Macro-économie / Taux / Production / croissance / taux négatifs
Macro-économie / Taux
Production / croissance / taux négatifs
Les taux d'intérêt bas sont-ils le remède ou le poison ?
De faibles taux d'intérêt ont toujours été considérés comme un bon instrument pour stimuler la croissance économique, mais une étude publiée par Atif R. Myan, Amir Sufi et Ernest Liu, tous trois chercheurs en Économie à Princeton et Chicago, jette un pavé dans la mare et suggère que cela pourrait ne plus être le cas. Au lieu de cela, des taux d’intérêt bas pourraient peser sur la croissance économique en favorisant l’apparition de marchés très concentrés.
En théorie, lorsque les taux d'intérêt à long terme baissent, la valeur actuelle nette des flux de trésorerie futurs augmente, ce qui incite les entreprises à investir. Les taux d’intérêt bas ont donc un effet expansionniste sur l’économie en raison d’une hausse des investissements conduisant à une augmentation de la productivité et donc de la croissance économique.
Au contraire, ce nouveau rapport défend l'idée selon laquelle des taux d’intérêt extrêmement bas peuvent avoir également un effet restrictif sur l'économie. Ainsi, selon les auteurs, de faibles taux d'intérêt poussent les entreprises dominantes à investir de manière plus agressive que ses concurrents pour les distancer, ce qui décourage ces derniers à investir. Cet effet néfaste prend sa source dans le comportement du leader qui souhaite conserver son avance sur les suiveurs. Si le gap de productivité devient important, le marché devient peu à peu monopolistique ((il y a davantage de parts de marchés gagnées par le leader) et les suiveurs n’investissent plus en raison d’un effet de découragement ; la probabilité de rattraper le leader ou de le dépasser est bien trop faible comparée au coût de l’investissement et cela même si les taux d’intérêt sont peu élevés.
Par conséquent, lorsque le gap de productivité entre le leader et les suiveurs s'est suffisamment accru, le leader peut se permettre de cesser d'investir, donc de booster sa productivité puisque la probabilité de se faire dépasser par le suiveur s’est amenuisée. Ainsi, il y a une augmentation de la concentration du marché et un effondrement de la croissance de la productivité puisque ni le leader, ni les suiveurs ne continuent d'investir. Les auteurs montrent que cet effet restrictif des taux d'intérêt domine toujours l’effet expansionniste lorsque l’on se situe dans un environnement de taux d’intérêt bas, comme c’est le cas aujourd’hui.
Sur le plan empirique, les chiffres semblent plutôt aller dans le sens de leur thèse. Bien que corrélation ne soit pas causalité, on observe depuis les années 80 une forte baisse des taux d'intérêt nominaux et réels dans l'ensemble des économies avancées avec en parallèle une hausse du pouvoir de marché mesuré dans ces mêmes économies depuis une quarantaine d'années. Bien que d'autres causes soient souvent évoquées dans la littérature économique pour expliquer cette hausse de la concentration des marchés, la thèse des auteurs à le mérite d'être audacieuse et originale. Si elle s'avérait vraie, les politiques monétaires menées depuis une dizaine d'années feraient en partie fausse route, puisque des taux bas nous condamneraient à la fameuse stagnation séculaire au lieu de nous permettre d'en réchapper.
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