu’une baisse des taux relève plus du "wishful thinking" des marchés que d’une réalité à court terme.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article