Régulation / Concurrence / Didier Migaud / Cour des comptes / Emmanuel Macron
Régulation / Concurrence
Didier Migaud / Cour des comptes / Emmanuel Macron
La Cour des Comptes siffle la fin de la récré
En principe Didier Migaud est inamovible jusqu’à l’âge de sa retraite qui sonnera en juin 2021 lorsqu’il approchera des 69 ans. Mais à l’Elysée on aimerait bien le voir abandonner son poste plus tôt et surtout la liberté de ton qu’il donne aux rapports de la Cour des Comptes. A la mi mai l’assemblée nationale a donc réduit d’un an l’âge de la retraite pour les dirigeants d’autorités administratives indépendantes... de manière à ce que l’état y nomme des personnalités un peu moins indépendantes. Déjà un transfert de Didier Migaud au Conseil Constitutionnel avait été tenté en vain en début d’année afin qu’il quitte la Rue Cambon et qu’il laisse sa place à Pierre Moscovici.
Il faut dire que dans ses rapports l’ancien député fabiusien ne mâche pas ses mots. "La France est loin d'avoir résorbé ses déficits structurels alors que de nombreux voisins européens ont pratiquement atteint l'équilibre", écrit-il dans un rapport publié ce jour, avant d’ajouter : "Cette divergence accrue entre la France et ses partenaires est préoccupante". Il faut dire que dans son programme de stabilité budgétaire, envoyé fin avril à Bruxelles, le gouvernement a abaissé ses objectifs budgétaires afin de tenir compte du ralentissement de la croissance, mais aussi des dépenses et baisses d'impôts annoncées depuis décembre, évaluées à près de 17 milliards d'euros.
Selon le ministère de l'Économie et des Finances, le déficit public devrait ainsi atteindre 3,1% du produit intérieur brut (PIB) cette année, puis 2 % en 2020, 1,6 % en 2021 et 1,2 % en 2022 - alors que le gouvernement prévoyait à l'origine un quasi retour à l'équilibre pour la fin du quinquennat. La dette publique, quant à elle, devrait passer de 98,4 % du PIB en 2018 à 98,9 % cette année. Un triste record historique.
Tout cela a amené Didier Migaud à déclarer que "Notre pays doit cesser de s'abandonner à l'un de ses travers: celui de toujours reporter à plus tard les efforts à fournir". La mise en garde de la Cour des comptes intervient en plein débat, chez les économistes, sur l'opportunité de poursuivre ou non la politique de lutte contre la dette publique, du fait de taux historiquement très bas. Ce à quoi Didier Migaud rétorque de manière fort opportune : "Il serait imprudent de compter sur un maintien durable des taux d'intérêt à un niveau bas. L'expérience historique enseigne en effet que les hausses de taux d'intérêt peuvent être brutales, surtout pour un pays qui, comme la France, a un niveau de dette publique nettement supérieur à certains de ses voisins."
On comprend qu’une telle liberté de parole ne plaise pas vraiment à Bercy ou à l’Elysée. Mais il est bon, de temps en temps, de voir un sage remettre l’église au milieu du village.
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