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Macro-économie / Taux
Mario Draghi / BCE
La BCE reconnaît ses limites
Si Mario Draghi a annoncé que la Banque centrale européenne (BCE) reprendrait son Quantitative Easing stoppé en décembre dernier, d'autres mesures sont mises en place et méritent notre attention.
La BCE n'a pas innové. Elle a simplement renforcé ses outils déjà existants. Mario Draghi l'avait mentionné à Sintra en juin dernier, le QE est la seule réponse efficace à une inflation médiocre. Chose promise, chose due. A partir du 1er novembre, la BCE va relancer son programme de rachat d’actifs, pour un montant de 20 milliards d’euros par mois. En second soutien à l'économie, la BCE compte booster le volume de crédits accordé par les banques en abaissant le taux sur les dépôts de -0,40 % à -0,50 %.
Les banques se sont plaintes et elles ont été entendues. Cette baisse s’accompagne d’un tiering qui était pressenti au moment où les banques européennes voient leur profitabilité se dégrader. Il consistera en un système à deux vitesses de rémunération des réserves dans lequel une partie des avoirs des banques sous forme de liquidités excédentaires sera exemptée du taux de dépôt négatif afin qu'elles soutiennent la transmission de la politique monétaire. De plus, le programme des opérations de refinancement à très long terme des banques (TLTRO III) se voit amendé, puisque les banques pourront bénéficier de taux d’intérêt plus faibles si elles remplissent certaines conditions.
La forward guidance a quelque peu changé et s'est davantage assouplie puisque Mario Draghi a insisté sur le fait que la politique monétaire demeurerait très accommodante pour une période de temps assez longue, plus longue que celle précédemment évoquée de mi-2020 avant une possible hausse des taux.
Au-delà du fait que les mesures se révèlent peu novatrices, c'est le ton inquiétant de Mario Draghi qui suscite de vives interrogations. Malgré une politique monétaire très accommodante n'ayant jamais cessé de l'être, les prévisions de la BCE se sont détériorées : 1,1 % de croissance en 2019 contre 1,2 % précédemment et 1,2 % d’inflation en 2019 contre 1,3 % précédemment. C’est encore plus inquiétant pour l’année 2020 où elle prévoit une inflation à 1 % contre 1,4 % précédemment. Une inflation qui pourrait donc significativement ralentir l’année prochaine.
C'est un aveu d'échec pour Super Mario qui reconnaît que la boîte à outils monétaire est vide. Il en appelle à ce que la politique budgétaire prenne le relais, surtout venant des pays de la zone euro ayant les moyens de le faire. A ce titre, l'Allemagne et les Pays-Bas sont clairement visés : "nous sommes unanimes au sein du Conseil des gouverneurs sur le fait que la politique budgétaire devrait être le principal instrument de soutien à l'économie." De fait, le maintien des taux négatifs permet une politique budgétaire moins restrictive ; les États se finançant à taux négatifs, la charge de leur dette diminue peu à peu, leur laissant plus de marges de manœuvre pour investir ou effectuer des plans de relance.
Le grand argentier a également renvoyé à la politique budgétaire l'idée d'un helicopter money. "Donner de l'argent aux gens, c'est le rôle de la politique budgétaire et non de la politique monétaire". Cette idée vieille de 50 ans que l'on a vue refleurir dans les débats vise à créditer les comptes courants des citoyens européens d'une certaine somme d'argent tous les mois en vue de relancer l'activité et l'inflation. Mario Draghi est limpide, les prochaines mesures de politique économique audacieuses ne seront plus du fait de la Banque centrale mais bien des États.
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