Nathalie Kosciusko-Morizet : cybersécurité et féminisme à New York
Depuis qu’elle a annoncé son retrait de la vie politique puis a créé la surprise en officialisant son départ à New York pour Capgemini début 2018, Nathalie Kosciusko-Morizet est restée très discrète. C’est lors d’une de ses rares sorties en public que WanSquare a eu l’occasion de rencontrer l’ancienne ministre et ancienne députée française. Elle est intervenue lors d’une conférence organisée par la Women Initiative Foundation, une organisation créée par Martine Liautaud afin de promouvoir les femmes dans l’entreprise, sur le thème "briser le plafond de verre".
L’événement était en réalité l’occasion d’en savoir plus sur la nouvelle vie de celle qui, après avoir décidé de tourner la page de la vie politique après sa défaite aux législatives de 2017, est entrée dans le privé chez Capgemini à New York, en charge de la cybersécurité. NKM, son surnom dans le monde politique depuis des années, a reconnu d’emblée apprécier l’anonymat de son nouveau statut. "En France, il est très difficile de faire une transition de la politique vers l'entreprise. Aux États-Unis, c’est plus commun et par ailleurs plus simple pour moi : je travaille avec des Américains pour des clients américains, mon passé politique en France n’interfère pas dans mes relations professionnelles", a-t-elle déclaré. Ajoutant, en souriant : "sans compter qu’aux États-Unis je ne me sens pas responsable de tout ce qui se passe, comme c'est le cas en France en tant que femme politique".
La diplômée de l’X savoure aussi de mettre enfin à profit son profil d’ingénieur. Et alors que les GAFA voient se multiplier les menaces de régulation, elle remet en place la notion et le rôle de la tech. "C'est une erreur de penser que la tech porte par nature une ambition morale, bonne ou mauvaise. La technologie n’est qu’un outil. À nous de l’organiser et le réguler pour en tirer le meilleur". Car selon elle, les grands patrons de la tech ont fait l’erreur de penser qu’ils allaient changer le monde pour le meilleur, alors qu’ils n’avaient pas de conscience politique ou morale.
Mais les réseaux sociaux ne délivrent plus leur mission, celle de rapprocher les personnes partout dans le monde. "Une des dérives des réseaux sociaux est curieusement une forme d’enfermement sur soi. Nous sommes de plus en plus connectés, mais en raison de la construction des algorithmes, nous le sommes avec des internautes qui ont les mêmes opinions que nous. Et dans des cercles qui mettent en avant les opinions les plus radicales", analyse-t-elle. L’audience a beau être de plus en plus large, notre monde est aussi de plus en plus petit.
Sur le féminisme, cette maman de deux garçons se demande comment, après les mouvements récents comme #Metoo, élever ses enfants - et en particulier des garçons - pour qu’ils ne perdent pas leur identité, ne se sentent pas perdus ou opprimés par manque de liberté. Mais elle déplore aussi le manque de femmes dans les postes tech, un manque de diversité contre lequel Capgemini lutte en organisant des partenariats avec des universités.
Enfin, l’ex-ministre de l’Écologie sous Nicolas Sarkozy se montre définitivement réservée sur le rôle du politique dans ce domaine. "Sur le changement climatique, toutes les conférences depuis Kyoto se sont révélées décevantes. Je suis convaincue que le salut viendra des citoyens, plutôt que de l'action publique, ce sont eux qui peuvent faire bouger les lignes". Et de finir tout de même sur une touche d’optimisme : aujourd’hui plus que jamais, il est possible pour une femme de vivre plusieurs vies accomplies, et de continuer à apprendre et se nourrir. Ce qui est manifestement son cas.
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